Pierre Marchou

Est-ce que Vence et Jérusalem ont quelque chose à se dire ?
Roman-Film

Sommaire

Préambule

Comme l'indique son titre, le document dont on va, à la fois, lire le texte et regarder les vidéos, est un dialogue. Dialogue entre une petite ville que j'habite et que j'aime, Vence, et une grande ville que je n'habite pas, mais que j'aime aussi, Jérusalem.

Il porte sur ce que chacune de ces deux villes découvre, à son propre sujet, grâce à ce que son interlocutrice lui permet de voir. Et ce cadeau que chacune reçoit de l'autre les rapproche mutuellement. Ce rapprochement mutuel va amener Vence et Jérusalem à travailler ensemble pour que la paix s'installe enfin, un jour.

À Jérusalem ? Oui, bien sur. Mais aussi à Vence. Car cette petite ville va progressivement découvrir que la paix chez elle dépend de la paix à Jérusalem. Comme si, finalement, la paix avait à s'installer d'abord en chacun de nous.

Ce dialogue m'est tombé dessus, en quelque sorte. Je ne l'ai en rien cherché, comme on le verra dès les premières pages de ce livre. Et il a pourtant pris une grande place dans ma vie.

Cela dit, la paix reste à construire. En conséquence, le dialogue qui veut la servir  doit, nécessairement, se poursuivre. Et le livre que vous êtes sur le point de feuilleter devra donc, lui aussi, continuer de s'écrire.

Lire un livre que l'on continue d'écrire ? Oui, voilà, cher lecteur, l'aventure qui vous est proposée. Et vous êtes même invité, si vous le souhaitez, à venir participer à son écriture.

Mais ce travail pourra un jour arriver à son terme : le jour où la paix sera installée à Jérusalem, à Vence, et en nous. Ce jour est peut-être à notre portée.

I. Le "roman-film".

Oui, je crois qu'arrivé à un certain moment de sa vie, on peut être tenté de la lire comme on lit un roman.

Car, même si elle est vécue en toute réalité, cette vie est aussi une suite d'attentes, de rêves, de petites ou grandes découvertes, de souffrances et de joies. Autant de matériaux qui font la trame d'un roman.

On peut aussi voir sa vie comme un film. Car un film nous captive, dans la mesure où son mouvement nous montre la vie, qui jamais ne s'arrête. Même si notre vie à nous s'arrêtera un jour.

La vie comme un roman... La vie comme un film... Voici que je conçois un nouveau projet, celui d'entreprendre un document qui va associer, côte à côte, l'écriture du roman, et le mouvement du film : un "roman-film".

Le film, s'il est intégré dans le roman, peut lui apporter une vraie plus-value : la description écrite d'un paysage a tout à gagner d'être accompagnée d'une image filmée, d'un travelling qui le déroule.

Exemple de travelling

De la même façon, le compte-rendu écrit d'une interview ne remplacera jamais la prise de vue de cette même interview, avec le regard qu'elle apporte sur l'interviewé.

Exemple d'interview

Nous venons de voir comment une vidéo peut enrichir un texte écrit. Ne perdons pas de vue, cependant, ce que l'écrit a de positif : il nous permet de prendre notre temps sur un mot, sur une phrase, jusqu'à ce que nous en ayons tiré tout le sens, toute la substance. C'est ce qu'on pourra faire, en feuilletant ce "roman-film".

En effet, on pourra lire le roman film comme on le fait de n'importe quel livre, c'est à dire en tournant les pages de ce livre, avec la faculté de s'arrêter où l'on veut. Mais, en plus, on aura la possibilité de tomber, ici ou là,  sur une image qui nous proposera un bout de film. Elle se présentera avec, en son centre, un petit triangle sur lequel il suffira de "cliquer" pour que le film démarre. Cela suppose, évidemment, que l'on feuillette le livre, non plus sur des pages en papier, mais sur un ordinateur ou une tablette électronique, du type "iPad".

Il faut d'ailleurs observer que nombreux sont ceux qui, aujourd'hui, préfèrent lire un livre sur un ordinateur ou un "iPad", plutôt que d'acheter un "livre-papier" en librairie.

Abordons maintenant la question de savoir si le terme de "roman-film" est bien compatible avec la question que je vais tenter de traiter : "Est-ce que Vence et Jérusalem ont quelque chose à se dire ?"

Ce sujet réclame, en principe, de la part de celui qui l'aborde, un réel souci d'objectivité. Or le mot "roman" évoque plutôt un propos qui fait place à l'imagination.

Cette apparente contradiction s'explique, dans une certaine mesure, par les évènements qui sont à l'origine de mon travail actuel. Ils sont, en effet, pour le moins surprenants, comme on peut l'attendre des évènements d'un roman.

Je vais les relater brièvement.

En octobre 2006, je reçois en Mairie de Vence - j'étais, alors, le maire de cette petite ville - un coup de fil d'une administrée qui me raconte :

Je suis allée hier à la bibliothèque municipale, avec ma fille, âgée de 10 ans. Nous avons choisi, chacune, un livre, comme nous en avons l'habitude.

Une heure après notre retour à la maison, ma fille vient me trouver : "Maman, ces soldats israéliens, il faut les mettre en prison ! Ils ont tué un petit garçon palestinien !"

Ma fille me montre alors le livre qu'elle a emprunté à la bibliothèque : il s'agit d'une petite bande dessinée, réalisée à l'évidence pour des enfants de 8 à 10 ans et qui s'intitule "Momo Palestine". Elle raconte l'histoire d'un enfant palestinien qui part à la recherche de son village natal, et qui se voit barrer son chemin par des soldats israéliens ; après des échanges de pierres, un coup de feu éclate et le gosse est tué par les soldats...

À la suite de cette conversation téléphonique, je me fais communiquer la BD en question. L'évènement qu'elle relate est sans doute exact, mais il est décrit dans des termes qui me semblèrent relever du désir de semer la haine dans le cœur des enfants.

Illustration extraite de la BD Momo Palestine.
Illustration extraite de la BD "Momo Palestine".

J'ai alors décidé de faire retirer la BD des rayons de la bibliothèque municipale. On pourra juger de mon geste, pour le meilleur et pour le pire, en consultant le livre sur internet.

Lorsque je repense à ma décision, quelques années plus tard, je continue de me dire que j'en ferais autant aujourd'hui.

En tout cas, le retrait de "Momo Palestine" de la bibliothèque municipale a provoqué, en son temps, quelques remous, dans la rue comme dans la presse locale, où les "pour" et les "contre" s'affrontaient...

Je dois préciser, à toutes fins utiles, que j'avais, deux ans plus tôt, fait en sorte que le Conseil Municipal de Vence accorde, par bail emphytéotique, un local municipal à une association cultuelle maghrébine pour l'ouverture d'une salle de prière consacrée au culte musulman.

Le montant du bail est très modeste. La salle de prière fonctionne depuis lors à la satisfaction des utilisateurs, et sans créer de problème.

Dans les jours qui ont fait suite à la polémique concernant "Momo Palestine", je reçois un appel téléphonique d'une amie, Catherine Ambacher, médecin pédiatre. Elle exerce à Vence. Elle est d'origine juive.

Elle me dit : "J'ai reçu, hier soir, la visite d'un monsieur qui appartient à la communauté tunisienne de Vence et qui fait partie du groupe qui pratique le culte musulman. Il était accompagné d'une dame qui assiste le curé de Vence pour l'animation de sa paroisse.

Cet homme m'a dit, en substance : "Il y a un peu d'agitation en ce moment... Moi, je suis venu vous dire qu'à notre avis les choses ne se passent pas si mal, à Vence, entre les communautés chrétienne, juive et musulmane.

Et nous souhaitons que ça continue comme ça. Nous tenons à rester en dehors de cette polémique et nous pensons que vous en souhaitez tout autant..."

Nous allons, le soir même, Anne, mon épouse, et moi, prendre un café chez l'amie en question, qui me confirme les propos de son visiteur de la veille.

Au moment de nous quitter, elle me confie un livre dont je n'avais jamais entendu parler. Son titre : "Le mariage de la paix".

Evi Guggenheim Shbeta et Eyas Shbeta, Le mariage de la paix. 2004 Michel Lafon éditeur.
Evi Guggenheim Shbeta et Eyas Shbeta, "Le mariage de la paix". 2004 Michel Lafon éditeur.

Ce livre raconte, à deux voix, l'histoire de deux personnes : Evi, jeune femme d'origine juive, venue de Zurich à Jérusalem pour terminer ses études d'assistante sociale, et découvrir, par la même occasion, le pays de ses ancêtres, et Eyas, israélien d'origine palestinienne, qui vient de terminer ses études d'instituteur dans cette même ville.

Ils se rencontrent, dans un milieu de jeunes qui cherchent à rapprocher les communautés juive et arabe. Ils se marient, non sans provoquer, au départ, l'hostilité de leurs familles respectives, et vivent depuis 20 ans, avec leurs enfants, dans un village qui porte le nom de "Newe Shalom – Wahat as Salam" (Traduction de ce nom : "Source de paix", en hébreu, et "Oasis de paix", en arabe.)

Ce village, de création récente, est situé à une trentaine de kilomètres de Jérusalem. Il réunit une vingtaine de familles israéliennes d'origine juive et une vingtaine de familles israéliennes d'origine arabe qui ont décidé de vivre ensemble, pour montrer que c'est possible, et même enrichissant.

"Le mariage de la paix" est un livre qui m'a "marqué". J'ai invité ses auteurs Evi Guggenheim-Shbeta et Eyas Shbeta, à Vence, à l'automne 2007. Ils ont assuré avec moi deux réunions publiques, pour la présentation de leur livre. Chaque fois le débat a été riche.

Quelques fois il fut vif, mais en restant sur le terrain de l'échange, et du respect mutuel.

Interview du Docteur Catherine Ambacher

Mais ce qui m'a tout autant "marqué" que ce livre, c'est la visite du Vençois d'origine tunisienne chez mon amie médecin. J'y vois une invitation à faire l'inventaire de ce qui peut s'imaginer, ici, en faveur de la paix à Jérusalem, et donc, peut-être, en faveur de la paix dans le monde.

Me voici donc avec ce projet : tenter un dialogue entre Vence et Jérusalem.

Pourquoi Vence ? Parce que j'y habite.

Pourquoi Jérusalem ? Eh bien, j'ose le dire, parce que, d'une certaine manière, j'y habite aussi !

En effet, les évènements que je viens de relater m'ont conduit jusqu'à Jérusalem. Ils m'ont amené à rencontrer des gens, à visiter des lieux, et à découvrir progressivement un ensemble de questions qui concernent aussi bien les gens de Vence que ceux de Jérusalem.

Et ces questions réclament, de notre part, de la réflexion, et, peut-être, aussi, de l'imagination.

Et c'est peut-être là que le terme de "roman-film", sur lequel je m'interrogeais plus haut, trouve une nouvelle justification.

En effet, dans ce que Vence et Jérusalem ont à se dire, il y a des choses à constater, mais aussi, sans doute, des choses à inventer!

C'est un peu ce que dit le Cheik Khaled Bentounès, Maître de la Confrérie Soufie de Mostaganem et fondateur des Scouts Musulmans de France. Pour lui, Jérusalem est la ville "trois fois sainte" où devraient se rencontrer tous les hommes. Car, avant d'être des juifs, des chrétiens et des musulmans ils sont, chacun d'entre eux, une conscience.

Interview du Cheik Khaled Bentounès. Jerusalem devrait être la ville-exemple.

Je crois que, parmi ceux qui vivent à Vence, et dans notre département des Alpes-Maritimes, certains se sentent concernés, de près ou de loin, par le conflit qui sévit en Israël/Palestine, et se demandent même s'il ne pourrait pas, un jour ou l'autre, déboucher sur un conflit mondial. Je souhaite leur donner la parole.

Vence est un pays que j'aime, parce qu'il m'a accueilli, moi aussi, en son temps. Dans cette petite ville, les "accueillants" et les "accueillis" cohabitent assez convenablement.

Interview de Martin Drusian, sculpteur. La "mixité sociale" à Vence.

Je souhaite aussi donner la parole à des hommes et des femmes rencontrés en ce beau pays de Jérusalem.

Enfin, comment pourrais-je tenter d'esquisser un dialogue entre Jérusalem et Vence sans faire une place à ce qui m'est arrivé, personnellement, à Vence ?

On me pardonnera, je l'espère, de parler de ce que cette petite ville m'a donné. Car c'est ce qui m'est arrivé à Vence qui m'a mis en présence de Jérusalem.

Et voilà que je trouve une définition intéressante du mot "roman" en ouvrant le dictionnaire "Robert". Elle est de Stendahl, dans "Le rouge et le noir" : "Eh, Monsieur, un roman est un miroir qui se promène sur une grande route. Tantôt il reflète à vos yeux l'azur des cieux, tantôt la fange des bourbiers de la route..."

Cette image d'un miroir qui se promène sur une grande route me plait. Car montrer quelque chose, pour moi, est un besoin. Montrer pour voir, et voir pour montrer… Est-ce que mon objectif est un miroir ? Est-ce que mon micro est sincère ?

Il est bien difficile de donner une réponse certaine à cette question.

Mais j'en ose une autre : Est-ce que Vence et Jérusalem ont quelque chose à se dire ?

Là, je réponds sans hésiter : Oui, bien évidemment, puisque l'une et l'autre ont, comme vous et moi, besoin de parler, de se parler.

C'est ce que nous confirme maintenant Henri Cohen-Solal

Interview de Henri Cohen-Solal, Psychanaliste. Jerusalem, une ville qui nous amène à nous interroger sur nous-mêmes.

II. Newe shalom / Wahat as salam

Et c'est bien ce "besoin de parler" qui nous amène, Anne, mon épouse, et moi-même, en mai 2010, en Israël, ainsi qu'en Cisjordanie.

Il s'agit pour moi de recueillir les interviews d'un certain nombre de personnes, dans tous les milieux, qui accepteront de me dire ce qu'ils pensent de la possibilité, pour les Israéliens et les Palestiniens, de parvenir à une paix durable. Notre première étape a été, bien sûr, pour "Newe Shalom".

Dans son livre "Quand la nuée se levait" (Ed. du Cerf), le fondateur de Newe Shalom, le Père Dominicain Bruno Hussar, raconte :

"Après des recherches infructueuses, et quelques espoirs déçus, un terrain de quarante hectares nous est tombé du ciel entre les mains, par la plus grande des surprises. Le monastère des trappistes de Latroun nous offrit une colline qui, avant la guerre de 1967, était territoire démilitarisé, no man's land entre Israël et la Jordanie."

Moyennant le loyer purement symbolique de trois centimes par an, et pour un bail de cent ans, cette colline devint le lieu où le rêve de Newe Shalom allait pouvoir se réaliser."

J'ai interviewé, dans un premier temps, Evi Guggenheim-Shbeta, coauteur, avec son mari, du "Mariage de la paix".

Interview d'Evi Guggenheim Shbeta, co-autrice du "Mariage de la paix".

"Deux peuples, nous dit-elle, peuvent aspirer à vivre ensemble sur la même terre". Et elle ajoute ce témoignage d'un couple qui réunit une juive et un arabe : "Notre principe : être d'accord de ne pas être d'accord..." Cette formule peut paraître originale. Elle est peut-être, aussi, une belle définition de l'amour.

Puis, j'ai rencontré Dom Paul, le Supérieur du monastère voisin, qui a accueilli, en son temps, les fondateurs de Newe Shalom. Il nous parle du geste à la fois original et généreux d'un israélien d'origine juive qui s'acquitte, tous les ans, d'un devoir de mémoire portant sur la destruction d'un certain nombre de villages voisins, qui étaient peuplés de palestiniens.

Interview du Père Paul, Supérieur du Monastère Trappiste de Latroun, Israël.

J'ai aussi interviewé Eyas Shbeta, le mari d'Evi, et co-auteur, avec elle, du "Mariage de la paix."

Interview d'Eyas, Shbeta Directeur administratif de Newe-Shalom, Israël.

Comme on vient de le voir, Eyas Shbeta à la date de cette interview, c'est à dire en mai 2010, n'était pas favorable à la création d'un état palestinien, telle qu'elle venait d'être demandée par Mahmoud Abbas devant l'ONU, en octobre 2011. Aurait-il aujourd'hui changé d'avis ? Cela me semble peu probable.

Le "coffee-shop" est un lieu central - et important- dans le village de Newe Shalom. J'ai interviewé Raiëk, le patron de ce "coffee-shop".

Interview de Raiëk, Patron du "coffee-shop" de Newe-Shalom

Je note que Raiek, d'origine palestinienne comme Eyas, n'est pas non plus partisan de la création de deux états : l'un pour les juifs, l'autre pour les arabes. Il fait observer que ces deux peuples ont longtemps cohabité pacifiquement sur cette terre. Il exprime sa conviction, qu'il partage avec plusieurs de ses concitoyens de NS/WAS, que cette terre ne saurait appartenir en propre à un seul peuple.

Une belle rencontre aussi, avec Yoram. Il est cinéaste. Il n'habite pas le village, mais seulement à proximité de celui-ci. Il a cependant décidé d'envoyer sa fille étudier à l'école primaire de Newe Shalom compte tenu de la qualité de l'enseignement que les enfants y reçoivent.

Yoram est d'origine juive. A la différence de Eyas Shbeta et de Raïek, le patron du "coffee shop", il pense que la création de deux états est indispensable pour aller vers la paix.

Interview de Yoram Honig Cinéaste israélien.

Yoram a réalisé un film, intitulé "First lesson in peace", qui relate le vécu de sa fille à l'école primaire de Newe Shalom. Les enfants y reçoivent un enseignement conjoint des langues arabe et hébraïque. Ils prennent ainsi possession de deux langues maternelles, en quelque sorte. Cela, bien sûr, les rapproche les uns des autres, tout en leur donnant un atout culturel particulièrement utile.

Le film de Yoram se termine, si j'ai bien compris, par un souhait : celui que cette école permette de trouver la paix. Ce souhait s'accompagne d'une question qui exprime un espoir, mais un espoir quelque peu teinté d'inquiétude : "pourquoi pas ?"

Voici maintenant l'interview de Brigitte Parziel qui est "assistante psychologue" dans l'école primaire de Newe Shalom :

Interview de Brigitte Parziel, assistante psychologue.

J'ai aussi rencontré Door Na Shimshon qui est "la" maire élue de Newe Shalom/Wahat As Salam.

Interview de Doar Na Shimshon, Maire de Newe-Shalom/Wahat As Salam.

Puis nous avons séjourné à Jérusalem, où nous avons trouvé asile à la "Mission autrichienne", située sur la "Via Dolorosa".

Via Dolorosa, Jerusalem.

J'ai pu interviewer Anne Lemeynien qui a été la proche collaboratrice du Père Bruno Hussar, le fondateur de "Newe Shalom".

Interview d'Anne Lemeynien. La vie commune dans Newe Shalom.

Anne Lemeynien nous laisse entrevoir comment la cohabitation, à Newe Shalom, de familles d'origine juive et de familles d'origine arabe s'efforce de servir la réconciliation entre deux peuples. La vie commune, dans le village, se veut discrètement égalitaire. Les habitants d'origine juive y veillent. Les habitants d'origine arabe apprécient ce comportement.

Grâce à l'aide d'Eyas Shbeta, j'ai effectué un bref passage à Rammalah, où j'ai rencontré le responsable du constructeur qui projette la réalisation d'une nouvelle ville, "Rawabi" ("Les collines" en arabe), destinée à recevoir plus de 15000 habitants, et située à proximité de Ramallah.

Interview d'Amir Dadjani, Vice-Président de "Massar International" à Ramallah.

Les propos tenus par le responsable de cette société témoignent de ce que le constructeur est conscient du risque qu'il court. Le succès de l'opération dépend des décisions que prendra l'autorité israélienne concernant la construction de la route d'accès à la ville nouvelle, ainsi que son alimentation en eau potable.

Avec netteté, le constructeur considère qu'il a un risque à prendre, pour réaliser ce projet particulièrement utile au bon développement de la Cisjordanie. Ce risque, en ce qui le concerne, est d'ordre financier. Il se montre déterminé à l'assumer.

Nous avons ensuite été à Jaffa, où nous avons rencontré un artiste israélien, David Reeves, qui, depuis quelques années, s'est donné pour tâche de décrire, sans complaisance, l'édification du mur construit par l'état d'Israël pour assurer, dit-il, sa sécurité...

Interview de David Reeves, artiste-peintre israélien. La construction du mur de séparation.

Puis, de retour à Newe Shalom, j'ai rencontré Yaïr Auron, professeur d'histoire à l'Université de Jérusalem, dont le témoignage m'a profondément touché.

Interview de Yaïr Auron, professeur d'histoire à l'Université de Jerusalem.

Le courage et la lucidité de Yaïr Auron me mettent face à ce que je ressens comme relevant de ma propre responsabilité.

Il vient de déclarer que l'Etat d'Israël, sa patrie, est menacé de disparaitre si les Israéliens et les Palestiniens ne parviennent pas à un accord, portant sur un partage de territoires accepté par les deux parties et débouchant sur la création d'un État Palestinien.

Et Yaïr Auron ajoute qu'à son avis Israël ne consentira à un tel accord que sous la pression de l'Europe et des Etats-Unis.

Dès lors, je ne peux que me sentir directement concerné par le conflit auquel j'ai été confronté, dans ma petite ville de Vence, dans les circonstances qui ont été précédemment relatées.

Curieusement, cette responsabilité personnelle que j'éprouve désormais à propos de ce conflit me rapproche du lieu qui en est le théâtre : la terre de Jérusalem.

Je dois dire que nous avons, mon épouse et moi, quitté ce pays avec le sentiment de quitter un nouveau « chez-nous » !

Les gens que nous y avons rencontrés se sont révélés véritablement attachants. Ils ont à la fois quelque chose à nous demander : les aider à travailler pour la paix, et quelque chose à nous donner : une invitation inattendue à nous mettre à la recherche de la cause profonde de toute guerre, de tout conflit. Recherche qui nous renvoie peut-être au fond de nous-mêmes.

Oui, là-bas, c'est chez nous :

Du côté de Vence, comme du côté de Jérusalem : mêmes ambiguïtés, mêmes attentes, même combat pour la vérité. Et ce combat nous concerne nous-mêmes, avant de concerner les autres.

Et voilà ce qui me donne l'occasion de m'adresser à moi-même la remarque suivante : si nous nous efforçons d'approfondir, pour un instant, notre écoute, si nous essayons d'entendre ce que Jérusalem a peut-être à nous dire, aujourd'hui, c'est que la cause profonde de toute guerre, et de tout conflit, pourrait être cachée en chacun de nous.

Henri Cohen-Solal va maintenant nous raconter comment il est parti, naguère, à la rencontre des jeunes en difficulté que l'on croise en banlieue parisienne. Il a ensuite pratiqué la même expérience les rues de Jérusalem. Ces deux décors ont bien des points communs...

Interview de Henri Cohen-Solal, psychanaliste. De Sarcelles à Jérusalem.

"Repérer nos fragilités, et vivre nos réussites ensemble". Voilà ce qui est proposé à ces jeunes.

À son tour, Jacqueline Bellino, auteur du livre "Les oliviers de Palestine", va nous parler d'un autre lieu de rencontre : les champs d'oliviers de Cisjordanie. Là aussi, les difficultés semblent, dans un premier temps, irrémédiables.

Interview de Jacqueline Bellino, écrivain.

Cette dernière interview est longue. Mais je me sens obligé de la conserver telle quelle. Parce qu'elle nous permet d'assister à un long cheminement qui va du désespoir, jusqu'à l'espoir.

Jacqueline Bellino, en nous faisant vivre sa patiente et généreuse découverte d'un pays, nous dit : "Apprenons à connaître l'autre, et là, on va se découvrir soi-même."

Grâce à elle, l'olivier, l'arbre de Vence et de Jérusalem, préside à une rencontre dont nous avons, sans doute, le plus grand besoin: la rencontre avec l'autre.

Elle a la magnifique audace de dire : "Une terre où il y a plusieurs peuples, ça pourrait être merveilleux !"

C'est d'ailleurs ce que semblent dire, lorsque je les interviewe en mai 2010, Eyas Shbeta, le coauteur du "Mariage de la paix" et Raiek, le patron du petit "coffee-shop" de Newe Shalom.

III. Le voyage en Sonacotra

Je vais maintenant évoquer les 18 mois que j'ai passés à la Sonacotra, peu après mon arrivée de Paris à Vence, au printemps 1976.

Je me permets cette remontée dans le temps pour expliquer de mon mieux le chemin qui m'a amené jusqu'au dialogue entre Vence et Jérusalem.

Je crois utile de préciser ici que le document que l'on est en train de feuilleter est produit par une petite structure que j'ai créée, en 2008, dans la forme juridique d'une "Auto-entreprise", installée à mon domicile, 40 avenue Henri Isnard, 06140 Vence, sous le nom de "Sud Image Audiovisuel".

Je renoue ainsi avec mon premier métier, qui fut la réalisation de films documentaires et publicitaires à Paris. J'ai ensuite quitté Paris pour Vence, où je suis devenu avocat. puis maire de cette petite ville, dans des circonstances que j'indiquerai brièvement plus loin.

Lorsque nous arrivons, donc, à Vence, Anne, mon épouse et moi, nous sommes hébergés par les parents d'Anne, en attendant de trouver une maison, et un nouveau métier qui nous permettra de vivre.

Je rencontre alors le frère d'un grand ami à moi, Henri Guglieri, architecte, décédé depuis lors.

Le frère en question, Gérard Guglieri, travaille à la direction de la Sonacotra dans les Alpes-Maritimes. Il a participé à la résorbtion de deux grands "bidons-villes" dans la proche banlieue de Nice. Il fait maintenant partie de l'équipe qui gère l'ensemble des foyers qui viennent d'être réalisés par la dite société pour loger les ex-résidents des bidonvilles, et, notamment, un "village" où vivent un millier de personnes, dans la plaine du fleuve Var, près de Nice.

Nous échangeons quelques mots. Il m'indique que la "Sonaco" vient d'acquérir un petit équipement vidéo destiné à l'animation du "village". Il me demande si je serais prêt à y faire un saut pour leur donner, en tant que cinéaste, un avis sur la façon de l'utiliser utilement. J'accepte, par pure curiosité.

Il se trouve que cette visite au "village" s'est finalement conclue par mon embauche en tant que responsable de l'animation de l'ensemble des foyers des Alpes-Maritimes.

D'emblée, les problèmes de la vie quotidienne dans les foyers m'ont fortement intéressé. Et il faut dire aussi que, par ailleurs, je n'étais pas mécontent de trouver si vite un "job", même s'il était modestement rémunéré...

Je viens de survoler les cahiers que j'ai remplis pendant mes 18 mois de Sonacotra. Je mesure la force de l'aventure qui fut alors la mienne. Je découvrais un peuple : les paysans du sud tunisien et des Aurès, en Algérie, avec leur religion, l'islam, leurs cultures diverses et leurs différentes musiques. Je rencontrais la possibilité d'agir, sur le plan culturel, dans un milieu très différent de ce que j'avais connu à Paris.

Au contact de ces hommes, je me laissais pénétrer, sans en être pleinement conscient, par la présence de quelque chose de nouveau pour moi.

Je me souviens notamment d'une scène qui m'a surpris, lorsque je l'ai vécue pour la première fois. Cela se passe dans une rue du "village" dont je viens de parler.

Soudain, à quelques pas de moi, un homme s'arrête. Il s'agenouille, et, coupant tout contact avec le monde qui l'entoure, il se met à prier. Au bout de quelques minutes, il se relève, et reprend tranquillement sa marche, pour vaquer à ses activités quotidiennes.

J'ai été souvent le spectateur d'un telle scène, qui a bien vite cessé de me surprendre. Mais, sans en être pleinement conscient, j'ai sans doute été impressionné par ce spectacle qui, d'une certaine façon, me proposait un contact avec un autre monde. 

Cet autre monde, Anne Lemeynien, rencontrée, trente ans plus tard, à Jérusalem, y fait référence, lorsqu'elle parle de "la voix d'un silence léger".

Interview d'Anne Lemeynien. "La voix d'un silence léger".

Cela dit, ma vie quotidienne à la Sonacotra était faite d'activités multiples, comme en témoigne une note, extraite du journal que je tenais au jour le jour :

Le 16 août 1977 : Ce soir, fête musicale au Village pour inaugurer le Ramadan qui commence aujourd'hui.

J'ai d'abord passé l'enregistrement d'un extrait du Coran (pendant près d'une heure). Cet enregistrement a été ensuite relayé par l'appel à la prière qui était lancé par le haut-parleur de la mosquée. Retrouvé beaucoup de "connaissances", dont les membres de la famille Ben Ameur, et Ali Abdel Jelil qui part à M'Saken vendredi prochain, ainsi que d'autres personnes.

Jean-Jacques (un de mes collaborateurs) avait prévu, avec quelques membres du "Comité de résidents" récemment créé, d'organiser un buffet. Cela a d'abord tourné à la bousculade. Puis, petit à petit, la musique s'est mise en place avec les "anciens" (les Madi", "Mansour", ...) et, surtout, un jeune de M'Saken, qui a longuement chanté des chants religieux, à la satisfaction de tous les présents, y compris de ceux qui me disent confidentiellement (comme Madi) qu'ils ne sont pas pratiquants...

Chose frappante : ces chants sont perçus comme faisant partie de la vie de la collectivité et, de ce fait, ils sont profondément appréciés.

Sans doute le phénomène de l'immigration y est pour quelque chose; mais ce qui me frappe, c'est l'aspect « culturel » de l'islam. Je veux dire que cette religion, pour les gens du village, fait partie d'eux même, de la façon dont ils se reconnaissent et se défendent collectivement.

J'écrivais cela en août 1977.

Et voilà maintenant que le Cheik Khaled Bentounès apporte, en 2010, un étonnant prolongement à mon voyage en Sonacotra.

Interview du Cheik Bentounès. Les Musulmans doivent sortir du "communautarisme".

Cela dit, mon emploi à la Sonacotra a été de courte durée.

En effet, la vision quelque peu idyllique que j'avais de mon activité, ne correspondait pas exactement à la politique de la maison. Je souhaitais que mes compatriotes découvrent la richesse culturelle des travailleurs immigrés. Certes, ces ouvriers servaient la prospérité de nos "trente glorieuses". Mais ils étaient également, à mes yeux, susceptibles de nous enrichir de leur culture.

La Sonacotra n'était pas hostile à mon approche de l'animation des foyers. Toutefois, elle souhaitait aussi que ces mêmes foyers puissent accueillir également des travailleurs français qui auraient besoin, à l'occasion de leurs déplacements professionnels, d'un logement, à titre durable ou provisoire. Elle souhaitait en conséquence que les foyers gardent une image "neutre", qui ne soit pas susceptible de décourager l'accueil des travailleurs français de souche.

C'est ainsi que la fête qui avait marqué l'entrée dans le ramadan avait été pour les "résidents" un moment de joie et l'occasion, tout simplement, d'être eux-mêmes. Mais elle pouvait aussi être perçue par ma direction comme un évènement susceptible de "marquer" la Sonacotra comme lieu de défense et illustration de l'Islam...

De mon côté, il se trouve que mon beau-père, ancien avocat, me suggérait d'embrasser cette profession. Ma formation d'ancien "Sciences-Po" et de licencié en droit, me la rendait accessible. J'ai trouvé l'idée intéressante, même si elle ne m'était pas venue spontanément à l'esprit.

Je suis donc allé proposer au directeur régional de la "Sonaco", à Marseille, d'envisager à terme la résiliation de mon contrat de travail, moyennant la possibilité pour moi, de consacrer, pendant 6 mois, un mi-temps à des études qui me donneraient accès au C A P A (Certificat d'accession à la profession d'avocat) tout en continuant de percevoir la totalité de mon modeste salaire.

Ma proposition a été, je dois le dire, accueillie avec sympathie. Et le marché a été ainsi conclu.

J'ai donc pu obtenir le "Certificat d'Aptitude à la Profession d'Avocat", qui m'a permis de "prêter serment" en qualité d'avocat, le jour de mes 50 ans, devant la Cour d'Appel d'Aix-en-Provence.

Et, dans ce qui m'apparaît aujourd'hui comme la logique de mon aventure, il a fallu, que je me trouve un jour, dans ma voiture, en train de revenir de Grasse, où j'avais assisté à une audience du Tribunal de Grande Instance de cette ville, et que je tombe sur l'émission d'une radio qui venait de se créer : "Radio Chalom Nizzan". Il s'agissait d'un dialogue que menait quotidiennement, de 11 heures à midi, le Grand Rabbin de Nice avec deux jeunes rabbins de la même ville, et qui portait chaque fois sur un court passage de la bible.

Ce dialogue m'a réellement passionné. Je suis devenu un habitué de l'émission, ce qui m'a donné l'envie d'apprendre un peu d'hébreu, pour mieux suivre les commentaires de Messieurs les Rabbins...

Ma rencontre avec la Thora, préparait ma rencontre avec Jérusalem.

On disait, de mon temps : "Sciences-Po mène à tout." Voilà que je pouvais en dire autant de la Sonacotra !

IV. Va vers ton risque

Voici maintenant une autre "tranche de vie", qui se situe 25 ans plus tard, après mes 17 années d'avocat au barreau de Grasse, et dans les derniers mois de mon mandat de Maire de Vence.

Je viens d'entreprendre la rédaction d'une sorte de journal. Il commence par cette citation de René Char (dans "Les matinaux") :

"Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s'habitueront."

Dimanche 21 octobre 2007

Depuis quelque temps, les fils de ma vie me semblaient partir dans tous les sens : films plus ou moins aboutis, métiers divers, mon travail de maire de Vence, les circonstances inattendues, et fortes, qui me mettent en présence du conflit israélo-palestinien...

Ces "fils" me semblent aujourd'hui esquisser une sorte de trame, une histoire qui tendrait à prendre un sens… C'est du moins ce que je me souhaite.

Et ce souhait m'amène, ce matin, à commencer d'écrire quelques lignes dont le propos sera, de jour en jour, de juxtaposer, si possible, action et réflexion.

Comme on a pu le constater, le « voyage en Sonacotra » a eu, en son temps, une influence profonde sur moi. D'une part il m'a permis de découvrir des hommes venus depuis l'autre côté de la Méditerranée. Les découvrir dans leur culture, et peut-être aussi, dans leur âme.

Mais, d'autre part, à leur contact, j'ai moi-même été amené à retrouver le chemin de quelque chose que l'on ne voit pas, mais dont on peut sentir, pourtant, la présence.

J'ai déjà évoqué ma rencontre avec la Thora, la bible juive, lors d'un retour du Tribunal de Grasse, en écoutant la radio, dans ma voiture. J'ai vécu, au fil des années, d'autres rencontres du même ordre, souvent en compagnie d'Anne, mon épouse.

Rencontres avec des lieux, comme, pour commencer, le vieux moulin à huile que nous avons habité, pendant 25 ans, à l'écoute du torrent de la Cagne, à quelques kilomètres de Vence. Rencontres avec des hommes, comme le Père André Gouzes, dont on peut dire qu'il a renouvelé le chant liturgique en France, comme le Père René Pillot, qui animait un groupe de prière chez les Pères Spiritains de Vence, qui ont depuis, quitté cette ville, ou, encore, comme le Père Sarraf, qui m'a appris un peu d'hébreu, au Grand Séminaire de Nice.

Des rencontres, également, avec des textes, lus dans les évangiles de Jean, Marc, Mathieu, Luc... et Thomas. D'autres textes aussi, lus dans la Thora, la bible juive, que nous appelons l' "Ancien Testament". J'en ai trouvé une belle approche dans l'édition bilingue du Rabbin Jean Schwartz, où figurent, en regard, le texte hébreu à gauche et sa traduction française à droite.

Sans oublier quelques livres de Bergson et Teilhard de Chardin, qu'on trouve cités, çà et là, dans mon "roman-film".

Cela dit, sans chercher à atténuer l'importance de ces rencontres, j'ai le sentiment de ce qu'elles n'ont fait qu'accompagner quelque chose de plus vaste : l'expérience que je faisais des hommes et des choses, dans l'exercice de mon métier d'avocat, dans la pratique de mon mandat de maire, et, plus généralement, dans ma rencontre quotidienne avec bien des hommes et des femmes que je croisais sur mon chemin, et que je trouvais porteurs d'étonnantes richesses.

"Va vers ton risque" me dit René Char.

Cette parole m'interpelle. Car je me prends à penser que je fais partie, à ma petite place, d'un monde vivant. Mon père et ma mère qui m'ont mis au monde, ont pris un risque. Ils m'ont créé, j'en ai une sorte de certitude, dans le but de me voir créer à mon tour.

Cela peut paraître prétentieux. Mais c'est ce que je pense, et c'est donc, ce que je me dois de dire.

J'écris, maintenant, une lettre à mon ami, le Père Simon Trotabas qui, après avoir été Curé d'Antibes, a pris sa retraite à Vence, où il exerce son ministère sacerdotal à la Chapelle du Rosaire. Cette chapelle est servie par une communauté de Sœurs Dominicaines. Elle est plus connue sous l'appellation de "Chapelle Matisse", du nom de celui qui l'a entièrement conçue et réalisée pour ces religieuses, pendant une période de quatre années, qui s'est achevée en 1951.

Voici cette lettre :

Vence, le 19 février 2008

Cher Simon,

Je viens de lire – bien tardivement – votre lettre de janvier dernier.

J'y ai senti, si je vous ai bien compris, une confiance dans la vie, dans notre vie. Je voudrais m'associer à ce sentiment, même si je sens bien que notre monde ne garantit pas forcément une "happy end".

Permettez-moi de citer un passage qui se situe vers la fin d'un livre du père Pierre Teilhard de Chardin, intitulé "La place de l'homme dans la nature :"

"Si, de tout ce qui précède, un point se dégage avec évidence, c'est certainement la complète et radicale incapacité où se trouve la Pluralité Humaine d'échapper aux puissances qui tendent à la ramasser organiquement sur elle-même : forces générales d'enroulement cosmique, se précisant et s'accentuant (au niveau zoologique et historique auquel nous sommes parvenus) sous l'influence de l'entrée en convergence du Monde autour de nous.

Là-dessus, pas de doute possible. De par la structure même de l'Univers, nous sommes forcés, condamnés (pour devenir pleinement vivants) à nous unifier."

Cher Simon, je n'ai aucune formation scientifique, et pourtant ce texte me parle de façon étrangement familière. Je sens, pour ma part, dans ma vie de tous les jours, cette "condamnation" à nous unifier. J'en mesure les risques. Mais, sincèrement, elle me remplit de bonheur.

Bien amicalement.

Pierre Marchou

Et ce besoin de s'unifier, Henri Cohen-Solal, de son côté, le situe aussi à Jérusalem, qui est - ou qui doit être - la "ville de la paix", comme son nom même l'indique.

Interview de Henri Cohen-Solal. Le nom de Jerusalem signifie : "la ville de la paix".

Henri Cohen-Solal, vient d'évoquer ce qui est peut-être la fonction profonde de Jérusalem : réaliser cette union entre les hommes à laquelle Teilhard de Chardin dit que nous sommes, en quelque sorte, condamnés.

Ce besoin, cette recherche de l'union, Nicole Brauner les vit à sa manière. Nous nous sommes connus naguère au barreau de Grasse. Aujourd'hui, nous avons, elle et moi, quitté la profession d'avocat.

Nicole Brauner anime, depuis cinq ans, avec son mari Steeve Redner, une association qui travaille à planter des arbres partout dans le monde, et qui a pour nom : « Association pour la terre. »

Steeve est avocat. Et il est aussi musicien. Nicole est aussi poète. Ils ont créé, ensemble, une chanson, qui s'appelle « Flamme d'amour ». Je l'ai filmée en juin 2010, peu après mon passage à "Newe Shalom."

Chanson et interview de Nicole Brauner

Comment faire quelque chose pour la paix sur la terre de Jérusalem?

Nicole Brauner vient d'apporter quelque chose au dialogue entre Vence et Jérusalem.

V. Le 28/03/2008 : une liberté nouvelle.

Au premier tour de scrutin des élections municipales, le 9 mars 2008, ma liste "Vence à cœur" ne recueille que 11,55 % des voix. Compte tenu de ce piètre résultat, je renonce, avec l'accord de mes colistiers, à me présenter au second tour de scrutin.

Ce que j'éprouve le besoin de dire, à propos de cette défaite, est paradoxal : quelque part, ce n'est pas un mauvais souvenir. Certes, je voyais s'interrompre une action passionnante, remplie de rapports humains d'une grande richesse et porteuse de projets longuement mûris et qui, brusquement, se trouvaient abandonnés. Mais, en contrepartie, je me voyais tout d'un coup disposer d'une liberté nouvelle.

Je me sentais curieusement invité à réaliser d'autres choses, qui se présentaient à moi, de façon inattendue, mystérieusement provocatrice.

C'était comme si Vence me disait : « Pense à Jérusalem ! »

Comment répondre à cette invitation ?

Nouvelle lettre au Père Simon :

Le 27 avril 2008

Cher Simon,
Je vous livre ces quelques mots dans un certain désordre.

Cela fait une heure environ que vous nous avez renvoyés, chacun, chez nous, à la fin de la messe que vous avez célébrée, ce dimanche, comme d'habitude, à la Chapelle Matisse.

Je retiens ceci, que vous nous avez livré: entre Dieu et chaque homme, croyant ou pas, la porte est ouverte, la communication est constante, tout est possible.

Ce "tout est possible", bien sûr, m'interroge et m'apparait comme une formidable invitation à faire quelque chose. Quelque chose de possible ?

Pour ma part, je voudrais vous dire comment j'ai vécu, aujourd'hui, cette matinée.

Depuis quelques jours, j'avais l'intention de me rendre, à dix heures, à une manifestation en souvenir des juifs arrêtés à Vence au printemps 1944, et qui ont ensuite été déportés à Auschwitz, où ils ont tous laissé leur vie.

Parmi ces personnes, une certaine famille Rajcyn. Le père, la mère, un fils aîné, Doris, et une fille cadette, Désirée. Cette famille a vécu, pendant un an environ dans une pension de famille que mes parents ont tenue à Nice, entre 1937 et 1945.

D'origine polonaise, les Rajcyn avaient émigré dans les années 20, je crois, à Anvers, où le père exerçait le métier de diamantaire. L'exode les avait amenés jusqu'à Nice. Ils ont vécu ainsi dans notre pension de famille en 1942-43, jusqu'à ce que l'armistice signé entre l'Italie et les Alliés, provoque le départ précipité des troupes italiennes qui occupaient Nice et sa région. Jusque-là, la menace qui pesait sur les juifs n'était pas trop grave.

L'arrivée des troupes allemandes a complètement changé les choses. C'est ce qui a amené le départ des Rajcyn vers une destination que nous ignorions, lorsqu'ils ont quitté notre pension de famille. En fait, c'est à Vence qu'ils avaient pensé trouver refuge. Cela je l'ai appris, bien plus tard, lorsque des recherches entreprises par Jacques Rozenstroch, un "parisien" qui dispose à Vence d'une résidence secondaire, ont abouti à établir la liste des victimes des rafles dont les Juifs ont été victimes à Vence. Un petit monument a été construit à la mémoire de ces déportés.

Ce monument se trouve aujourd'hui dans le square Maliver, sur le bord de la place du Maréchal Juin.

Monument des Juifs arrêtés à Vence pendant la guerre de 39/45.

Lors du séjour des Rajcyn dans la pension de famille de mes parents, à Nice, Daisy (Désirée)qui avait douze ans, et moi, qui en avais onze, sommes vite devenus de grands amis. Je garde un souvenir très vif de cette belle et pure amitié. Lorsque j'entends parler de la détresse de millions de déportés de la dernière guerre, je pense évidemment à Daisy.

Mais ce que je garde d'elle reste pourtant un souvenir heureux. Parce que la lumière que m'a apportée notre rencontre est ineffaçable, même si elle renforce la profonde sympathie (au sens étymologique du terme, qui signifie "souffrir ensemble") que j'éprouve pour cette famille et pour son Peuple.

Voilà pourquoi je tenais à me rendre à la cérémonie de ce matin.

Mais je trouvai pourtant quelques raisons d'y renoncer. En ma qualité d'ancien maire, désavoué par ses concitoyens, ma présence pouvait paraître quelque peu ambigüe...

Et c'est dans ces conditions que j'ai reçu ce que vous nous avez dit, ce "tout est possible" dont vous nous avez parlé.

Vous nous avez aussi indiqué qu'il n'est pas question, une fois la constatation faite de cette porte que Dieu nous ouvre vers lui, d'oublier les autres. Je crois même comprendre que cette porte ouverte dont vous parlez nous met directement en contact avec les autres ! Non pas parce que nous avons bon cœur, mais tout simplement parce que la vie nous serre contre eux. Tiens, revoilà Teilhard.

Bien à vous.

Pierre

Oui, Teilhard de Chardin me montre ce à quoi je suis, semble- t –il, « condamné » : travailler, à ma modeste place, pour que la paix s'installe à Jérusalem

Troisième lettre au Père Simon :

Le 5 mai 2008

Cher Simon,
Merci, sincèrement, pour votre lettre du 30 avril.

Pour en revenir aux récentes élections, je ne me sens guère blessé, à vrai dire.

Mais, s'il y a pour moi une épreuve, c'est de me trouver en face de ce nouvel espace de temps et de réflexion qui semble m'être donné, et qui, pour l'instant, me déséquilibre, dans sa soudaineté, et dans sa dérangeante richesse. A cet égard, vous pouvez, je pense, vous douter de ce que m'apportent les propos confiants que nous échangeons.

Bien amicalement.

Pierre

Ce nouvel "espace de temps et de réflexion" qui m'est maintenant accordé, il est ouvert, fort heureusement, à mes amis.

Téo Saavedra, avec qui j'ai eu la joie de travailler à plusieurs reprises, en fait partie.

Interview de Téo Saavedra, créateur des "Nuits du Sud" à Vence. Lutter contre "la peur de l'autre".

"Travailler, ensemble, pour vaincre la peur de l'autre" : voilà ce que nous propose Téo Saavedra. Et c'est bien ce qu'il nous apporte, d'ores et déjà, chaque année, à Vence, avec son festival des "Nuits du Sud".

Ces « Nuits du Sud » montrent magnifiquement comment la mise en valeur des différences – différences de pays, de langues, de couleurs, de styles musicaux – est une victoire contre la peur de l'autre. 

VI. Je retrouve "l'École de Nice"

Voici que, libéré, en quelque sorte, de ma tâche de maire, qui était pour le moins "prenante", je retrouve dans mes tiroirs les "rushes" d'un film que j'avais entrepris, en l'an 2000. Et je vais découvrir, progressivement, que ce film va traiter d'un thème bien proche du roman-film que je suis aujourd'hui en train de réaliser, un thème que je pourrais résumer par ces mots : "l'invitation à créer".

J'écris un courriel à mon ami Sacha Sosno, pour lui parler de ce projet de film qui aurait pour titre : "À la recherche de l'École de Nice".

15 juillet 2008

Cher Sacha,

Je viens t'entretenir d'un projet de film.

Comme tu peux l'imaginer, le fait de me trouver "déchargé" de la tâche qui était la mienne depuis 7 ans me met en présence de bien des choses que j'avais laissées de côté. Tu te souviens, je pense, de l'interview que nous avions réalisée ensemble, en juillet 2000. Elle fait partie d'une dizaine d'heures de "rushes" que j'avais tournés, à la même époque, dans le cadre d'un film sur l'École de Nice que m'avaient demandé Frédéric Altman et Alexandre de la Salle, à l'occasion de l'exposition du musée de Carros, "Le paradoxe d'Alexandre". C'est d'ailleurs à toi que les organisateurs devaient cette appellation...

Ce qui me passionne, chez tous ces artistes, dont tu fais partie, c'est le regard qu'ils portent sur notre monde en pleine mutation, que ce soit à Nice, Vence, ou New-York. Ce regard, je le ressens comme une célébration lucide, voire cruelle, et en même temps joyeuse, du monde où nous vivons.

Pour en venir au projet de film dont je souhaite te parler, me voici en présence d'un matériau tourné il y a 7 ans. Il n'est pas sans mérites. Mais je voudrais donner une cohérence à ces documents, quitte à les compléter, bien sûr, par des prises de vues nouvelles.

Il me semble que ton parcours, ton œuvre, et le regard que tu portes sur le monde te situent au chœur même de ce projet.

Avec mon amitié.

Pierre

Voilà que je me retrouvais devant un chantier que j'avais abandonné lors de mon élection, six ans plus tôt, à la mairie, et j'éprouvais le besoin de le reprendre, pour terminer ce film qui avait encore pour moi une certaine importance.

Je me suis mis au travail. Et Sacha Sosno est intervenu dans mon film, qui allait s'intituler :

"À la recherche de l'École de Nice".

Interview de Sacha Sosno, artiste plasticien. Le spectateur de l'oeuvre d'art devient son créateur.

VII. Le monde et l'infarctus

J'écris à un ami, sculpteur allemand, Helmut Stromsky, rencontré à Vence, quelques mois plus tôt.

8 août 2008

Cher Helmut,

Nous venons de passer près de trois semaines sur notre petit bateau. A notre retour, nous avons trouvé ce livre étonnant que tu nous as adressé, avec les photos de tes œuvres. Oui, je dois te dire ma surprise, reçue comme une sorte de confirmation. Je vais m'expliquer.

Quand on est sur l'eau, redécouvrir qu'il y a une unité du monde n'a rien d'original. Mais c'est, chaque fois, pourtant, une expérience forte.

Île Sainte Marguerite.

En ce qui me concerne, cette expérience se déroulait dans des circonstances nouvelles, puisque je me retrouvais déchargé des tâches assez prenantes de la Mairie de Vence. J'étais ainsi, peut-être, un peu plus exposé que d'habitude à l'expérience dont je viens de parler. J'avais très fort l'envie de dialoguer avec les gens et les choses en me disant qu'ils incarnent le monde. Le monde, comme être vivant, qui se manifeste par tous ceux que je rencontre, et à travers tout ce que je vois, à Vence, comme à Jérusalem, où je me suis rendu, comme tu le sais, il y a peu de temps.

J'en viens maintenant à la surprise et à la confirmation dont je parlais plus haut : en voyant les photos de tes œuvres, je n'avais pas besoin de ce qui est écrit dans l'introduction du livre : "wer etwas macht steht in einem Dialog" ("Celui qui fait quelque chose est en situation de dialogue").

Car tes œuvres expriment d'emblée ce que je ressens en ce moment, qui est de vivre un dialogue avec les gens et les choses que je rencontre.

Sculpture de Helmut Stromsky
Sculpture de Helmut Stromsky

Helmut, voilà que je ne peux résister à l'envie de te citer un passage de l'Evangile selon Saint Marc (4/21-25) :

Jesus leur dit :

"La lampe vient-elle pour être mise sous le boisseau ou sous le lit ? N'est-ce pas pour être mise sur le lampadaire ? Car rien de caché qui ne doive être manifesté, rien n'arrive de secret que pour venir se manifester. Si quelqu'un a oreilles pour entendre, qu'il entende."

Il leur dit :

"Prenez garde à ce que vous entendez! De la mesure dont vous mesurez, il sera pour vous mesuré, et il vous sera ajouté. Celui qui a, il lui sera donné. Et celui qui n'a pas, même ce qu'il a lui sera pris!"

Cher Helmut,ce que je trouve dans ces paroles de Jésus, je ne viens, en aucune manière, te l'imposer.

Mais j'éprouve le besoin de t'en parler, parce que j'y vois, à tort ou à raison, une invitation à participer à la création du monde. Et, à mon sens, cette invitation s'adresse, bien sûr, en premier lieu, à chaque artiste, comme toi, et finalement, à chaque homme, comme moi.

Car il me semble bien que, pour créer, il faut d'abord comprendre, c'est-à-dire, élucider.

Et, fort de cette pénétration dans l'être du monde, chaque artiste, et chaque homme quelque peu créateur, comme moi, a quelque chose à créer.

La mesure dont Jésus parle, est, me semble-t-il, une invitation à ne pas "mesurer" ce que chacun de nous est capable de créer.

Cher Helmut, je ne t'avais peut-être pas raconté que j'ai retrouvé, après bien des tribulations, le chemin d'un certain Jésus. Mieux vaut tard que jamais ? La question mérite d'être posée.

Et elle fait peut-être partie de celle qui est à l'origine de mon roman-film.

Si Vence et Jérusalem ont quelque chose à se dire, il y a de bonnes chances pour que Jésus y soit pour quelque chose, puisque, d'une certaine façon, il a un pied dans chacune de ces deux villes.

Je dois préciser que je suis en train de t'écrire, non pas de mon bateau, ni de ma maison, mais d'une clinique où je viens de subir une opération à la suite d'un infarctus du myocarde.

Eh bien, bien, crois-moi, je me trouve encore en situation de dialogue, avec les choses qui m'arrivent, et avec les gens que je rencontre depuis le fond de mon lit. Tu en fais partie, car j'ai ton livre près de moi.

Merci Helmut.

Bien amicalement.

Pierre

VIII. Octobre 2008. Défense de la "Promenade des Anglais" et appel de "Newe Shalom".

Dans mon "vécu", ces deux évènements se rejoignent.

Ils se rejoignent dans l'espace, parce que la "Promenade des Anglais" fait, à mes yeux du moins, partie de Vence, de même que Newe Shalom, pour bien des raisons, n'est pas si loin de ma petite ville.

Et les deux évènements se rejoignent aussi dans le temps, car ils se situent tous deux en octobre 2008.

Pour ce qui est de l'appel de Newe Shalom, qui est un peu un appel au secours, j'en parlerai plus loin.

En ce qui concerne la "Promenade des Anglais", elle ne m'appelait peut-être pas au secours, mais c'était tout comme...

Traveling sur la "Prom".

En 2008, Christian Estrosi, le nouveau maire de Nice, proposait à sa municipalité de faire passer la ligne "est-ouest" du tramway par la Promenade des Anglais.

L'affaire était assez avancée puisqu'une maquette de tram grandeur nature avait été installée sur la "Promenade",devant le Palais de la Méditerranée, dans le but de convaincre la population de la pertinence du projet.

C'est dans ces circonstances que je me suis permis d'adresser à Christian Estrosi une lettre pour lui demander de renoncer au projet de tramway sur la Promenade.

La voici :

Vence, le 18 septembre 2008

Monsieur Christian Estrosi
Député-Maire de Nice
Président de la Communauté Nice-Côte d'Azur

Cher Christian,

Je m'honore d'avoir fait partie des maires de la Communauté Nice-Côte d'Azur qui, en novembre 2007, ont clairement marqué leur souhait de te voir prendre en mains les destinées de cette Communauté.

Comme j'ai eu l'occasion de te le dire, j'étais en effet persuadé que tu apporterais à notre Communauté le même élan et la même réussite que ceux dont tu as fait bénéficier le Conseil Général.

Les évènements récents donnent raison à tous ceux qui, comme moi, t'on fait confiance.

C'est dans cet esprit que je me permets aujourd'hui de t'écrire pour te faire part de mon inquiétude concernant le projet de construction de la ligne de tramway sur la Promenade des Anglais.

Je viens de citer le nom de l'un des sites les plus prestigieux du monde. Je ne crois pas verser dans l'exagération en disant cela. Je ne crois pas non plus dépasser la mesure en disant que c'est vis-à-vis du monde entier, et non plus vis-à-vis des seuls habitants de la Communauté Nice-Côte d'Azur, que les élus, en statuant sur notre « Prom », vont avoir à prendre leurs responsabilités.

Je suppose qu'une étude d'urbanisme est en cours, qui devrait permettre d'éclairer les décisions à prendre. Sans la connaître je me crois toutefois autorisé à manifester des réserves sur les points suivants :

Bien entendu, il n'est pas question d'ignorer les graves problèmes de circulation qui se posent aujourd'hui à Nice, et, plus largement, dans l'ensemble de notre Communauté.

Mais je pense que les solutions qui s'offrent à nous se trouvent peut-être ailleurs, et notamment dans la création de transports souterrains, voire sous-marins.

Certes le problème des coûts, et des délais, se pose. Mais il doit cependant intégrer, à mon sens, le souci de permettre la survie d'un patrimoine inestimable, et aujourd'hui menacé, peut-être, parce qu'il nous est trop familier.

Au reste, qui voudrait se plaindre de notre familiarité aves l'un des plus beaux lieux du monde ?

Merci d'avoir bien voulu me lire.

Bien cordialement.

Pierre Marchou

Je ne prétends pas que cette lettre a été de nature à amener Estrosi à abandonner le projet. Je pense que bien d'autres démarches, plus efficaces que la mienne, ont donné ce résultat. Mais j'ai quand même le droit de penser que ma lettre a peut-être contribué au sauvetage de la "Prom".

Qu'il s'agisse de Vence ou de Jérusalem, pas question d'ignorer ce qui se passe. Pas question non plus de se contenter d'assister aux évènements sans se sentir concerné, et se résigner au rôle de spectateur impuissant. Mieux vaut croire que, d'une façon ou d'une autre, nous avons le pouvoir d'agir, si peu que ce soit, sur le devenir du monde.

En tout cas, je note au passage qu'il est remarquable que Christian Estrosi ait eu le courage de renoncer publiquement à ce projet, sur lequel il s'était publiquement engagé, en acceptant les objections qu'on lui adressait.

Voilà pour la Promenade des Anglais. Voilà pour le coté Vence.

Voici maintenant ce qui, au même moment, concerne le côté de Jérusalem : peu de temps avant l'envoi de ma lettre à Christian Estrosi, je recevais un courriel adressé, depuis Newe Shalom, par Evi Guggenheim/Shbeta à ses correspondants en Europe, dont je fais partie :

Le 19/09/2008

Chers amis et amies,

Shana Tova! .... Kul Sana u intu Salmin !..... Une bonne nouvelle année.... et soyez bénits pour l'Aid el Fitr! Tels sont les vœux que nous exprimons l'un à l'autre dans notre village de paix pendant ces jours-ci à chaque rencontre. Je veux vous envoyer, nos chers amis et amies les mêmes vœux sincères. Je souhaite que tous les bons vœux qui sont exprimé pendant ces jours deviendront pour vous et pour nous la réalité!

Nous avons eu une année très difficile avec la guerre de Gaza. Notre village et nos institutions pour l'éducation pour la paix ont été mis dans une épreuve extrême dans notre capacité pour la coexistence. D'un coté les Palestiniens, dont certains ont de la famille a Gaza, qui était bombardé lourdement par l'armée israélienne et de l'autre coté les Israéliens juifs, dont certains ont la famille dans l'armée israélienne ou ont été menacés par des roquettes palestiniennes. Une situation très complexe, qui nous pèse lourd jusqu'à aujourd'hui et qui nous demande toutes nos capacités de dialogue pacifique et de respect mutuel. Et malgré toutes ces difficultés, nous sommes toujours capables de continuer à vivre une vie quotidienne paisible ensemble.

Un exemple pour ça est notre commun dîner d' "Iftar" (community meal) de hier soir, pour célébrer ensemble la fin du jeûne du Ramadan, l' "Aid el Fitr" et le Nouvel An juif qui vont être célébrés demain.

Pendant les deux années passées, les deux fêtes tombent ensemble au début du mois, puisque aussi l'islam et aussi le Judaïsme usent le calendrier lunaire. Je souhaite que notre message de paix d'ici aille vous atteindre et aussi toute notre région!

Nous vous souhaitons Shana Tova et Kul Sana un intu Salmin pour une Bonne Nouvelle Année et un bénie Id el Fitr!
Shalom, Salam .
Evi.

P.S. J'ai un important P.S : Notre école primaire (Lien au Rapport annuel 2008 / 9: http://nswas.org/article918.html) est dans une situation difficile parce que le soutien financier par l'état que nous devrions obtenir à été réduit et la partie qui aurait du être payée n'a pas été payée malgré le grand retard. En outre, le soutien des organisations d'amitié internationales a été diminué par la crise financière mondiale.

Ainsi, l'école est rentrée dans une situation d'urgence temporaire.. Peut-être, l'un ou l'autre d'entre vous veut nous aider à nous sortir de cette situation d'urgence de l'école. Nous serions très reconnaissants de toute aide! Vous pouvez verser un soutien par Banque ou par Poste en mentionnant : pour la situation d'urgence de l'école(PC-Account : Amis Suisses de Neve Shalom Numéro de compte : 87-99504-1 Banque Coop, Basel, IBAN: CH 10 0844 0298 3852 9000 0).

Merci beaucoup!

Voici ma réponse au courriel d'Evi Guggenheim/Shbeta :

Chère Evi,

Votre message du 18 septembre dernier m'a vivement touché.

Comme vous le savez, je me sens personnellement responsable de ce qui se passe chez vous, en tant qu'homme, en tant que chrétien, et surtout, si je peux dire, en tant que citoyen français. Mon pays, en effet, a pris des décisions concernant votre région qui, critiquables ou pas, engagent bel et bien sa responsabilité, comme c'est le cas, d'ailleurs, de bien d'autres pays.

Je trouve formidable que vous soyez, avec vos amis, aujourd'hui comme hier, "toujours capables de continuer à vivre une vie quotidienne paisible ensemble".

Vous savez que je ne suis plus maire de Vence, depuis mars 2008. J'ai donc retrouvé pas mal de temps disponible. Je l'ai utilisé pour "renouer" avec mon premier métier, le cinéma.

Je viens de terminer un film documentaire, intitulé "À la recherche de l'École de Nice". Il s'agit d'un groupe d'artistes qui ont travaillé à Nice, mais aussi à Paris, New-York, et autres lieux, dans la deuxième moitié du siècle dernier. Certains de leurs noms vous sont peut-être connus : Yves Klein, Arman, Ben Vauthier, Sacha Sosno, et autres.

Mais cette activité ne m'empêche pas de suivre avec attention ce qui se passe chez vous, en fidèle lecteur,que je suis, du "Mariage de la paix".

Je vous dis notre sincère amitié, pour vous, et pour Eyas.

Pierre Marchou

P. S. Je serai heureux d'adresser une petite contribution financière pour votre école. Je vais utiliser les indications que vous avez données.

Je poursuis la rédaction de mon "journal" :

16 octobre 2008

La Promenade des Anglais sauvée du tramway, et le village de Newe Shalom sauvé, ne serait-ce que provisoirement, des "scuds" palestiniens... Le rapprochement vaut ce qu'il vaut… En tout cas, cela s'est passé sous nos yeux, à Vence, comme à Jérusalem. Car dans ces deux villes, comme presque partout dans le monde, on est désormais au courant de ce qui se passe, pourvu que l'on veuille bien s'en préoccuper.

Et je me permets d'ajouter que, s'il est bien de s'en préoccuper, il serait bien, aussi, de s'en occuper. Je viens de relater ma toute petite participation à la défense de la Promenade des Anglais. Eh bien je crois qu'elle a été utile, si modeste qu'elle fut. J'ai parlé de l'appel à l'aide lancé, de son côté, par Evi Guggenheim-Shbeta à ses amis dispersés un peu partout dans le monde. Là aussi, un appel a été utile.

J'ai en tout cas, plus que jamais, l'intuition de ce que ma petite ville de Vence peut devenir un lieu d'accueil pour un travail en faveur de la paix en Israël-Palestine.

La visite, en octobre 2006, d'un membre de la communauté musulmane de Vence à Catherine Ambacher en a été un premier indice. J'en ai déjà parlé. Aujourd'hui, le travail en question se poursuit.

Ce soir, je vais participer, à la Cité Paroissiale de Vence. à la réunion d'un groupe qui s'est donné pour nom: « Chrétiens-Musulmans ».

Il faut que je dise quelques mots de ces "Chrétiens-Musulmans".

Il s'agit, d'une part, d'une dizaine d'hommes venus du Maghreb et installés à Vence, avec leur famille, depuis de nombreuses années. Ils travaillent principalement dans la construction et le jardinage. Et ils pratiquent quotidiennement leur religion musulmane.

D'autre part, dans le même groupe, on trouve une dizaine d'hommes et de femmes, français de souche, de professions diverses, qui pratiquent régulièrement le culte catholique. Le Père Louis Gibelin, curé de la paroisse de Vence, fait partie de ce groupe.

En 2006, à l'occasion de l'incident « Momo Palestine », le groupe a fait preuve de modération, en s'abstenant de participer à la polémique dont il a été question plus haut.

En 2007, ils ont contribué, de façon positive, à l'accueil d'Evi et Eyas Guggenheim-Shbeta, les auteurs du « Mariage de la paix. »

Je les ai rejoints en 2010.

Lors des réunions organisées par Pierre-Marie et Maria André, qui ont créé ce groupe "Chrétiens-Musulmans", les échanges portent sur les textes, souvent très proches les uns des autres, que l'on retrouve dans les Livres de chacune de nos deux religions, à savoir la Bible et le Coran.

Ces échanges sont, chaque fois, animés et instructifs. Les discussions portent aussi sur les évènements nationaux, et internationaux, qui nous "interpellent", à la fois en tant que croyants et en tant que citoyens. Les propos échangés peuvent être vifs. Mais notre amitié, toujours, garde le dernier mot.

10 novembre

Mon travail sur l'École de Nice a progressé, et je médite sur "l'appel à créer" que les artistes en question nous adressent. Ils nous disent en effet que chacune de leurs œuvres n'existe qu'à partir du regard que nous portons sur elle. Sacha Sosno, dans l'interview que nous avons vue de lui, ne dit rien d'autre.

Et je ne peux m'empêcher de penser que, de la même façon, le regard que nous portons sur Jérusalem comporte, lui aussi, peut-être, une part de création. Jérusalem, rappelons le, signifie "Ville de la paix".

Et je pense aussi à un autre "appel à créer".

J'ai déjà parlé d'une édition bilingue de la Thora, ce livre que les chrétiens appellent l' "Ancien Testament". Dans cette édition, réalisée par le rabbin Jean Schwarz sous le titre "Une règle de vie", je relis le texte concernant le septième jour de la création du monde :

"Dieu bénit le septième jour et le proclama saint, parce qu'en ce jour il se reposa de l'œuvre entière qu'il avait produite pour l'action."

Voici le texte en hébreu, qui correspond au texte que je viens de citer. Je le transcris en phonétique française : "Vaiebarek Elohim et iom haschwii vahiekadosch oto ki bo schabat mikol-melachto ascher bara Elohim la-assot".

En lisant la traduction que donne le Rabin Jean Schwartz de ce texte - voir plus haut - je me pose la question de savoir de quelle action il s'agit. Serait-ce l'action de l'homme ?

J'observe que "la-assot" signifie littéralement : "pour faire". Je crois que "schabat" peut signifier "arrêter de faire".

Je risque, dès lors, ma propre traduction: Dieu bénit le septième jour et le proclama saint, parce qu'en ce jour il a arrêté de faire, pour que l'homme fasse.(Genèse 2/3)

Oui, j'avoue que je suis heureux de trouver dans les premières pages de la Bible cette invitation à "faire" que je ressens si profondément.

Je crois que je partage cette invitation avec bien des hommes et de femmes de bonne volonté que je croise chaque jour.

Et si les hommes sont invités à "faire", c'est qu'ils sont habités par le besoin de créer quelque chose, chacun à sa manière, pour la donner au monde.

Certes, le besoin de "faire" s'exprime parfois par l'action de "défaire"...

Interview de Maître Joël Blumenkrantz, secrétaire de l'Association des Amitiés Judéo-musulmanes, Section de Nice.

Cela dit, malgré les difficultés que l'on constate, à Nice, à Vence, et ailleurs, en ce qui concerne la cohabitation entre les hommes, est-il, cependant, permis de penser que le monde est "quelque chose qui s'arrange", comme le dit Teilhard de Chardin?

C'est, en tout cas, ce que suggère une ballade sur le toit du "Mamac", à Nice. Yves Bayard a été l'architecte de ce beau musée de l'art contemporain. La vidéo que l'on va voir permet de parcourir la promenade aménagée par l'architecte à l'intention du public. Il en résulte un véritable hymne à la ville de Nice et à la façon dont cette ville habite, en quelque sorte, le paysage méditerranéen.

La ville devient-elle, sous nos yeux, "quelque chose qui s'arrange" ?

Promenade sur le toit du Musé d'Art Contemporain à Nice.

Depuis notre arrivée de Paris à Vence, j'ai pris l'habitude d'aller, de temps en temps, passer un moment à la Chapelle Matisse. D'une certaine façon, elle me parle.

Intérieur de la Chapelle du Rosaire à Vence avec, en voix off, un texte écrit par Henri Matisse, créateur du lieu.

Comme Henri Matisse, comme tous les artistes que j'ai rencontrés, comme tous les hommes et femmes de bonne volonté que j'ai côtoyés, comme vous, comme moi, je découvre (il était temps !) que chaque être, sur cette terre, a été fait pour créer.

Chaque homme, et chaque femme, je crois, s'est senti, ou se sentira un jour, appelé à créer quelque chose. Dans quel domaine ? Qu'il s'agisse d'art ou de politique, de culture ou d'agriculture, de don de soi ou de recherche de l'autre, chacun de nous a trouvé, ou trouvera, tôt ou tard, un but pour sa vie.

Et même si le but n'est pas atteint par celui qui  l'a poursuivi, le travail dépensé pour atteindre ce but, c'est aussi de la création.

IX. Sur mon blog "06 demain". Rêver, voir, faire.

J'ai créé ce blog alors que je n'étais plus maire. Je souhaitais, ce faisant, soumettre à mes concitoyens un certain nombre de remarques et de propositions, lorsqu'elles me venaient à l'esprit. Il y est question, notamment, de relancer le commerce à Vence, de réaliser un second collège pour les enfants, de penser - déjà! - à Jérusalem, de mettre son "grain de sel" dans le cadre d'un débat sur des élections, locales ou nationales...

Il y est question, en un mot, de tout ce qui peut alimenter les discussions improvisées sur la Place du Grand Jardin, à Vence, que je rebaptise, en la circonstance, "Place du Grand Jaspin..."

Finalement, j'ai la tentation de confier à mon blog une mission qui repose sur l'idée suivante : regarder le monde et, sans exagérer l'importance du pouvoir que nous avons sur lui, essayer de faire en sorte qu'il aille vers le mieux, plutôt que vers le pire.

En ce qui concerne Jérusalem, un rêve se présente qui exprime, à vrai dire, une nécessité : voir la communauté internationale apporter un effort financier très important pour assurer une digne réinstallation des réfugiés Palestiniens qui campent, depuis 70 ans, au Liban, en Jordanie, et ailleurs.

Cette situation est à la fois dramatique et peu connue de l'opinion mondiale.

Rappelons les faits.

Le 29 novembre 1947, l'ONU  décidait le partage de la Palestine en y créant un état juif et un état palestinien. En 1948, les juifs déclaraient, avec David  Ben Gourion,  la création de l'état d'Israël. La même année, la Syrie, la Jordanie et l'Egypte, déclenchaient une guerre qui visait clairement la disparition de l'état juif. Cette guerre a chassé environ 700 000 palestiniens de leur terre et s'est terminée par la défaite des armées arabes et par un cessez-le-feu imposé par l'ONU.

Les réfugiés palestiniens ont été pris en charge par l'ONU qui a créé, pour ce faire, l'Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (en anglais : UNRWA - United Nations Relief and Works Agency for Palestine Refugees in the Near East). Selon cet organisme, un « réfugié de Palestine » est une personne dont le lieu de résidence habituelle était la Palestine entre juin 1946 et mai 1948 et qui a perdu à la fois son domicile et ses moyens de subsistance en raison du conflit israélo-arabe de 1948.

La définition de réfugié de l'UNRWA couvre également les descendants des Palestiniens qui sont devenus des réfugiés en 1948. En conséquence, le nombre de réfugiés palestiniens enregistrés est passé de 700 000 en 1950 à plus de 4,8 millions en 2005 et continue à augmenter du fait de l'accroissement naturel de cette population.

Et il faudra bien que la communauté internationale comprenne que la réinstallation des réfugiés palestiniens dans un cadre convenable est le prix à payer pour assurer durablement la paix au proche orient, et donc dans le monde entier.

Cet réinstallation peut se réaliser dans les frontières d'un futur état palestinien telles que définies en 1967 par Israël et ses voisins. Elle peut voir le jour, grâce à des investissements importants, susceptibles de développer l'agriculture, l'activité économique et le logement. Et il est clair que seule la communauté internationale, représentée par l'ONU, a la possibilité de réunir les fonds nécessaires pour cette grande opération.

Et il faut oser le dire : il n'y a pas forcément contradiction entre l'argent et le rêve.

Voir que Vence a besoin d'une grande salle de spectacles, et rêver de la réaliser. Voir que des millions d'exilés palestiniens ont besoin d'une terre qui les accueille, et rêver que le monde finance cet accueil. La faculté de "voir" appelle le besoin de "rêver". Le besoin de "rêver" nourrit la force de "faire".

VOIR, RÊVER et FAIRE, voilà le nouveau projet que souhaite servir le blog "06 demain", avec l'aide, bien sûr, de tous ceux qui voudront bien y participer. Ce projet, certes, est ambitieux. Mais, encore une fois, le rêve peut, un jour, montrer son utilité.

Et je reprends maintenant mon journal, écrit au jour le jour :

1er octobre 2009

Samedi dernier, le 26 septembre : première projection publique de mon film "À la recherche de l'école de Nice", organisée de façon grandiose, dans cette même ville, par Olivier Bettati et Alexandra Masson-Bettati devant l'Elysée-Palace, dont la façade enserre les superbes nymphes de Sosno. Je peux dire que ce fut une réussite. Public nombreux et chaleureux. Sentiment d'avoir fait "passer" quelque chose.

J'avais placé à la fin de ce film, en voix off, au cours d'un travelling sur la Promenade des Anglais, dans la lumière du soir, un texte d'Yves Klein : "Dialogue avec moi- même". Je crois que ce texte a quelque chose de prophétique.

"Tenter d'aller toujours plus loin !" : voilà l'invitation que nous adresse Yves Klein en nous associant à sa contemplation du monde.

Travelling, le soir, sur la promenade des Anglais avec, en voix off, le texte des "Dialogue avec moi-même" de Yves Klein.

Car son "bleu", celui de la mer et du ciel, c'est aussi celui de la paix. Dans un monde où l'on saura tout de chacun, tout de l'autre, tout de notre futur commun, la paix prend l'aspect d'une condition "sine qua non".

Oui, je crois devoir le répéter, nous sommes appelés aujourd'hui à faire quelque chose de ce "web" qu'Yves Klein, en 1960, a imaginé, bien avant tout le monde.

Et il ajoute, au sujet de ce monde : "et ce qui est étrange c'est de penser qu'au-delà de ça existe encore autre chose aussi encore plus grand et plus vaste et ainsi de suite et ainsi de suite".

Il est permis de penser que cette "autre chose" c'est, notamment, la paix à construire, à Jérusalem, avec l'aide du monde, avec l'aide du "web".

4 décembre 2009

Hier, déjeuner avec Anne dans le petit restaurant qui fait face à la rue de l'Evêché : théâtre merveilleux de la vie qui coule, dans Vence. J'ai d'ores et déjà l'autorisation de la patronne pour une prise de vues à partir de sa terrasse.

La vie qui coule dans Vence.

21 janvier 2010

On apprend que, suite à la défaite d'un candidat démocrate à une récente élection partielle au Congrès américain, Barak Obama voit ses difficultés augmenter en ce qui concerne l'élargissement de la protection sociale à une partie importante de la population américaine. Son discours prononcé le 4 juin 2009 au Caire se terminait ainsi : "Nous avons le pouvoir de faire le monde que nous voulons, mais seulement si nous avons le courage d'un nouveau commencement, en gardant à l‘esprit ce qui a été écrit. Le Coran nous dit : « Oh, humanité ! Nous t'avons créée mâle et femelle, et nous t'avons dispersée en nations et tribus afin que vous puissiez vous connaître. » Le Talmud nous dit : « Toute la Torah n'a pour but que de promouvoir la paix. » La Bible nous dit : « Bénis soient les bâtisseurs de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. » Les peuples du monde peuvent vivre ensemble en paix. Nous savons que c'est la vision de Dieu. Maintenant, cela doit être notre travail, ici sur terre. Merci. Et que la paix soit sur vous."

Cette paix se voit donc compromise.

(Aujourd'hui, en juillet 2012, il se trouve qu'Obama a finalement obtenu une décision définitive du Congrès des U.S.A. en faveur du système de protection sociale qu'il propose depuis son élection. On peut donc à nouveau espérer qu'il va pouvoir donner suite à son discours du Caire. Mais les élections présidentielles sont de nouveau bien proches...)

ll faut en tout cas reconnaître à Barak Obama le mérite d'avoir situé le problème de la paix à son vrai niveau.

Ces derniers jours, je relisais « Le mariage de la paix ». Ce livre est, en quelque sorte, à l'origine de mon roman-film, comme je l'ai déjà relaté. Il propose à chacun de nous le témoignage d'un homme et d'une femme que tout séparait : leurs origines, leurs cultures, leur passé. Cet homme (un arabe) et cette femme (une juive) ont vécu un amour qui leur a permis de constater que ces différences constituent une richesse, grâce à la découverte des espaces de liberté et de création qu'elles offrent à ceux qui savent respecter ces différences.

Faire que nos différences cessent d'alimenter des conflits, pour devenir des occasions de créer du nouveau : voilà quelque chose qui nous concerne tous. Voilà quelque chose qui fait que nous ne pouvons qu'être affectés par le conflit qui sévit entre Israéliens et Palestiniens.

Finalement, il semble bien que chacun de nous est appelé à sentir qu'il appartient au monde entier...

On peut me dire qu'il s'agit, là encore, d'un vaste programme. Certes, mais ce monde entier, c'est Vence, c'est Jérusalem, c'est notre maison! belle, immense, et fragile...

8 mars 2010

Je me pose, quelques fois, la question suivante : ces gens d'ici, à qui je vais demander si "Vence et Jérusalem ont quelque chose à se dire ?", est-ce qu'ils seront aussi intéressants que les artistes que j'ai interviewés naguère dans « À la recherche de l'École de Nice » ?  A vrai dire, ils n'ont rien, a priori, d'exceptionnel, ces gens que je vais rencontrer.

Pourtant, tout à l'heure, je m'arrête dans la boutique de teinturerie de mon ami Maurice L. Et je vais recevoir une première réponse à cette question.

Nous démarrons sur le thème « Israël / Palestine », comme nous l'avons déjà fait, il y a quelque temps. Il est juif. Il ne croit pas que les choses puissent s'arranger. Il me trouve très « occidental » dans ma façon de penser. Je lui fais part de mes rencontres à Paris avec les gens de l'Alesco, de ce que j'ai appris, par internet, sur Salam Fayyad et sur Rawabi… La discussion s'anime… Il devient magnifique d'excitation et d'amitié confiante : eh bien oui, il est aussi intéressant qu'Arman ou Ben. Car ces derniers étaient intéressants, finalement, en tant qu'êtres humains, tout comme mes concitoyens de Vence!

11 septembre 2010

Ce matin, je viens de recevoir un livre que j'avais commandé, « Le chemin de l'homme » de Martin Buber (1878-1965). C'est grâce à Henri Cohen-Solal que j'ai découvert cet écrivain. J'entreprends aussitôt la lecture de ce texte, qui rejoint, de façon remarquable, le dialogue de Vence avec Jérusalem.

Je note ces extraits :

« Tu es toi-même Adam, c'est à toi-même que Dieu s'adresse en disant : « Où es-tu ? »

"Rabbi Zousya" disait peu avant sa mort : « Dans le monde qui vient, la question qu'on va me poser, ce n'est pas : «Pourquoi n'as-tu pas été Moïse ? ».

Non, la question qu'on va me poser, c'est : « Pourquoi n'as-tu pas été Zousya ? »

Nous voilà, chacun de nous, invités à être nous-mêmes, ce qui n'est pas toujours, bien sûr, une tâche facile.

lundi 6 décembre 2010

J'ai visionné un film réalisé par deux cinéastes israéliens, Michel Khleifi, d'origine arabe, et Ayal Sivan, d'origine juive : "Route 181", tourné en 2002 : scènes intéressantes, décrivant une situation que les auteurs ressentent comme inextricable : la décision n°181 de l'ONU a créé, à leurs yeux, un projet de partition, c'est-à-dire de division d'un territoire, selon des tracés irréalistes. Il faudrait, à leur avis, "partager" et non pas "diviser".

Partager, au sens où l'on partage un repas, une maison, un projet… Les interviews, dans ce film, sont souvent instructives, même si elles débouchent sur un constat d'échec, du moins quant aux perspectives de paix dans le court terme.

Oui, ce que Jérusalem veut nous dire est complexe. Mais cette complexité nous enrichit, même si elle vient, quelques fois, troubler notre sommeil.

dimanche 19 décembre 2010

Ce matin, nous nous rendons à la messe, Anne, Sylvie, une grande amie venue nous rendre visite, et moi. À la fin de la messe, le Père Simon m'appelle : "Pierre, il y a une lettre pour toi." Je vais jusqu'à l'autel. Simon me remet cette lettre.

Je la lis, une fois rentré à la maison: Je crois pouvoir dire qu'elle fait partie de ce que Vence et Jérusalem ont à se dire. Car le travail pour la paix a besoin de nourriture :

Simon à Pierre Marchou

Pierre,

Je m'efforce de répondre à ta question: "j'ai du mal à comprendre la question de Jean-Baptiste à Jésus." (On trouve cette question dans les évangiles de St Mathieu et St Luc: "Es-tu celui qui vient, ou en attendons-nous un autre ?")

Jean-Baptiste a donné sa vie à Dieu. Il a pris au sérieux sa mission d'annoncer la venue du Messie attendu, de préparer les gens par un Baptême de conversion. Il a pris des risques en disant au roi qu'il n'avait pas le droit de prendre la femme de son frère. Le résultat, c'est qu'il est en prison. Je comprends qu'il se pose des questions : si tout ce qu'il a fait, c'est pour en arriver là! Le Messie attendu, les gens espéraient un libérateur, quelqu'un qui rendrait à la nation son indépendance, qui remettrait les choses en place. Or l'œuvre de Jésus ne lui parait pas coïncider avec cette annonce. Ni Messie politique, ni Messie justicier par le feu.

Ta question est importante, elle rejoint celle que Jésus pose à ses disciples : "pour vous, qui suis-je ?" Je n'ai pas fini de découvrir que Dieu est Jésus en personne.

Le témoignage des Moines de Tibérine est, à mes yeux, très fort en ce 20 - 21 ème siècle. Des hommes dont le souci principal a été d'être des priants au milieu d'autres priants, proches de la population du village.

En 1962, les moines possédaient 374 hectares de terrain. Ils ont fait don à l'Algérie de 362 hectares et en ont gardé 12 dont 6 cultivables, et cultivés effectivement. Dans les années 80, ils ont mis en place un système de coopération avec le voisinage. Des "associés" œuvraient avec le responsable religieux du jardin. Les associés faisaient la moitié du travail, les trappistes, l'autre, et ils partageaient les produits à égalité. Sans oublier les soins que le moine médecin prodiguait tous les jours, gratuitement, je suppose, aux habitants, aux terroristes, qu'ils appelaient "les frères de la montagne", comme à l'armée régulière, "les frères de la plaine".

Tout cela montre que la foi n'est pas éthérée, que la croyance en Jésus-Christ a des répercussions sociales très concrètes, même pour des gens voués principalement à la prière.

Et tout cela, pour finir décapités! Ils n'ont pas cherché cela, ni même désiré cela. Pour ma part, je crois que leurs vies n'est pas neutres (sic), et ne sont pas vaines. L'échec n'est qu'apparent, comme celui du Christ. L'amour de Dieu et des autres, est le ressort de cet enfantement douloureux vers la Vie, tout au long de la longue histoire du monde.

Avec amitié,

Simon.

Cette lettre, à mes yeux, fait partie de la messe à laquelle je viens d'assister. Je me souviens d'une autre messe, dans un petit village de la proche montagne. À la fin, le prêtre s'adresse aux quelques fidèles présents dans la petite église. Il lance : "Ite, missa est". Et il ajoute : cela veut dire : "C'est fini... Et ça continue."

Il est vrai que, depuis les rencontres dont j'ai déjà parlé: travailleurs de la Sonacotra, gens de Newe Shalom, gens de Vence et d'ailleurs, les messes dont je fais part, ici et là, dans ces pages, font partie de quelque chose de "continu" pour reprendre le mot du prêtre montagnard. Un "continu" qui donne peut-être son sens à ma vie.

J'adresse maintenant au Père Simon la réponse suivante :

Simon,

Je viens de lire ta lettre. J'éprouve le besoin de te dire un immense "merci". J'avais un peu oublié ma propre lettre, et je m'en suis souvenu pendant la messe que tu célébrais. Et voilà que tu m'appelles, à la fin de la cérémonie, pour me dire que tu as une lettre pour moi. Et je viens de lire ta réponse.

Tu me renvoies à la lecture de l'évangile. Et tu as bien raison: j'oubliais tout simplement que les évènements qui accompagnent le baptême du Christ sont très forts, même si l'Evangile les rapporte de façon sobre. Et tu me rappelles que ces évènements, intervenus dans un contexte culturel spécifique, ne sont pas faciles à interpréter, même pour un saint.

Alors je comprends mieux la question de Jean, prisonnier, persécuté, porteur d'une culture qui attend un messie "sauveur", et tributaire, en quelque sorte, de cette culture.

Et voilà que tu en viens aux moines de Tibérine. Là, Simon, il faut te le dire : depuis que j'ai assisté à la projection de ce beau film, "Des hommes et des dieux", je m'interroge - décidément, je suis un spécialiste du "je m'interroge"... - sur le sens de ce titre.

Et voilà que, sans que je te le demande, tu m'y réponds. Tu m'apprends que les moines avaient fait don de la presque totalité de leurs terres aux habitants du village voisin. Et je note ta dernière remarque : "L'échec n'est qu'apparent, comme celui du Christ. L'amour de Dieu et des autres est le ressort de cet enfantement douloureux vers la Vie, tout au long de la longue histoire du monde."

Merci Simon, pour ces "et voilà!"

Pierre

mardi 21 décembre

Ce matin, reçu un courriel de Catherine Ambacher qui nous annonce un spectacle, "Le Pianiste", organisé par l'Association "Yad Vashem". Il s'agit du récit de Wladislaw Zspilman, pianiste, et de sa survie dans le ghetto de Varsovie, en 1939-1945. Ce récit, qui a inspiré un grand film à Roman Polansky, a fait aussi l'objet d'une adaptation pour le théâtre. Nous nous rendrons à ce spectacle.

Ces mots, "Yad Vashem", qui dénomment l'association bien connue dont je viens de parler, me donnent envie de relire les versets 4 et 5 du chapitre 56 d'Isaïe, dont ils sont extraits.

En voici le texte : "Car ainsi parle Iéhovah : aux eunuques qui observeront mes chabbats et qui agiront comme j'aime, et qui s'attacheront à mon alliance, je donnerai, dans ma maison et dans mes murs, un lieu et un nom qui vaudra mieux que des fils et des filles, un nom éternel qui ne périra pas."

Est-ce que, pour moi, un lieu et un nom valent mieux que des fils et des filles ?

C'est vrai que, pendant longtemps, je ne souhaitais guère avoir des fils et des filles. C'est vrai que je rêvais de créer des choses plutôt que des enfants.

Et voilà que je suis, aujourd'hui, émerveillé par ces êtres extraordinaires que sont les petits enfants. Ces petits d'hommes  ne sont pas des hommes. Mais ils ont quelque chose de plus : ils sont en train de devenir des hommes. Processus mystérieux auquel leurs parents participent, bien sûr, mais sans en être, semble-t-il, les auteurs principaux. Et ces parents sont les témoins - émerveillés, cela se comprend - d'un processus qui les dépasse.

Car ce mystère de leur croissance est comme une véritable cérémonie d'initiation, à laquelle nous sommes tous, parents ou non-parents, quotidiennement invités.

Aujourd'hui, à mon âge, je ne peux que méditer cette question. Et je m'interroge sur ce qui m'a poussé vers la création de choses, qui sont certes désirables - comme la réalisation d'un film ou celle d'une école municipale - plutôt que de créer des enfants. Cette création qui m'apparait aujourd'hui, dans son apparente banalité, comme l'aventure la plus riche, la plus passionnante, et la plus difficile dont on puisse rêver!

Créer un homme, créer une femme. Et créer une nation, comme la Palestine ?

lundi 3 janvier 2011

Si l'on y met les moyens, la terre de Cisjordanie a tous les atouts pour devenir la Suisse du moyen orient.

On peut se référer, à cet égard, à l'opération "Rawabi", ce beau chantier de construction d'une ville nouvelle près de Ramallah, dont il a déjà été fait mention plus haut.

En d'autres termes, il ne s'agit pas de donner des "leçons" de bonne conduite au gouvernement d'Israël, ou au Fatah, ou au Hamas. Il s'agit plutôt d'apporter à cette zone du monde la vraie possibilité de répondre aux besoins de sa population.

Et le monde entier a la charge de cette opération, comme il a la charge de lutter contre la faim dans d'autres parties du globe, et celui d'empêcher le CO2 d'étouffer la planète. Autrement dit encore, il ne suffit pas de s' "indigner", comme nous le conseille, certes à juste titre, Stéphane Hessel. Il s'agit de prendre conscience de notre responsabilité personnelle face à la nécessité dans laquelle nous sommes d'apporter une aide concrète, très importante, et, bien entendu, contrôlée, à cette région du monde.

Henri Cohen Solal. Les frontières de 1948.

Henri Cohen Solal, comme on vient de le voir, distingue deux domaines.

Il y a d'abord celui de l'analyse rationnelle d'une situation politique. Dans ce domaine, il estime que les Israéliens sont prêts à admettre l'existence de deux états, l'un israélien, l'autre palestinien.

Mais il y a aussi, selon Cohen-Solal, un autre domaine, qui est celui de l'irrationnel, ou du moins, du "non-rationnel". Et c'est dans ce domaine-là que se situe, à ses yeux, la question du devenir de Jérusalem. La gestion de ce devenir demande, à son avis, que le "monde politique" apporte un "petit ajout", qu'il invente, en d'autres termes quelque chose de nouveau. Car Jérusalem abrite trois enfants qui sont bien différents, et qui, cependant, ont le même Dieu.

Et là, nous retrouvons les deux significations, à la fois différentes et complémentaires du verbe "partager".

Dans le film réalisé par les deux cinéastes israéliens dont j'ai parlé plus haut, "partager" signifie "mettre en commun", comme on partage un repas, une maison, voire, une vie.

Dans les interviews qu'ils m'ont accordées en mai 2010, Eyas Shbeta et Iarek me laissent entendre que la terre d'Israël/Palestine ne peut être divisée en deux, mais doit être partagée par les deux peuples qui y vivent aujourd'hui, et qui doivent pouvoir y cohabiter pacifiquement, comme c'est le cas à Newe-Shalom.

Pour leur part, Yoram Honig et Yaïr Auron, que j'ai interviewés à la même époque, dans ce même village, sont d'un avis différent : cette même terre doit être divisée en deux parties, l'une pour les Israéliens, l'autre pour les Palestiniens, afin que chaque peuple puisse vivre en paix, dans la partie qui lui sera allouée. Je rappelle que Yoram Honig et Yaïr Auron sont des Israéliens d'origine juive.

La "solution des deux états" a une logique qui semble forte. Pourtant, envisagée, et négociée depuis des années, elle a bien du mal a devenir réalité.

De son coté, le partage, au sens d'une mise en commun, semble utopique, dans le contexte actuel. Peut-être doit-on, aujourd'hui, se contenter d'aller vers la division, pour pouvoir, demain, mieux réaliser le partage, au sens positif de ce terme ?

Dans l'Evangile selon Saint Marc (6/35-44) Jésus, pour nourrir les cinq mille hommes et femmes qui se sont spontanément rassemblés autour de lui dans un lieu désert, partage les cinq pains et les trois poissons que ses disciples viennent de trouver parmi la foule pour en faire les milliers de pains et de poissons qui vont rassasier tout le monde...

Jésus, en fait, crée quelque chose, du pain et des poissons, et donne ce pain et ces poissons à la foule qui l'entoure.

Nous pouvons, peut-être,nous inspirer de cet évènement. Oui, rien ne nous empêche de travailler pour tenter de créer "le poisson et le pain" qui permettraient d'apaiser les conflits qui pèsent sur le monde. Le poisson et le pain, c'est, notamment, l'aide financière internationale qui permettra d'aider la réinstallation des réfugiés palestiniens sur une terre susceptible de les accueillir. Travailler à montrer que cette aide financière est nécessaire, qu'il est possible de la collecter,  et qu'il faut donc que le monde en accepte collectivement la charge. Voilà, peut-être ce que Vence et Jérusalem attendent de nous.

Lundi 21 février 2011

Hier, dimanche, nous avons assisté, Anne et moi, à la messe célébrée à la Chapelle Matisse. Comme à son habitude, le Père Simon Trotabas, au moment de la "prière universelle", a proposé aux fidèles d'exprimer eux-mêmes des objets de prière.

J'ai éprouvé le vif besoin de prendre la parole et de dire : "Je vous propose de monter à Jérusalem, la Ville du Christ, et donc notre Ville, pour demander que les Palestiniens aient droit, comme tout le monde, à une patrie."

A la fin de la messe, je suis allé, comme je le fais chaque fois, vers Simon, pour lui serrer la main. Il m'a, d'emblée, félicité d'avoir exprimé cette intention de prière.

Je dois dire que j'en ai été soulagé, et heureux. Soulagé d'avoir "fait de la politique" à la messe sans, pour autant, rencontrer l'hostilité du prêtre qui la célébrait...

23 février 2011

Le soulèvement des peuples de Tunisie, d'Egypte, de Lybie, et les mouvements insurrectionnels qui se développent dans d'autres états du moyen orient, nous invitent à porter un regard nouveau sur le conflit d'Israël/Palestine. Le devenir de ces deux peuples a dépendu jusqu'ici de la volonté de leurs dirigeants respectifs (gouvernement d'Israël d'un coté et Fatah de l'autre), ainsi que des initiatives souvent fluctuantes des pays qui sont sensés se pencher sur leur sort, ONU comprise.

Ce qui se passe aujourd'hui au moyen orient, à l'initiative des masses animées par leur jeunesse, est susceptible d'avoir un effet bénéfique dans les territoires où vivent les israéliens et les palestiniens. Car ces deux peuples, tous comptes faits, souffrent plus, peut- être, des litiges internes qui paralysent depuis 20 ans leurs dirigeants respectifs, que des différences qui tiennent à leurs origines diverses.

En effet, la paix, dans ce pays est malheureusement suspendue aux divisions internes qui minent l'action des dirigeants de chacune des deux parties. Il suffit, par exemple, que Netanyahou, le premier ministre israélien, envisage le "gel" des nouvelles constructions dans les colonies juives en territoire palestinien pour que le parti d'extrême droite, dont les voix à la Knesset lui sont nécessaires pour gouverner, le menace de quitter sa majorité s'il persistait dans son intention de geler les nouvelles implantations. Du coup, Netanyhaou renonce au gel des nouvelles colonies...

De son coté, Mahmoud Habbas, le chef de l'Autorité Palestinienne voit chacune de ses initiatives dans le sens d'une négociation pacifique contrée systématiquement par le Hamas, qui a beau jeu de présenter toute concession éventuelle du Fatah comme une trahison de la cause palestinienne.

De même, les initiatives des pays qui tentent quelque chose pour aider à la construction de la paix dans cette région se révèlent souvent sans lendemain.

Témoin le discours de Barak Obama au Caire en 2010 en faveur de la paix et "le coup de frein" que lui ont aussitôt imposé ses difficultés en politique intérieure américaine.

Les israéliens et les palestiniens assistent depuis 20 ans à des "négociations pour la paix" qui n'aboutissent jamais.

Ce qui se passe aujourd'hui sous leurs yeux, dans tout le moyen orient, est peut-être de nature à leur inspirer la recherche d'une entente "à la base", où chaque peuple pourrait tenter une négociation qui soit enfin libérée de calculs étrangers à ses intérêts fondamentaux. Mais cela supposerait qu'ils se donnent des représentants qui ne subissent pas la pression des groupes ou partis qui, jusqu'ici, contrôlent l'action des dirigeants en place.

En d'autres termes, peut-on imaginer, pour les négociations de paix, d'autres interlocuteurs que Netanyahou d'un coté, et Mahmoud Abbas de l'autre ? Ou bien peut-on envisager que Netanyahou et Mahmoud Abbas soient, d'une façon ou d'une autre, libérés des pressions qu'ils subissent de la part de leur entourage ?

On dira que de telles perspectives relèvent de la "politique fiction". C'est vrai. Mais le renversement de Ben Ali ou de Moubarak ne pouvait-il pas, dans un passé récent, paraître tout aussi improbable ?

Autrement dit, encore, on vient d'assister à une "révolution internet", un mouvement que la jeunesse a pu lancer grâce à l'utilisation des réseaux sociaux, cette dynamique où la circulation de l'information a permis de transformer de fond en comble le paysage politique, du moins en Tunisie et en Egypte. Ne peut-on pas, dès lors, imaginer, pour Israël et la Cisjordanie, un phénomène de ce genre ? Il y a, dans ces deux pays, comme en Egypte et en Tunisie, une jeunesse pleine de compétences et brûlant du désir de vivre dans la paix et la liberté.

12 mars 2011

Aujourd'hui, il y a comme une invitation à agir adressée à chaque homme.

Tout le monde sait à peu près tout ce qui se passe partout, même si la relation des faits est approximative. Les hommes d'état sont, plus qu'auparavant, sous le regard de leurs administrés. Ce regard semble les inhiber. Il y a peut-être quelque chose à inventer pour rendre plus efficace ce regard, par les administrés que nous sommes, sur les hommes d'état, que nous ne sommes pas.

mardi 16 mars 2011

Voilà, finalement, ce que me dit  aujourd'hui  Jérusalem : « pour m'aider, commence par t'aider toi-même, en employant les moyens dont tu disposes pour devenir un citoyen de ce monde. »

Ce qui m'a aidé ce matin : porter un courrier à la poste de l'avenue Tuby (pour François-René Duchable). Retour par la place du Maréchal Juin et l'avenue de la Résistance. Rencontre d'au moins 10 personnes, dont : Evelyne T., Mme F., Henri T. . Un vrai bonheur!

mercredi 13 avril 2011

Je recopie l'extrait d'une interview du Cheik Bentounès par Bruno Solt :

"Aujourd'hui nous sommes dans des situations où le message de Jésus semble d'une urgence capitale, voire vitale. Notre monde est gravement malade, seule une médecine radicale peut le soigner. Pourquoi tant de misère et de haine, de conflits et de corruption ? Au nom de qui ? Pour servir quels intérêts ? Au nom de Dieu ? Au nom d'Allah ?... Quel est le sens d'un monde en démence où personne n'ose dire la vérité par peur d'être incapable de la vivre et d'en assumer la responsabilité et les conséquences.
La vérité est exigeante comme l'est le message de Jésus. Dans l'atmosphère dramatique de notre époque qui peut concevoir que pour trouver Dieu il faut tout donner ?"

4 décembre 2011

À une réunion de l'Association "Pax Medicalis", à Menton, réunion consacrée à la recherche de la paix au Moyen Orient, j'ai posé la question suivante : "Ne serait-il pas utile de se souvenir de ce que l'ONU, le 27 novembre 1947, a voté une résolution portant sur le partage de la Palestine et la création de deux états, l'un pour les Juifs, l'autre pour les Palestiniens ?"

Ma question n'a pas été retenue, faute de temps. Elle n'en est pas moins valable, me semble-t-il.

Cette décision de l'ONU mérite qu'on la situe dans l'histoire de cette région.

X. Jérusalem, avant et après 1947

Prenons en compte, tout d'abord, le contexte historique.

Pendant les 400 années de domination turque jusqu'en 1917, la Palestine n'était qu'une petite province de l'empire ottoman, pauvre et peu peuplée : En 1840 il y avait 70.000 arabes et 10.000 juifs en Palestine.

La "Déclaration Balfour".

Dans une lettre ouverte adressée à Lord Lionel Walter Rothschild (1868-1937) et publiée le 2 novembre 1917, le Ministre britannique des Affaires étrangères, Arthur James Balfour, lui déclare que "le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l'établissement en Palestine d'un foyer national pour le peuple juif, et qu'il emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif".

Au lendemain de la première guerre mondiale, en 1918, les Anglais promettent à l'émir Hussein de Hedjaz et à son fils Fayçal de créer un vaste royaume arabe, avec à sa tête un souverain hachémite, royaume dont la Palestine ne ferait pas partie.

De son côté, l'émir Fayçal, lors de plusieurs rencontres avec Haim Weizman, envisage sereinement la venue des Juifs en Palestine et la fondation d'un Foyer National Juif.

Le 3 janvier 1919, un accord de 9 points est signé par Fayçal au nom du royaume arabe de Hedjaz et par Weizman au nom de l'organisation sioniste mondiale.

Haim Weizman et l'Emir Fayçal
Haim Weizman et l'Emir Fayçal

Cet accord stipule notamment :

Article 3 : toutes les mesures nécessaires seront prises en vue de garantir pleinement l'exécution pratique de la "Déclaration Balfour", du 2 novembre 1917, qui engage le gouvernement anglais.

Article 4 : toute les mesures nécessaires seront prises pour encourager et stimuler l'immigration des Juifs en Palestine sur une vaste échelle et pour assurer dans le plus bref délai l'établissement des immigrants juifs sur le territoire, grâce à une meilleure mise en valeur du sol, et à une culture intensive. Il est convenu que dans l'exécution de ces mesures, la protection des droits des paysans et des fermiers arabes sera assurée et que ces derniers seront aidés à l'avenir en ce qui concerne le développement économique.

Fayçal, méfiant, ajoute cependant à ce texte en anglais un codicille en arabe dans lequel il envisage le cas où la promesse faite de la constitution d'un grand état arabe, ne serait pas tenue. Si la promesse, faite par l'Angleterre, de la constitution d'un grand état arabe n'est pas tenue, ce présent accord ne sera plus valable.

Et c'est ce qui est arrivé : en 1920, la France et l'Angleterre résolvent leurs problèmes de partage du Moyen Orient en découpant autrement la région... oubliant ainsi les promesses de l'Angleterre à Fayçal. Les accords Weizman-Fayçal tombent à l'eau. En 1922 la Palestine sera donc sous mandat britannique. Il faudra attendre 1947 pour que l'ONU envisage une Palestine indépendante, formée de deux nouveaux états, l'un arabe, l'autre juif.

1922-1939

Tenant compte des appréhensions arabes, Churchill, ministre des Colonies, en 1922, publie un premier Livre Blanc devant préciser des limites aux droits des juifs à immigrer. Ce livre confirme la limitation du Foyer National Juif, qui représente les colons juifs, à la partie occidentale de la Palestine et limite l'immigration aux capacités d'absorption économique du Yishouv. La Transjordanie restera uniquement dans les mains des Arabes, et deviendra plus tard la Jordanie.

Les deux premiers Hauts Commissaires de Palestine, Herbert Samuel et son successeur Lord Plumer (1923-1928) mettent en application la Déclaration Balfour concernant l'immigration juive, l'achat de terres, et la reconnaissance du Yishouv (Foyer National Juif). Ils oeuvrent pour une amélioration des conditions de vie, pour un développement économique et une stabilisation politique entre les Arabes et le Yishouv dont l'existence est reconnue dès lors dans le droit international.

Mais le Haut Commissaire suivant, Sir John Chancellor (1928-1931) et ses successeurs n'arrivent plus à faire face à la situation explosive entre les deux peuples. Ils adopteront souvent la politique du "diviser pour régner".

En 1929, soulèvement sanglant à Jérusalem, à Hébron, et dans tout le pays. Les Arabes avec à leur tête le Mufti de Jérusalem, soutenus par les pays voisins, engagent une guérilla contre les juifs et les Anglais. Des centaines de morts des deux côtés.

palestine

Le Haut Commissaire nomme alors deux commissions d'enquête envoyées de Grande Bretagne, qui donnent naissance en 1930 au deuxième Livre Blanc, qui décide une importante réduction de l'immigration juive et l'interdiction de la vente de terres.

Le Livre Blanc de 1930 arrive au moment où le "mécanisme migratoire" pour les juifs devant fuir d'un pays à un autre n'est plus possible : l'Angleterre, l'Afrique du Sud, le Canada, l'Australie ferment leurs portes. La France, les USA et d'autres pays limitent leurs quotas. L'antisémitisme se généralise en Europe. En Allemagne, les Nazis permettent aux Juifs de partir, même avec leurs biens... mais aucun pays n'est prêt à les recevoir.

Ce Livre Blanc de 1930, en violation flagrante de la Déclaration Balfour, est très contesté. Le Premier Ministre britannique, Ramsay Mac Donald, pour ne pas ternir l'image du Royaume Uni, l'annule."L'engagement britannique d'encourager le Foyer National Juif est un engagement international irréfutable."

Arthur Wauchope est alors nommé Haut Commissaire en Palestine. Durant son mandat de 1931 à 1937 le Yishouv se développe et accueille la cinquième Aliya : 40.000 immigrants allemands en 1934 et 62.000 en 1935, ainsi que l'Aliya des jeunes, 8.000 de 13 à 17 ans venus d'Allemagne sans leur parents et installés en Palestine dans des villages pour enfants. Henrietta Szold sera une véritable mère pour tous ces jeunes.

Développement de la Palestine.

Petit à petit la situation économique et sanitaire s'améliore. Les immigrants pionniers achètent des terres, assèchent les marais, et des kibboutzim développent l'agriculture. Une infra-structure se met en place avec, entre autres, des dispensaires, des hôpitaux, mais aussi des écoles, l'Université hébraïque à Jérusalem et le Technion à Haïfa. Lors de la cinquième Aliya, les Juifs d'Allemagne s'installent surtout dans les villes, y développant commerce et industrie. La culture hébraïque "fleurit" : théâtre, musique, littérature, arts, presse.

La situation s'améliorant, la mortalité infantile diminue. C'est l'une des raisons de la croissance démographique des Arabes, une autre raison étant une immigration arabe importante des pays voisins : Irak, Transjordanie.

1936 - la révolte arabe.

Des groupes extrémistes arabes de Palestine, aidés par l'Irak, se soulèvent contre le Yishouv, les Britanniques et les Arabes modérés. Ils lancent une grève générale qui dure 175 jours, bloquant tout. Le Yishouv est obligé, pour survivre, de se réorganiser politiquement, économiquement et militairement. Un port est créé à Tel Aviv. La représaille anglaise cause des milliers de morts tant arabes que juifs L'insécurité s'installe. Une organisation d'auto-défense juive, la Haganna, se met en place, qui deviendra très vite une résistance armée, luttant contre les agressions arabes et l'oppression britannique. De son côté l'Irgoun, organisation militaire dissidente, s'engage dans des opérations terroristes contre les civils arabes. Ce qui entraîne de leur part des représailles du même type.

L'Angleterre, inquiétée par cette situation explosive, envoie plusieurs commissions d'enquête. Au lendemain de la révolte, en 1937, la commission Peel propose un partage de la Palestine en trois entités : Arabe, juive, pays mandataire. Les Juifs et les Arabes refusent. Plus tard d'autres commissions se verront essuyer le même refus.

Une conférence judéo-arabe est alors convoquée à Londres, en février 1939, les Juifs et les Arabes siégeant séparément. Les solutions proposées par les Anglais sont rejetées par les deux parties.

1939

Devant l'impasse, le gouvernement anglais, sous l'influence arabe, retire son soutien au sionisme et publie le 17 mai 1939 un troisième Livre Blanc annulant définitivement la Déclaration Balfour. L'immigration est limitée à 15.000 personnes par an pendant 5 ans, puis sera totalement arrêtée. L'achat des terres est réduit et même interdit selon les zones.

En réponse, l'Agence juive et le Yishouv vont dès lors organiser une immigration clandestine (d'autant plus urgente vu la montée du Nazisme) et poursuivre l'installation de nouveaux kibboutzim mieux gardés (opération "Tour et Palissade"). Beaucoup de bateaux transportant des Juifs d'Europe en Palestine seront pourchassés et leurs passagers engloutis en Méditerranée.

1939-1944

Pendant la deuxième guerre mondiale, des Juifs de Palestine s'enrôlent dans des unités anglaises pour lutter contre l'Allemagne. Avec cette célèbre phrase de David Ben Gourion : "Il faut faire la guerre avec les Anglais comme s'il n'y avait pas de Livre Blanc, et lutter contre le Livre Blanc comme s'il n'y avait pas la guerre."

1945-1947

Les Alliés, aidés d'organisations humanitaires comme l'UNRA et l'IRO, rapatrient les survivants des camps nazis dans leurs pays d'origine.

Pour les survivants juifs, il n'y a plus de pays d'origine, plus de communautés. Ils n'ont plus que la Palestine. Mais les portes de la Palestine restent fermées. Sur les 850 000 réfugiés [D.P. = desplaced persons] des camps d'Allemagne et d'Autriche en 1947, 250.000 sont Juifs.

La commission d'enquête anglo-américaine, convoquée en novembre 1945 par le Président Truman et le Premier Ministre britannique Attlee, recommande, le 1er mai 1946, l'accueil en Palestine de 100.000 réfugiés. La puissance mandataire refuse, s'en tenant à 1 500 par mois. Après le pogrome polonais du 4 juillet 1946 le nombre des réfugiés augmente encore. C'est alors que l' "Aliya B" (clandestine) s'intensifie. L'Agence juive œuvre pour faire sortir des Juifs des camps de D.P. et pour affréter des bateaux à destination de la Palestine. Les navires britanniques patrouillant la Méditerranée les refoulent. Et ceux qui pourtant accostent à Haïfa sont envoyés dans des camps à Latroun, et dès 1946 à Chypre.

Juillet 1946

Recrudescence des actes de violence : les extrémistes juifs de l'Irgoun, après avoir prévenu les Anglais font sauter une aile de l'hôtel King David à Jérusalem, où se trouvent les bureaux du Gouvernement de la Palestine.

Attentat à l'hôtel King David
Attentat à l'hôtel "King David"

Comme on n'a pas pris au sérieux leur menace, 91 personnes, Anglais, Arabes et Juifs, sont victimes de l'explosion.

Le 2 avril 1947, Londres, forcée d'admettre que la situation en Palestine lui échappe, demande l'inscription de la question palestinienne à l'agenda des Nations unies. La présence de l'Agence juive sera acceptée pour cette délibération. Elle y représentera le Yishouv, les états arabes membres y représentant les Arabes de Palestine.

Le 28 avril 1947, l'Assemblée Générale de l'ONU réunie en session extraordinaire accepte la création d'un comité spécial des Nations unies sur la Palestine, l'UNSCOP (United Nations Special Commitee on Palestine) formé des représentants de onze états, et dont ne font pas partie les cinq Grands (USA, URSS, Grande Bretagne, France et Chine).

L'UNSCOP devra, après avoir visité les camps européens de D.P. (Personnes Déplacées) et la Palestine, soumettre son rapport à l'ONU. Lors de son périple, il s'est trouvé à Haïfa lors de l'arrivée de l'Exodus, bateau de 4 500 immigrants qui fut arraisonné par des destroyers de la Marine britannique et dont les passagers furent renvoyés vers des camps de D.P. en Europe.

L'Exodus après son arraisonnement par les anglais.
L' "Exodus" après son arraisonnement par les anglais.

En août 1947, mission terminée, l'UNSCOP remet son rapport et ses recommandations à l'ONU :

Les Arabes de Palestine et les gouvernements de tous les états arabes font savoir qu'ils s'opposeront par la force à l'application de ces recommandations.

29 novembre 1947

Rien n'est donc joué, en septembre 1947, lorsque ces recommandations sont présentées aux Nations Unies pour un vote. Les 10 Etats arabes membres de l'ONU d'une part, les délégués du Yishouv de l'autre exercent des pressions sur les délégués.

Finalement le 29 novembre 1947 l'ONU prend la décision n°181 créant le plan de partage de la Palestine en 2 états, l'un Juif et l'autre Arabe, par 33 voix pour (dont les Etats-Unis, l'URSS et la France), 13 contre (dont les pays arabes voisins, l'Iran, la Turquie) et 10 abstentions (dont l'Angleterre). La majorité (plus des deux tiers) opte pour la création d'un Etat juif à côté d'un état arabe avec une union économique et un statut international pour Jérusalem.

Vote de la décision 181 à l'ONU
Vote de la décision 181 à l'ONU

La décision de l'ONU déchaîne un enthousiasme délirant dans les communautés juives à travers le monde.

C'est le feu vert donné par l'institution internationale suprême à la création d'un état juif - le rêve de Herzl - c'est la liesse à Tel Aviv et à Jérusalem. Pourtant Ben Gourion note dans son journal : "Seul un enthousiasme superficiel peut faire croire que le vote de l'ONU a résolu le problème et que l'Etat juif est né."

Le lendemain du vote, le Haut Comité Arabe de Palestine proclame la grève générale, et un autobus juif est attaqué sur la route de Jérusalem.

Jusqu'au 15 mai 1948, date de la fin du mandat britannique sur la Palestine, quelques affrontements ont lieu entre juifs et arabes. Ce même jour, la création de l'État d'Israël est proclamée, à l'initiative de David Ben Gourion.

Au vu de la situation, les Etats arabes voisins (Egypte, Syrie, Irak, Jordanie) qui sont opposés à la décision de partage de l'ONU, envoient sur le territoire de la Palestine une armée, sous la bannière de la "Ligue Arabe".

Après des luttes meurtrières, et incertaines, les combats cessent, en application d'une trève, proposée par un médiateur de l'ONU, en juillet 1949.

1948 Palestiniens sur la route de l'exil.
1948 Palestiniens sur la route de l'exil.

Les conséquences de ces évènements sont les suivantes : un déplacement d'environ 700 000 palestiniens chassés hors de leur pays par les combats qui s'y déroulent, l'annexion de la Cisjordanie par la Jordanie, le partage de Jérusalem entre Israël et la Jordanie, et l'occupation de la bande de Gaza par l'Egypte.

Par ailleurs, l'Etat arabe palestinien, et la zone internationale de Jérusalem, prévus par la décision de partition de l'ONU, n'ont pas vu le jour.

Et la population arabe palestinienne vit désormais un exode qui dure jusqu'à aujourd'hui.

Maintenant, il faut bien observer que tous ces évènements ont leur origine dans la décision de l'ONU en date du 29 novembre 1947. Les motifs de cette décision peuvent peut- être se voir contestés par certains observateur, mais ils sont respectables. Et il suffit de consulter la liste des pays qui l'ont votée pour constater qu'elle a été approuvée par une large majorité de la population mondiale.

De leur coté, les Juifs et le Arabes de Palestine n'ont finalement joué qu'un rôle passif dans ces évènements, dont, répétons-le, les principaux acteurs sont, d'un coté, l'ONU, et, de l'autre coté, quatre pays arabes (Egypte. Irak, Jordanie, Syrie).

On pourrait, dès lors, être tenté de penser que les responsables politiques nationaux et internationaux qui donnent, depuis des années, des conseils de conciliation aux Israéliens et aux Palestiniens, feraient mieux de reconnaître que ces derniers ne sont pas ceux qui ont, en fait, déclenché le conflit qui les oppose. Son déclenchement est bien plutôt le fait des pays voisins dont les armées, en mai 1948, ont envahi la Palestine.

Encore une fois, seule l'ONU est - pour le meilleur et pour le pire - responsable du plan de partage de la Palestine. C'est donc à elle seule qu'Il incombe de mener à bien cette opération. Elle en porte la responsabilité - là aussi pour le meilleur et pour le pire - devant le monde entier. Ce monde entier qui peut, à juste titre, se considérer comme menacé par une possible dégradation de ce conflit.

Ce qui ressemble à de l'aveuglement - volontaire ou pas - explique peut-être l'échec des tentatives de paix qui, depuis près de soixante dix ans, se succèdent les unes aux autres, sans aboutir à la paix.

En effet, depuis 1947, les tentatives en faveur de la paix n'ont jamais abouti.

Rappelons-en quelques unes :

13 novembre 1974 : discours de Yasser Arafat à l'ONU. Le 22, l'Assemblée générale de l'ONU reconnaît le droit des Palestiniens "à la souveraineté et à l'indépendance nationale".

15 novembre 1988 : à Alger, le Conseil national palestinien (CNP, parlement en exil), proclame l'Etat palestinien indépendant et accepte les résolutions 242 et 338 de l'ONU, reconnaissant ainsi implicitement l'existence d'Israël. En décembre, devant l'ONU à Genève, Yasser Arafat, chef de l'OLP, reconnaît le droit d'Israël à vivre "en paix", et déclare renoncer totalement au terrorisme.

13 septembre 1993 : Israël et l'OLP signent à Washington un accord de principe ("Oslo I") sur une autonomie palestinienne transitoire de cinq ans. Le Premier ministre israélien Itzhak Rabin et Yasser Arafat échangent une poignée de main historique.

28 septembre 1995 : Israël et l'OLP signent à Washington l'accord négocié à Taba ("Oslo II") étendant l'autonomie en Cisjordanie et prévoyant une série de retraits israéliens par étapes.

Plutôt que d'allonger la triste liste de ces occasions manquées, je préfère consigner ici un texte qui, à mes yeux, éclaire en profondeur le conflit qui fait l'objet de ce roman-film.

Le 4 novembre 1995, quelques minutes avant d'être assassiné, Itzhak Rabin prononçait un discours lors d'une manifestation pour la paix, sur la place des Rois d'Israël qui, depuis, porte son nom.

Voici le texte de ce discours :

Permettez-moi tout d'abord, de vous dire quelle émotion m'étreint en cet instant. Je souhaite remercier chacun d'entre vous, qui êtes venus ici manifester contre la violence, et pour la paix. Ce gouvernement, dont j'ai l'honneur et le privilège d'être le Premier ministre, aux côtés de mon ami M. Shimon Peres, a décidé de donner sa chance à la paix – une paix à même de pallier à l'essentiel des problèmes de l'État d'Israël.

J'ai servi dans l'armée pendant vingt-sept ans. J'ai combattu tant qu'aucune chance ne semblait réservée à la paix. J'ai la conviction aujourd'hui que la paix a ses chances, de grandes chances. Il nous faut tirer parti de cette chance unique, au nom de ceux qui sont ici présents, et au nom de ceux qui sont absents – et ils sont très nombreux.

J'ai toujours eu la conviction que la majorité de la population aspirait à la paix, était prête à prendre des risques pour voir son avènement. Et vous êtes venus là, en cette place, affirmer ce que nombre d'absents pensent également, à savoir que le peuple aspire réellement à la paix, et s'oppose à la violence. La violence est opposée aux fondements même de la démocratie israélienne. Elle doit être condamnée, rejetée, mise au ban. L'État d'Israël ne saurait s'engager sur cette voie. Dans toute démocratie il y a place aux dissensions, mais la décision finale ne saurait être prise que dans le cadre d'élections démocratiques – telles que l'ont été celles de 1992 qui nous ont conféré le droit et le devoir de mettre en œuvre ce qu'aujourd'hui nous réalisons et de poursuivre sur cette voie.

Permettez-moi de vous dire combien je suis fier de pouvoir voir réunis ici aujourd'hui, et demain encore, les représentants des pays avec lesquels nous vivons aujourd'hui en paix : l'Égypte, la Jordanie, le Maroc – qui nous ont permis d'évoluer sur la voie de la paix. Je souhaite remercier le Président de l'État égyptien, le Souverain du royaume de Jordanie et le Roi du Maroc, de s'être faits représenter ici, en ce jour et de contribuer à la paix, à nos côtés.

Permettez-moi avant tout de dire que, depuis plus de trois ans que l'actuel gouvernement est en place, le peuple israélien a prouvé qu'il est possible de déboucher sur la paix ; que la paix est la clé d'une économie et d'une société moderne, et qu'elle n'apparaît pas seulement dans les textes de prières. La paix apparaît avant tout dans nos prières, mais elle est aussi l'aspiration du peuple juif, aspiration authentique et volonté de paix.

La paix a ses ennemis, qui tentent de porter leurs coups contre nous dans l'espoir de faire avorter le processus de paix. Je vous le dis, en vérité, nous avons trouvé des partenaires prêts à la paix, également parmi les Pal paix. Et pour tout cela, un immense merci à tous.les Palestiniens : l'OLP, qui jadis était notre ennemi, a cessé de recourir au terrorisme. Sans partenaires prêts à la paix, il n'y aurait pas de paix. Nous leur demanderons de remplir la tâche qui leur est impartie pour la paix, comme nous remplirons la nôtre. Ce afin de résoudre l'élément le plus complexe, le plus ancien et le plus sensible du conflit israélo-arabe : le conflit israélo-palestinien.

Nous sommes engagés sur un chemin semé d'embûches, où n'est pas épargnée la douleur. Israël ne connaît aucun chemin où la douleur serait épargnée. Il lui est préférable de s'engager dans la paix que d'entrer en guerre. Je vous le dis en tant que militaire et en tant que ministre de la Défense, amené à avoir la douleur frapper les familles des soldats de Tsahal. Pour eux, pour nos enfants et dans mon cas pour nos petits-enfants, je souhaite voir ce gouvernement déployer tous les efforts possibles pour promouvoir et conclure enfin une paix globale. Avec la Syrie, même, nous parviendrons à conclure la paix.

Ce rassemblement doit constituer un message transmis au peuple israélien, au peuple juif à travers le monde, aux nombreux peuples du monde arabe, et au monde entier : le peuple israélien aspire à la paix, affirme sa volonté de paix. Et pour tout cela, un immense merci à tous.

L'assassinat d'Itzhac Rabin a été perpétré dans les minutes qui ont suivi le discours que l'on vient de lire. Cet assassinat a placé le monde devant ses responsabilités.

Même si l'ONU n'a pas proposé une solution convenable au conflit en Israël/Palestine, il n'en reste pas moins que la solution de ce conflit incombe, de près ou de loin, à la communauté internationale. Les Israéliens et les Palestiniens sont les victimes, plutôt que les protagonistes de ce conflit. Ils sont "fatigués", pour reprendre l'expression du professeur Yaïr Auron, que j'ai interviewé à Newe Shalom, en mai 2010. Certes, la communauté internationale a bien d'autres problèmes urgents à résoudre, mais celui-là en fait nécessairement partie. En effet ce conflit est susceptible, si l'on n'y prend garde, de déclencher une guerre nucléaire.

Jérusalem est ma ville, même si c'est à Vence que j'habite.

Jérusalem est aussi la ville d'Abraham, la ville du Christ, la ville de Mahomet.

Je fais partie, vous l'avez compris, de ceux qui se sentent proches de ces trois Personnes.

Et voici qu'à nouveau la parole du Cheik Bentounès me semble utile :

Déclaration du Cheik Khaled Bentounès, en 2012, à Paris : le sens profond de la prière.

XI. L' "atout majeur"

Vendredi 8 avril 2011.

Hier, à deux reprises, j'ai éprouvé le besoin d'exprimer, d'abord à mon ami Frédéric M., puis à un autre ami, Eric V., un remords que j'éprouve vis-à-vis de ma ville.

Je me reproche, en effet, de ne pas avoir su mener jusqu'à leur réalisation finale plusieurs projets que j'avais mis en œuvre pour Vence, et qui étaient pourtant un "atout majeur" pour son avenir. Atout majeur qui reste, d'ailleurs, aujourd'hui encore à sa disposition.

Etrange : deux heures après avoir écrit ce qui précède, je prends un café, en sortant de chez Valérie, ma "kiné", à la terrasse du café "Le Vençois", qui est à l'angle de l'avenue Isnard et de l'avenue Tuby.

Quelques minutes plus tard, arrivent deux clients qui s'installent devant moi. L'un d'eux me salue, et je lui renvoie son "bonjour".

Cinq minutes après, le serveur arrive pour encaisser les consommations des deux clients qui se trouvent devant moi. Je lui indique que je souhaite aussi payer mon café. Il me répond que le client qui, tout à l'heure, m'a dit bonjour, vient de le régler. Au bout de quelques minutes, je me lève, pour partir, et vais serrer la main de mon généreux voisin. Je le remercie, et, en m'excusant, lui dis que je cherche vainement, dans ma mémoire, quel est son nom... "T...", me répond-t-il.

Et voilà que je me revois en train de lui rendre visite, deux ans plus tôt, pour lui proposer d'acheter, au nom de la Ville, le moulin en ruines qui se trouve au bas de sa propriété.

Le vieux moulin a été effectivement acheté par la Ville. Il est situé sur un terrain auquel on accède par un chemin piétonnier ouvert au public depuis le petit jardin public qui se trouve au pied du pont de l'ancien chemin de fer de Provence. Ce moulin, et le terrain attenant, pouvaient, et peuvent encore aujourd'hui, constituer le départ d'une magnifique promenade le long de la Lubiane, qui coule sous les remparts ouest de notre "Cité historique". Nous avions le projet de créer cette promenade. Elle ne demande qu'à être réalisée un jour...

Nous évoquons tout cela, avec Monsieur T., et je le quitte, tout heureux, on peut s'en douter, de ma rencontre.

Cent mètres plus loin, sur le chemin de mon retour à la maison, je croise un conducteur de Vespa qui vient de s'arrêter. Il m'adresse la parole pour m'indiquer qu'il vient de récupérer à l'instant même un téléphone portable qu'il avait laissé tomber de sa poche. Je le reconnais lorsqu'il enlève son casque : Jean D. Nous évoquons le passé, déjà lointain, où il fréquentait la maison de mes beaux-parents, le "Mas Saint-Michel". Il me raconte la scène suivante : un jour, dans leur jardin, il me voit lire un papier, en compagnie de mon beau-père. Lucette, ma belle-mère, lui glisse à l'oreille : "Il faut qu'il devienne avocat". Et, en effet, je le suis devenu, et j'ai eu comme client, le même Jean D.

Comment ne pas ressentir, en vivant ces dernières rencontres, que Vence m'offre une fois de plus, la douceur de son amitié. Tous les "bonjour" que je reçois à chacune de mes sorties quotidiennes en ville continuent de tisser ce lien discret et vivant qui me relie à elle.

Cela dit, l'expression, aujourd'hui, de mon "remords" a-t-elle une utilité ?

Eh bien, après mûre réflexion, je crois que oui.

Au risque de paraître quelque peu "suffisant", je pense que le non-renouvellement de mon mandat de maire a eu pour conséquence que notre ville a vu s'éloigner des équipements qui étaient en voie d'être réalisés, et qui lui auraient été bénéfiques.

Permettez moi quelques mots sur ces équipements qu'il serait, aujourd'hui encore, particulièrement utile de créer à Vence.

Notre petite ville dispose d'un atout majeur : elle est propriétaire d'un vaste terrain, situé en centre-ville, dans le quartier de La Ferrage. Ce terrain, où se trouvent aujourd'hui un parking de surface et le gymnase Dandréis, offre la possibilité de réaliser les structures qui sont, elles seules, susceptibles de permettre le développement harmonieux et durable de la cité, à savoir :

Tout cela mérite bien évidemment d'être exposé en détail, en un autre lieu. Mais je crois utile d'en parler ici, parce que je crois profondément que nous ne savons pas toujours détecter la présence d'un "atout majeur", même s'il est à notre portée.

Et j'observe que l' "atout majeur" en question serait, aujourd'hui encore, à notre portée, si les Vençois en décidaient ainsi.

Reste la question de mon "remords". Il faut maintenant que je m'explique.

Qu'est-ce que j'aurais-je pu faire, et que je n'ai pas fait, pour que ces projets puissent prendre définitivement corps ?

La réponse m'apparait aujourd'hui, assez tardivement. Et j'avoue qu'il m'est pénible d'en faire part : j'ai manqué de lucidité dans la gestion de mon mandat de maire.

En effet, mon accession à la mairie était intervenue à la suite d'une fusion, entre les deux tours de l'élection, de ma propre liste avec une liste concurrente, mais politiquement proche de la mienne. Comme cette liste avait recueilli, au premier tour, moins de voix que celle que je conduisais, nous avions convenu, avec celui qui était à la tête de cette liste, que je figure en tête de la liste unifiée, et lui en second.

Nous n'avions pris aucun engagement concernant un scrutin ultérieur. Cependant, on peut comprendre que mon nouveau "second de liste" pouvait nourrir l'ambition d'accéder, un jour ou l'autre, à la fonction de maire.

Certes, le métier de maire est passionnant… Il offre l'occasion d'être utile, ou, en tout cas, de tenter d'être utile à la collectivité, petite ou grande, dont on a la charge. Les projets se suivent. Les uns se concrétisent. D'autres n'aboutissent pas. Pour ma part, vers le milieu de mon mandat, j'avais en préparation les projets dont j'ai fait mention plus haut. J'ai pensé qu'un deuxième mandat me serait nécessaire pour les voir aboutir, et j'ai fait état de mon intention de solliciter, le moment venu, ce second mandat.

Ce faisant, je provoquais une grave dissension dans mon équipe. Il y a eu là, de ma part, un manque de lucidité.

En effet, je n'avais pas suffisamment conscience de ce que, en manifestant l'intention de prolonger mon mandat de maire, je barrais la route à celui qui souhaitait me succéder : mon premier adjoint.

On peut certes attribuer ce manque de lucidité à une certaine griserie du pouvoir. Mais je peux aussi tenter de mettre en avant le fait que mon activité, très prenante, n'a pas laissé suffisamment de place au temps dont j'aurais eu besoin pour, simplement, analyser clairement la situation. Il y avait là un travail qui aurait eu pour objet d'éviter la désunion de mon équipe municipale. Peut-être m'aurait-il permis d'obtenir la réélection que je souhaitais, dans le but de réaliser pour ma commune les "atouts majeurs" que j'ai exposés plus haut.

Cette réflexion, que je mène hélas bien tardivement, me coûte quelque peu.

Pourtant,elle me parait utile, dans le cadre d'une pensée qui a l'ambition d'aller jusqu'au fond de moi-même.

Comme je l'ai déjà dit plus haut, les gens de Jérusalem, en accueillant volontiers mon souhait de leur venir en aide, m'ont discrètement donné à penser qu'un travail pour la paix est nécessairement, aussi, un travail sur soi-même.

C'est ainsi que je crois utile d'avoir essayé de montrer qu'un manque de lucidité - le mien en l'occurrence - d'un homme régulièrement élu, et habité de bonnes intentions, peut avoir de fâcheuses conséquences.

C'est d'ailleurs ce qui nous ramène à l'objet même du dialogue que je tente entre Vence et Jérusalem.

Voici ce que notre petite ville peut oser dire à Jérusalem, et à l'ONU : de la même façon que Vence dispose d'un "atout majeur" pour gérer utilement son avenir, même si elle n'en est pas forcément capable, l'ONU dispose également d'un atout majeur pour traiter le conflit qui pèse sur le pays de Jérusalem, même si, pour de bonnes ou de moins bonnes raisons, elle fait mine d'ignorer cet "atout majeur".

En 1947, la décision prise par l'ONU de créer un état pour les juifs et un état pour les arabes était susceptible de poser des problèmes. Aujourd'hui, c'est à dire 60 ans plus tard, la création de l'Etat d'Israël est un fait qui ne peut plus être remis en cause. Celle d'un Etat Palestinien reste à réaliser. Elle est envisageable, dans les limites territoriales qui sont en mesure d'être acceptées par les Israéliens et les Palestiniens, même s'il s'agit là d'une négociation difficile.

Mais le succès de l'opération dépend de deux conditions importantes :

La première de ces deux conditions est, semble-t-il, considérée comme acceptable par la majorité des Palestiniens.

La deuxième condition serait, de son côté, difficilement réalisable, si elle restait à la charge exclusive de l'état d'Israël et du futur état de Palestine.

Et seule la communauté internationale est, je le répète,  susceptible d'assumer cette charge, si elle réalise enfin que la solution du conflit israélo-palestinien conditionne, pour le meilleur comme pour le pire, la paix mondiale.

Voilà bien l' "atout majeur" dont l'ONU dispose pour trouver une solution durable au conflit israélo-palestinien et offrir ainsi au monde un chemin vers la paix.

Ici, permettez-moi de risquer, une fois de plus, la maxime "RÊVER, VOIR, FAIRE"!

Voici en effet que ce conflit entre Israéliens et Palestiniens qu'on a tant de mal à résoudre, voici que ce conflit est peut-être en mesure de donner naissance à une "Machine à faire la paix" !

Oui, imaginons, un instant, cette "machine". J'observe que l'aide évoquée plus haut, et qu'il serait souhaitable d'apporter pour servir le développement de la terre de Cisjordanie, j'observe que cette aide peut constituer une expérience susceptible de servir le même développement économique et social dans nombre d'autres régions du monde qui ont, elles aussi, besoin de ce développement.

Et, si la Cisjordanie pouvait développer son économie grâce à l'aide du monde entier, elle pourrait, en même temps, constituer le laboratoire qui permette de travailler utilement au développement raisonnable et harmonieux de bien d'autres régions qui ont le même besoin.

Car nombreux sont les pays qui disposent, eux aussi, d'atouts inexploités, et qui ont besoin de se voir sauvés de l'abandon et du naufrage.

La Palestine, laboratoire d'un monde en lutte pour sa sauvegarde ?

Ce "laboratoire" peut prendre un aspect inattendu...

Permettez-moi d'évoquer à nouveau "Rawabi", cette ville nouvelle qui est en cours de construction à proximité de Ramallah. En 2010, lorsque j'ai rendu visite à la société qui en assure la construction, il ne s'agissait que d'un projet.

J'ai appris, depuis lors, que le projet est en train de devenir une réalité.

« Quiconque investit en Palestine prend des risques, c'est évident... », déclarait le créateur de "Rawabi", Bashar Masri, conscient des difficultés qui entouraient son projet. « Mais il faut prendre des risques. Un État palestinien est en train de se bâtir ; il n'existera pas sans développement économique et j'aime à penser que notre projet participe à la création d'un État viable... »
Le 5 février 2012, Bashar Masri déclarait encore :
"Nous portons dans notre cœur la nationalité palestinienne et la construction de la nation. Il s'agit de la plus grande entreprise de construction réalisée pour les Palestiniens. Elle va créer des milliers d'emplois.
Rawabi est conçue comme une ville autonome, avec sa zone commerciale, ses écoles, ses lieux de détente, et ses équipements de santé. La ville comportera plus de 5000 logements et sera en mesure d'accueillir jusqu'à 40 000 habitants.Les premiers habitants pourront bientôt emménager."

Et une chaîne de télévision locale disait, en janvier 2012, à propos de Rawabi :
"C'est l'un des projets phares de l'Autorité palestinienne version Salam Fayyad, l'un des symboles aussi d'un Etat en gestation. A quelques encablures de Ramallah, la nouvelle ville palestinienne de Rawabi est en train de voir le jour. Après quatre années d'attente, ses promoteurs viennent même d'obtenir d'Israël l'autorisation d'utiliser la route principale menant à cette localité flambant neuve.
Censé accueillir 40.000 habitants, Rawabi a été conçue à la manière d'une banlieue américaine, bien loin de l'image que véhiculent généralement les territoires palestiniens. Car avec ses appartements de luxe, ses cafés et ses galeries commerçantes, Rawabi reflète avant tout l'émergence d'une nouvelle classe moyenne palestinienne."

Disons, encore, quelques mots de celui qui est à l'origine de ce projet : selon la chaîne de télévision "ctvnews.ca", Bashar Masri est un entrepreneur Palestino-Américain, né à Nablus, en Cisjordanie du nord, et élevé en Egypte puis aux Etats-Unis. Après des études de chimie, et de longues activités dans ce domaine, il retourne, de Washington à Ramallah, au milieu des année 1990. Il a fondé le journal palestinien "Al-Ayyam".

Au terme de cette longue digression au sujet de la naissance de la ville nouvelle de Rawabi, on s'aperçoit que l'aide dont la Palestine a besoin peut avoir des sources très diverses. Ce qui n'exclut pas, bien entendu, l'aide souhaitable de l'ONU, dont il a été question plus haut.

On remarquera au passage que les Palestiniens, comme leurs voisins Israéliens, peuvent, eux aussi, bénéficier d'une diaspora qui, dans le monde,  est en mesure de leur apporter son aide. Bashar Masri,pour les Palestiniens, en fournit un brillant exemple.

Et pour reprendre la question de savoir si la Palestine peut, un jour, jouer le rôle de laboratoire dans un monde en lutte pour sa sauvegarde, on est tenté  de répondre que oui, lorsque l'on assiste à la construction de Rawabi !

 

Enfin, il va bien falloir admettre que l'humanité est condamnée, si elle veut continuer d'exister, à "réinventer sa raison d'être", comme le suggère Jacques Attali dans son livre : "Demain qui gouvernera le monde ?".

Attali
Jacques Attali, "Demain qui gouvernera le monde ?". Fayard éditeur

Ce livre m'interroge. Son auteur parait suggérer que seul un gouvernement du monde entier, à condition qu'il possède une légitimité démocratique, pourrait permettre de résoudre les graves difficultés qui menacent son existence.

En même temps, Jacques Attali se montre assez peu optimiste sur la possibilité de créer ce gouvernement du monde. On peut cependant penser qu'un tel projet est envisageable. Mais il suppose, peut-être, le développement de valeurs qui, sans nier les règles démocratiques, les enrichissent d'une dimension innovante.

Autrement dit : "liberté" oui, mais en offrant à l'homme le moyen de gérer utilement cette liberté; "égalité", oui, mais en mesurant cette égalité à l'aune de quelque chose qui ne soit pas uniquement d'ordre matériel, "fraternité", oui, mais en lui donnant la dimension de l'amour, dimension que l'on peut puiser dans la contemplation de la vie qui nous est, à chaque heure, donnée.

Je note d'ailleurs qu'Attali exprime bien cette idée quand il écrit :« Si l'humanité n'a pas conscience d'elle-même, ni de claire raison d'être, à ses propres yeux, elle ne pourra nourrir aucun respect pour elle-même…(p. 326/327).

En d'autres termes, un gouvernement du monde suppose peut-être qu'on découvre ce qu'il est, ce monde, profondément.

Et il est permis de penser que le monde a sans doute une dimension spirituelle, qu'il nous reste à prendre en considération. Et c'est peut-être là que notre monde dispose, lui aussi,  d'un "atout majeur".

À cet égard, l'idée d'un gouvernement démocratique du monde est intéressante, même s'il s'agit d'une perspective lointaine.

Attendre, pour demain, cette belle réalisation, ne peut que nous pousser, aujourd'hui, sur le chemin de la paix. Une paix possible. Une paix nécessaire.

Il est temps de nous mettre au travail, à Vence, comme à Jérusalem.

XII. "Le gardien" de Martin Drusian

Interview de Martin Drusian. Pourquoi j'ai voulu m'appeler "Martin D."

Martin Drusian. La dépression : "une porte qui s'ouvre".

Martin Drusian vient de parler d'"une porte qui s'ouvre", de son "chemin de vie", de son "rêve d'enfant", de son "robot", de son travail de sculpteur...

Il est émouvant de constater que ce jeune artiste de Vence réinvente, si l'on peut dire, le propos des différents personnages que nous avons jusqu'ici rencontrés.

Il est émouvant de constater que ce jeune artiste de Vence réinvente, si l'on peut dire, le propos des différents personnages que nous avons jusqu'ici rencontrés. Comme eux tous, Martin Drusian est animé du besoin de "faire", de créer.

7 août 2011

Par France-Inter, j'apprends ce matin, que les manifestations s'intensifient en Israël. Je suis tenté de penser que la revendication qui les motive, et qui porte sur un coût de la vie jugé de plus en plus lourd par de nombreux Israéliens, recouvre, plus ou moins consciemment, chez les manifestants, une revendication plus profonde en faveur d'une paix durable, désirée par la population, quelles que soient ses origines.

Ces manifestants font penser à ceux de Madrid. Ceux de Madrid nous ont fait penser à ceux de Tunis et du Caire. Mélange de jeunesse, de révolte en faveur d'un monde meilleur, d'utilisation du "web" pour nourrir un désir d'entraide, un jaillissement de courage, et de générosité.

Interview de Patrice Miran Sociologue.

Patrice Miran fait, à sa manière, l'inventaire de ce qui est possible, au moyen-orient, et de ce qui ne l'est pas. Il observe une certaine similitude entre le paysage de Jérusalem et celui de Vence, avec, dit-il, la même réponse des habitants aux impératifs du milieu dans lequel ils vivent. J'ai fait, moi-même, le même constat.

8 août 2011

J'adresse à Téo Saavedra le courriel suivant :

Cher Téo,

J'osais à peine t'appeler au téléphone, partagé que j'étais entre le souci de ne pas te déranger aujourd'hui, et la crainte qu'une mauvaise météo ait gêné le déroulement de la dernière "Nuit du Sud", ce dimanche 7 août.

Bon, je t'ai appelé, et quelle a été ma joie d'apprendre le formidable succès de l'évènement et d'avoir l'écho que ta voix m'en donnait!

Merci de ces mots généreux que tu as eus pour moi dans le message que tu viens de m'adresser.

Ce que je ressens, c'est le besoin de te dire ce que tu as, aux yeux de tous, apporté à Vence.

Voilà que notre petite ville est un peu chez elle partout dans le monde, à cause de ce qui s'est passé dans son cœur, au double sens de ce terme. Et voilà que tu es ici chez toi, un peu plus que jamais, pour la même raison.

Et je te retrouve dans la question "Est-ce que Vence et Jérusalem ont quelque chose à se dire ?"

Elle n'est pas nouvelle pour toi, cette question, puisque tu as déjà accepté une interview que je t'avais proposée sur ce thème. Tu observes, dans cette interview, que le conflit israélo-palestinien dépasse largement les frontières de ces deux pays. Tu remarques aussi combien ces deux peuples sont "cousins". Ils pourraient, à tes yeux, vivre en paix.

Tu indiques que notre travail, ici, à Vence, comme à Jérusalem, comme partout dans le monde, est de "faire reculer la peur de l'autre".

Nous y travaillerons ensemble, comme tu me l'as promis. J'ose le dire : Vence-Jerusalem, même combat!

Bien à toi.

Pierre

Je dois dire que, le 3 août 2012, le chanteur et trompettiste sud-africain Hugh Masekela a incarné la dimension utopique des "Nuits du Sud", au plein sens du terme.

Concert de Hugh Masekela aux "Nuits du Sud", à Vence.

Cette "Marseillaise", que Hugh Masekela vient de réinventer devant nous, semble évoquer, à sa façon, la question que nous nous sommes déjà, plusieurs fois posée : comment envisager la possibilité de construire le gouvernement de notre planète ?

Il ne s'agit pas, seulement, d'une vieille et belle idée. Aujourd'hui, dans l'état actuel du monde, et compte tenu de ce que l'homme peut en faire, pour le meilleur comme pour le pire, la création de ce gouvernement revêt une véritable, et redoutable, urgence.

C'est notamment, j'y reviens, l'idée que défend Jacques Attali dans son ouvrage : "Demain, qui gouvernera le monde ?"

S'il y a un lieu où l'on peut penser que la paix de notre monde est concernée, s'il y a un lieu où l'on peut penser que la paix ne peut se construire qu'avec l'aide du monde entier, ce lieu est bien Jérusalem. Et c'est peut-être à Jérusalem que l'on pourrait situer un gouvernement du monde.

Jacques Attali parle, répétons-le, de la nécessaire prise de conscience, par chaque homme, "de son appartenance à une espèce vivante particulière et de la nécessité de la protéger."

Je pense à Téo Saavedra, à qui je viens d'écrire. Sommes-nous, lui, moi, et tous ceux qui vivent à Vence, à Jérusalem, et partout dans le monde, "une espèce vivante particulière" ?

Je crois que la question mérite d'être posée.

Et Vence, comme Jérusalem, nous proposent la réponse : c'est oui!

XIII. Un monde à réinventer

Jeudi 11 août 2011

Je lis, sur mon i-pad, un article de Ilana Hammerman dans le "Haaretz" d'aujourd'hui :

"Soldiers testimonies on the occupied territories. The destructive effects of the occupation not only on the Palestinians inhabitants but also on the soldiers themselves."

Cette journaliste fait part de la tristesse que lui inspire l'expérience douloureuse des jeunes appelés israéliens qui se voient imposer un travail d' "occupants" dans les territoires alloués aux Palestiniens.

Je dois dire que, à ma place, je ressens moi-même cette douleur. Comme pour m'aider, Anne me lit un extrait du livre de Gitta Malaz, "Les dialogues tels que je les ai vécus", (Aubier Editeur p. 128) : "Le mal est le bien en formation, mais pas encore prêt. Tu accueilles le mal et tu le transformes en bien. Car le mal n'existe pas. Mais seulement la force non-transformée."

Il est bien tentant de penser que les graves problèmes que rencontrent les hommes sur la terre de Jérusalem, comme les petites difficultés qui se présentent aux citoyens de Vence, sont "de la force non transformée".

Anne me lit un autre passage du même livre ( p. 66) : "Le nouveau est toujours au-dedans et jamais au dehors. Tout est en toi, et non en dehors de toi."

Et cela me renvoie à notre "gardien", Martin Drusian.

Sa défense et illustration de la "dépression" n'est rien d'autre, à mes yeux, qu'une nouvelle invitation à créer.

Henri Matisse, Yves Klein, Arman, Cohen-Solal, le Cheik Bentounès, le Professeur Yaïr Auron, Evi Guggenheim-Shbeta, et tous ces hommes, toutes ces femmes que nous avons rencontrés, sont nos gardiens, comme Martin Drusian. Gardiens de notre foi en l'homme, de notre amour pour le monde. Ce monde qu'il nous faut continuer de construire.

mardi 16 août 2011

Terrible article dans "Le Monde" du 10 août : "A Mogadiscio, le désespoir des réfugiés de la faim".

Réfugiés

Les menaces que l'absence d'état et la présence des bandes armées font peser sur la sécurité des réfugiés comme des gens qui tentent de les aider sur le terrain mettent profondément en cause les spectateurs que nous sommes. Ni Vence, ni Jérusalem n'ont le droit de fermer les yeux aujourd'hui, sur cette scène d'apocalypse au prétexte que l'une et l'autre de ces deux villes ont aussi leurs "problèmes" !

dimanche 25 septembre 2011

Mahmoud Abbas a eu raison de demander, vendredi dernier, à l'ONU, l'admission de la Palestine en qualité de membre à part entière.

La réponse du Conseil de Sécurité viendra à son heure. Soit il s'agira d'une décision négative rendue par la majorité de ses membres, soit, plus probablement, il y aura un véto des U S A. Cette décision négative aura en tout cas le mérite de rendre évidente, aux yeux des peuples du monde, l'incapacité où se trouve l'ONU, dans sa forme actuelle, d'assurer une gestion équitable des affaires de ce monde.

Je pense à Yaïr Auron qui me disait que les juifs et les arabes, fatigués de ce qu'ils vivent depuis bien longtemps, ne sont pas en mesure, aujourd'hui, de construire la paix en ayant recours à leurs propres forces, et qu'il faut en conséquence qu'une intervention vienne à leur secours, en provenance de l'extérieur. Il doit être bien déçu, aujourd'hui par le "ni oui ni non" de l'ONU.

Cela dit, face à ce pessimisme certes respectable, je ne peux m'empêcher de penser à ces images d'une boîte de nuit de Ramallah, récemment diffusées sur "France 2". On se serait cru à Saint-Tropez ! Les filles et les garçons étaient heureux de danser, de faire la fête. Il régnait une liberté ostensible dans le comportement et dans les tenues vestimentaires.

Ramallah, avec son gratte-ciel et sa boîte de nuit est peut-être le lieu où se construit enfin, grâce à un début de développement économique dans un pays qui a soif de vivre, une solution alternative à la misère de négociations sans cesse annoncées et sans cesse avortées.

Ce pays est décidément riche de surprises.

Mercredi 21 mars 2012.

L'assassinat de quatre militaires à Montauban et la tuerie perpétrée à l'école juive de Toulouse connait, aujourd'hui, son épilogue avec le siège de Mohammed Mehra, âgé de 23 ans, dans son appartement du rez de chaussée d'un petit immeuble de Toulouse. Il est 21 heures. Mohammed Mehra est encore retranché dans son appartement, avec un lourd armement. Il a déclaré, dans un dialogue entretenu par téléphone portable avec les policiers qui l'assiègent, avoir volontairement tué par balles, les quatre militaires de Montauban, ainsi que le professeur et les trois jeunes enfants de l'École juive "Azour Ha Thora", à Toulouse. Selon une journaliste de la chaîne de télévision "France 24" qu'il a appelée hier au téléphone, il a voulu, lui a-t-il dit, "venger les enfants palestiniens tués par les Israéliens à Gaza et ailleurs, et punir la France pour son intervention en Afghanistan."

Que peuvent se dire, aujourd'hui, Vence et Jérusalem? Cet horrible évènement risque de nous imposer un silence bien lourd.

Car ces crimes, d'une certaine façon, nous en sommes responsables.

Mohammed Mehra est en effet, si on veut bien le voir, le produit de notre société. Ses actes nous font horreur. Mais nous ne pouvons pas ignorer la cause profonde de sa révolte. Il ne s'agit nullement de la justifier, mais de l'analyser. Il y a en effet quelque chose que nous avons laissée s'installer dans son esprit : l'absence d'espoir. Cette absence d'espoir, nous sommes nombreux à la partager. Mais, le plus souvent, nous parvenons à en limiter le poids en nous battant pour vivre, ou pour survivre.

Malheureusement, force est de constater que certains d'entre nous sont mal armés pour ce combat, et, par conséquent, plus gravement exposés au manque d'espoir.

Et ce manque d'espoir, il faut bien le voir, peut mener un homme jusqu'au besoin de mourir, et même jusqu'au désir de tuer.

mars 2012

Je viens de lire, dans "Le Monde", un article sur "Le guet-apens meurtrier de quatre adolescents" :

"Les mis en cause ont monté un véritable guet-apens", a expliqué le lieutenant-colonel Hugues Jeannin, commandant de la section de recherches de Haute Normandie. Selon les premiers éléments, ses camarades ont téléphoné plusieurs fois à Alexandre lundi soir avant que l'un d'entre eux vienne le chercher à scooter après 23 heures pour l'emmener Chemin de la Vierge, une voie forestière et lieu de rassemblement connu des jeunes de la région. Là, après avoir fait assoir l 'adolescent peu méfiant sur un rondin, l'un d'entre eux serait passé derrière lui pour lui tirer la première balle dans la nuque, avant de donner l'arme à un autre pour le second tir, mortel."

J'éprouve, là aussi, ce sentiment de responsabilité profonde, et de triste impuissance, que m'ont inspiré, il y a quelques jours, les crimes de Mohammed Mehra.

Et vous, qui venez de parcourir ce roman-film, vous partagez peut-être ces sentiments de tristesse et d'impuissance.

Certes, notre responsabilité dans le devenir du monde est modeste. Mais elle est bien là. Nous n'avons pas forcément, vous et moi, la même approche de la vie en commun, la même culture, ni la même religion. Mais, toutefois, nous nous sentons, d'une certaine façon, responsables de ce que nous voyons autour de nous.

Eh bien, avec vous, j'ai besoin de poursuivre mon travail, dont l'objet reste le même : servir le projet de paix à Jérusalem.

Il y a quelques jours, en me levant, et en marchant dans ma petite ville de Vence, je me disais, une fois de plus, que le monde est beau. J'en déduisais, sans doute un peu vite, qu'il nous suffirait d'imiter cette beauté du monde pour que les hommes, à Jérusalem et à Vence, trouvent le chemin de la paix.

J'ose à peine, aujourd'hui, faire part de cette réflexion.

Imiter la beauté du monde, c'est accepter, aussi, les règles dont l'évidence s'impose à nos yeux: respecter ce qui est, respecter la vie. C'est découvrir aussi la beauté de ces règles, jusque dans leur apparente rigueur, jusque dans la difficulté que nous avons quelques fois à les comprendre, et à les accepter.

Et c'est la raison pour laquelle je vous invite à venir participer à mon roman-film.

"Maintenant, à demain", comme nous le propose Martin Drusian.

Et il ajoute : "à deux mains".

La vôtre, et la mienne.

La porte vous est ouverte. Rendez-vous sur mon blog "06demain", présent sur internet.

Merci.

Cordialement.

Pierre Marchou

XIV. Post-scriptum

Après avoir pris congé de mes lecteurs, je constate - ce n'est pas une surprise - que la vie continue...

samedi 4 août 2012

J'ai eu la visite, ce matin, chez moi, à Vence, de Michel B. Cet homme est à la dérive depuis de nombreuses années. Nous nous connaissons depuis longtemps. Et nous avons de la sympathie l'un pour l'autre.

Michel est sous tutelle. Il a perdu, il y a près de deux ans, le bénéfice de son R M I à la suite, semble-t-il, d'une fausse manœuvre de son tuteur. Il est, depuis lors, sans ressources.

On pourra se demander pourquoi j'évoque cette affaire à propos d'un dialogue entre Vence et Jérusalem.

Eh bien, le seul fait de poser la question, c'est, déjà, tenter d'y répondre.

Le destin de Jérusalem, comme celui de Vence, comme celui de Michel B. est dans les mains de personnes dont le travail devrait nous concerner plus fortement.Nous devrions mieux contrôler ce travail, pour avoir de meilleures chances d'en obtenir le résultat que nous souhaitons.

Pour essayer de "décrypter" le dossier de Michel B., j'ai pris contact avec l'association qui, très officiellement, gère sa tutelle.

Ce dossier traîne visiblement. Michel B. attend depuis deux mois une convocation à une visite médicale qui conditionne son retour au bénéfice du R M I.

Est-ce que je peux faire quelque chose pour que ce dossier avance ?

De façon plus générale, est-ce que je fais ce qu'il faut pour obtenir quelque chose de nos gouvernants, à Vence, à Jérusalem, ou à New-York?

Dans leur naïveté, ces deux questions éclairent un nouvel aspect de la tâche qui se présente à nous!

3 novembre 2012

Je lis, sur internet :

Le président de l'Autorité Palestinienne Mahmoud Abbas a déclaré jeudi qu'il ne cherchait pas le droit de vivre en Israël, même s'il est né à Safed. Cette remarque impliquait pour la première fois depuis des années, une position modérée sur la demande palestinienne pour un « droit de retour » des millions de réfugiés palestiniens dispersés hors d'Israël.

Interrogé, lors d'une interview sur Aroutz 2 (la deuxième chaîne de télévision israélienne) sur de qu'il considère être la Palestine, Abbas a répondu : "La Palestine, maintenant, pour moi, ce sont les frontières de 1967, avec Jérusalem-Est comme capitale. Je suis un réfugié, mais je vis, aujourd'hui à Ramallah."

29 novembre 2012

La Palestine devient Etat observateur non-membre auprès de l'ONU.

palestine

Sous les acclamations, Mahmoud Abbas a pu savourer son succès, jeudi 29 novembre, aux Nations unies, à New York.

Le président de l'Autorité palestinienne a obtenu une large majorité de 138 Etats, dont la France, pour sa demande de rehaussement du statut de la Palestine.

Seuls neuf Etats ont voté contre la demande palestinienne, dont Israël, les Etats-Unis, le Canada et la République tchèque. Quarante et un pays ont choisi l'abstention dont une dizaine de pays européens parmi lesquels l'Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la Pologne, la Roumanie, la Slovaquie, la Slovénie et la Bulgarie.

Jusqu'ici simple observateur, la Palestine devient Etat observateur non-membre, un statut identique à celui dont dispose le Vatican.

Une majorité simple était suffisante au sein de l'Assemblée générale, mais les Palestiniens ont rallié plus des deux tiers des pays représentés aux Nations unies.

Dans le discours qui a précédé le vote, M. Abbas a souhaité que l'Assemblée générale puisse accorder "un certificat de naissance" à l'Etat palestinien dans les frontières de 1967, avec Jérusalem-Est pour capitale et une solution négociée pour les réfugiés, après avoir critiqué avec virulence la politique israélienne dans les territoires occupés.

Le président de l'Autorité palestinienne a assuré que sa démarche ne visait pas à délégitimer Israël mais à réaffirmer les droits "inaliénables" des Palestiniens à l'indépendance pour enfin "rectifier une injustice historique".

2 février 2013

Je lis dans "Haaretz" daté de ce jour : "À l'ONU, la Commission des droits de l'homme, réunie jeudi dernier, a rendu le rapport le plus sévère depuis 1967 sur la politique menée par IsraËl en Cisjordanie.

La Commission demande instamment aux gouvernements et organismes privés du monde entier d'envisager des sanctions économiques et politiques contre les constructions réalisées par Israël dans les "colonies" de Cisjordanie.

3 mars 2013

Nous avons assisté, Anne, mon épouse, et moi, à une réunion organisée à Nice par un collectif "Ensemble, respectons nous !". Nous avons été mis en présence de Latifa Benziaten, la maman d'Imad Ibn Benziaten, l'un des trois jeunes militaires professionnels d'origine maghrébine, assassinés par Mohammed Mehra. Ce meurtre a été commis à Toulouse, le 11 mars 2012.

Voici ce que la mère d'Imad Ibn Benziaten dit de Mohammed Mehra : "Le père en Algérie, la mère toute seule, les bagarres, la délinquance... Il a eu un parcours très grave pour un enfant de 23 ans. Peut-être, si on l'avait aidé... Peut-être qu'il n'y aurait pas eu tout ce chagrin..."

Latifia Benziaten porte toujours le poids de son immense douleur.

Mais elle éprouve en même temps le besoin de mettre ce chagrin au service de ce qui doit, à ses yeux, être apporté aux familles qui vivent dans une détresse aussi bien morale que matérielle, une détresse susceptible d'amener des jeunes jusqu'au crime. Le regard que cette femme porte sur notre société est empreint d'une générosité extrême. En même temps, ce regard nous adresse un avertissement très grave. Si nous laissons les choses "en l'état", dans un certain nombre de banlieues urbaines, nous allons fabriquer des Mohammed Mehra.

Latifia Benziaten m'a fait penser, hier, à ma maman. Latifia Benziaten m'a rappelé que bien des jeunes, aujourd'hui, ont besoin de ce qu'une mère est susceptible de leur apporter. Il ne sera pas facile de répondre à ce besoin. Mais, du moins, donnons-nous la peine de voir qu'il existe.

14 mars 2013

Ce soir, après plusieurs belles rencontres avec des amis, vençois et autres, j'éprouve le besoin d'écouter encore le Cheik Bentounès.

Son propos prolonge celui de Latifia Benziaten.

Tous deux témoignent de cet être essentiel qui est en chacun de nous, depuis notre naissance, et qu'il nous appartient d'enrichir de jour en jour, avec ce que la vie nous apprend.

Cheik Bentounès. L' "état originel".

26 mai 2013

Je réécoute l'interview que m'a accordée, en mai 2010, Door Na Shimshon, Maire de Newe Shalom. Je résume son propos : la différence qui existe entre les hommes est acceptable, et même souhaitable. Loin de lutter contre cette différence, nous devons la cultiver. Trois ans après la date de cette interview, je mesure l'importance de ces propos, au vu de ce qui s'est passé, ou plutôt de ce qui ne s'est pas passé depuis lors.

Par ailleurs, j'observe que la différence est, si je puis dire, au cœur de la vie. L'homme et la femme, incarnent la force et la richesse de la différence.

La nature toute entière célèbre, devant nous, un hymne à la différence. Pas un arbre, pas une fleur, pas un caillou, ne sont tout à fait semblables l'un à l'autre.

Ce qui nous plait dans la nature qui nous entoure, ce qui nourrit notre besoin de voir et d'aimer, ce qui nous conduit à faire des enfants, cette différence qui est au centre de nos vies, comment se fait-il qu'il nous arrive d'en faire une cause de conflit, plutôt qu'une raison d'amour?

11 juin 2013

À Vence comme ailleurs le marasme s'installe. Je sors de chez mon coiffeur qui voit de moins en moins de clients. Et voilà qu'il s'interroge, me dit-il, sur la présence en France de ce travailleur malien qui vit chez nous avec ses cinq femmes et ses quarante enfants entretenus à grands frais par nos organismes d'assistance sociale...

Je suis tenté de penser que la déprime de notre économie et l'augmentation du chômage a d'autres causes que la charge des travailleurs immigrés.

Et je me reproche de ne pas faire grand chose pour remédier à l'absence de projets qui pourraient réanimer notre économie, avec les emplois qui vont avec.

Un exemple : on s'interroge, depuis quelque temps, sur un projet qui semble avoir du mal à voir le jour : la ligne à grande vitesse entre Marseille et Nice.

La réalisation de cette opération est clairement souhaitable. En mettant Nice à moins d'une heure de Marseille, elle permettrait un véritable désenclavement de notre région "Provence-Côte d'Azur". Et le chantier de construction de la ligne serait une source d'emplois considérable, ce qui semble, aujourd'hui, particulièrement opportun. Cela dit, le coût de cette opération est élevé. On peut craindre que ce fait soit considéré comme un obstacle insurmontable par ceux qui envisagent, et qui souhaitent cette réalisation.

Et c'est là qu'il parait utile de prendre en considération ce qui se passe en ce moment dans le Sud-Ouest. La réalisation d'une ligne ferroviaire à grande vitesse entre Tours et Bordeaux a été confiée à une société privée, la Société Liséa, en application d'un accord signé entre l'Etat français, représenté par "Réseau Ferré de France" et le Groupe Vinci, dont la société Liséa fait partie.

Le coût de cette opération, d'un montant de près de 10 milliards d'euros, est financé à 60% par des fonds privés. Les travaux en cours, c'est à dire la construction de 300 kilomètres de ligne ferroviaire, a provoqué la création de 1500 emplois nouveaux dans les six départements concernés. La création de cette ligne apportera un plus économique à la région du Sud-Ouest, en même temps qu'un légitime revenu aux investisseurs qui participent à l'investissement nécessaire à cette opération. Car le service rendu - en l'occurrence un transport de personnes performant - peut trouver une juste rémunération pour ceux qui le financeront.

Cela démontre qu'un chantier d'utilité publique, en l'occurrence une ligne ferroviaire à grande vitesse, est susceptible d'être réalisé, malgré les restrictions budgétaires qui s'imposent à nous,  grâce à une large participation de fonds privés.

Il semble bien possible, et même souhaitable, que cette participation soit envisageable pour la réalisation d'une ligne à grande vitesse entre Marseille et Nice. Voilà un projet susceptible de contribuer à la sortie du marasme dont mon coiffeur se plaint à juste titre.

Que puis-je faire, à ma modeste place, pour que ce projet soit seulement envisagé par ceux qui pourraient lui donner une suite concrète ? Je dois me poser cette question, même s'il est difficile d'y répondre. Car à Vence, comme à Jérusalem, il est bien difficile de donner sa chance à un projet constructif.

Je mesure la naïveté et la prétention que véhicule mon propos. Mais je ne peux me taire.

mercredi 27 juin 2013

Et voici maintenant un projet qui s'impose à moi, même s'il est quelque peu ambitieux : parler de mon rapport au monde. Il s'agit du bonheur, et de l'angoisse, de faire partie de cet univers magnifique et mystérieux qui m'entoure, et de me sentir, en même temps, invité à participer à sa création. Invité par qui ?

Eh bien, je dois le dire : j'ai du mal à décrire celui qui m'invite, ainsi que l'objet de cette invitation.

Il s'agit en tout cas de quelqu'un dont je me sens proche. Car, je le dis en toute modestie, il me ressemble. C' est un homme comme moi. Un homme qui m'a rendu visite sans que je le lui ai demandé. Un homme qui - m'a-t-on dit - a créé du pain et du poisson pour des gens qui ne lui avaient pas réclamé à manger. Un homme qui - semble-t-il - a rendu visite au monde qu'il a, peut-être, créé, et qu'il m'invite à continuer de créer avec lui. Son nom est Jésus. J'ai déjà parlé de lui dans ce roman-film.

Cela dit, je respecte, sans difficulté, ceux qui ne partagent pas avec moi ce bonheur, et cette angoisse, que m'inspire le spectacle du monde , et le témoignage de Jésus.

Mais je connais avec eux bien d'autres bonheurs, et bien d'autres angoisses, notamment en ce qui concerne notre devenir commun, aussi bien à Vence, qu'à Jérusalem.

Nous avons besoin les uns des autres.

11 novembre 2013

Charles Mingalon, le grand-père maternel d'Anne, mon épouse, et René Marchou, le frère de mon père, sont "morts au front" pendant ce que l'on appelle "la grande guerre". Le premier en 1914. Le second en 1916.

En ce 11 novembre 2013, j'ai pensé à eux.

Et j'ai pensé aussi à la rencontre internationale qui venait de se dérouler à Genève. Elle n'était pas sans rapport avec la commémoration du 11 novembre, puisqu'elle avait pour objet de trouver une réponse au litige qui oppose l'Iran aux puissances nucléaires du monde actuel.

Cette rencontre portait sur une négociation visant à faire en sorte que l'équipement nucléaire de l'Iran ne débouche pas sur la fabrication d'une arme atomique par ce pays. Le 10 novembre 2013, après plusieurs jours de discussions, les partenaires de cette rencontre ne sont pas parvenus à un accord.

Les participants étaient, d'un côté, ce que l'on appelle le groupe "P 5 + 1", et, de l'autre côté, la République islamique d'Iran.

Il faut observer que les participants à cette négociation n'ont pas tous le même statut. D'un coté, cinq états disposent de l'arme atomique, et peuvent donc l'utiliser à leur gré. De l'autre coté, l'Iran, dans l'état actuel de nos informations, ne possède pas, pour l'instant, l'arme atomique.

Le groupe des états occidentaux réclame clairement la garantie de ce que l'Iran soit empêchée d'avoir l'arme atomique dont ces états disposent pourtant eux-mêmes. Autrement dit, nous assistons à une "négociation" où des états qui possèdent l'arme atomique veulent obtenir de l'état qui ne la possède pas l'engagement de ne pas l'acquérir.

Les négociations ont repris, le 20 novembre, toujours à Genève.

Au fond, la question se pose de savoir si un état peut mettre en oeuvre une utilisation de l'énergie nucléaire sans que cette utilisation ne débouche sur la possibilité de fabriquer une bombe atomique. Il ne semble pas que la chose soit possible. Et il y a donc peu de chances que les craintes manifestées par la France et ses autres partenaires puissent être valablement apaisées.

En tout état de cause, il semble difficile, aujourd'hui, d'interdire à un état le libre accès au développement de l'énergie nucléaire. Et comme le développement de cette énergie peut bel et bien déboucher sur la fabrication de l'arme atomique, il devient nécessaire de statuer sur les moyens d'empêcher son utilisation. Et ces moyens doivent relever d'une autorité internationale, capable de gérer légitimement les intérêts de tous les pays du monde.

Il se trouve que cette autorité existe. C'est l'ONU.

Pour conjurer la fin qui le menace, le monde doit redécouvrir qu'il est un.

Il revient à tous les hommes de bonne volonté d'aider notre monde à redécouvrir cette unité.

Pour que cette unité ne soit pas seulement un rêve , chaque homme de bonne volonté doit être attentif à ce qui se passe. Oui, désormais, tout se passe sous ses yeux. Il se doit de les garder bien ouverts.

Samedi 21 décembre 2013

Cher lecteur, merci de m'avoir accompagné dans la lecture de mon "roman-film", que je viens de tenter à propos de ce que Vence et Jérusalem ont à se dire. Et vous avez pu constater que ce dialogue a envahi mon existence depuis quelque temps. Suis- je le seul dans ce cas ? Je ne le crois pas.

Je pense même que, de par le monde, nombreux sont ceux qui se sont sentis interpellés, là où ils vivent, par ce qui se passe à Jérusalem.

Pour ma part, ce "roman-film" est ma réponse à l'appel que j'ai reçu de cette ville.

Je ne regrette pas ce terme de "roman", car j'ai cherché un sens à cet appel que je crois avoir reçu. Et, pour trouver ce sens, je me suis trouvé en situation d' "inventer".

Mon roman-film, j'ai l'audace de le dire, est une "invitation à créer", pour reprendre l'expression chère aux artistes de l'Ecole de Nice, dont j'ai parlé plus haut.

Cher lecteur, permets-moi de te le dire  (avec un tutoiement qui soudain s'impose à moi) : mon "roman-film" a besoin de ton regard pour exister.

Comme le reste du monde, qui, lui aussi,  a besoin, de toi.

Oui, le monde, dont la beauté nous entoure, t'invite, comme il invite chacun de nous, à continuer de le créer.

20 mai 2014

Je lis, sur internet, ce communiqué du service de presse de l'O N U :

"Les efforts politiques déployés au cours du mois écoulé pour parvenir à une solution négociée entre Israéliens et Palestiniens sont restés dans l'impasse", a déclaré mardi le Sous-Secrétaire général des Nations Unies aux affaires politiques, Oscar Fernandez-Taranco, devant le Conseil de sécurité. " Nous ne pouvons pourtant pas pousser les deux parties à retourner à la table des négociations sans les paramètres nécessaires en place. La pause actuelle dans les pourparlers est l'occasion pour elles de réfléchir aux prochaines étapes. Il incombe aux deux parties de s'abstenir de mesures unilatérales qui risquent de compliquer les efforts entrepris pour reprendre les négociations ".

Cette déclaration montre, une fois de plus, ce qu'il faut bien appeler le désengagement de l'O N U vis-à-vis du grave problème israélo-palestinien.

Aujourd'hui, en effet, il ne s'agit plus, pour ce grand organisme, de "pousser les deux parties à retourner à la table des négociations", comme vient de le dire son honnête représentant, mais plutôt de quitter résolument l'attitude du simple observateur, et de prendre, cette fois, l'affaire en mains.

Cette prise en mains suppose, dans un premier temps une décision de l'O N U portant sur la création d'un Etat Palestinien. Rappelons que, pour le moment, la décision de l'Assemblée Générale de l'O N U portant sur cette création est contrecarrée par un veto du Conseil de Sécurité. Il est indispensable que ce veto soit levé. Il faudra ensuite que l'O N U se donne les moyens politiques, financiers, et, au besoin, militaires, pour mener à bien la création de cet état, dans des conditions démocratiques, et en définissant ses frontières en fonction des accords intervenus en 1967.

Ici, je me permets une remarque : en qualité de Vençois, je serais heureux que ma petite ville prenne l'initiative d'une démarche auprès de nos autorités régionales et nationales, pour que la France demande à l'O N U de prendre en charge la création d'un Etat Palestinien démocratique et souverain.

12 octobre 2014

Réunis au Caire, pour la conférence internationale sur la reconstruction de Gaza, une cinquantaine de pays et organisations ont promis 5,4 milliards de dollars (4,2 milliards d'euros) d'aides.

Pendant ce temps, le Ministre russe des affaires étrangère, Mikhail Bogdanov, a déclaré que la Russie appuiera le projet de résolution palestinienne qui sera adressé prochainement au Conseil de Sécurité de l'O N U afin de fixer un calendrier pour la création d'un Etat Palestinien. "Nous pensons que le dossier palestinien s'appuie clairement sur la légitimité du droit des peuples à l'auto-détermination" a déclaré Bogdanov.

De son coté, John Kerry , le représentant des Etats-Unis, a fait appel à un engagement renouvelé pour la paix, en faisant valoir qu'un accord durable peut intervenir entre Israël, les Palestiniens, et les pays voisins.

Par ailleurs, le Premier Ministre de la Suède vient de déclarer, ce 30 octobre 2014, que son pays reconnait officiellement l'existence de l' Etat Palestinien. Cette déclaration rompt, en quelque sorte, le silence international qui régnait jusqu'ici au sujet de la reconnaissance d'un Etat palestinien. Enfin, le parlement de Grande Bretagne a récemment voté une résolution qui va dans le même sens. Oui, l'urgence qui s'attache à la reconnaissance d'un Etat Palestinien est évidente.

Pour s'en rendre compte, il suffit de revenir sur les 50 jours du conflit entre Israël et le Hamas, qui a provoqué la ruine de Gaza, la mort de plus de deux mille habitants de ce territoire, ainsi que d'un nombre non négligeable d'Israéliens. Ce massacre a démarré à la suite de l'envoi de "roquettes" en direction d'Israël à partir de la bande de Gaza.

Ces tirs étaient effectués par des éléments incontrôlés, appartenant de près ou de loin au mouvement du Hamas. Dans le cas qui nous occupe, un Etat Palestinien, face à un Etat Israélien, est une condition essentielle de la paix. C'est ainsi, en effet, que de chaque coté de la frontière, se trouvera un Etat qui portera, pour le meilleur comme pour le pire, la responsabilité de ses actes.

Ce n'était pas le cas, au moment du dernier conflit. Et ce n'est pas encore le cas aujourd'hui, puisque le pouvoir qui doit s'exercer sur la bande de Gaza n'est pas encore clairement défini.

Il faut donc que la communauté internationale se rende enfin à une évidence : seul un Etat Palestinien peut prendre la responsabilité d'assurer un voisinage pacifique avec Israël, quoi qu'en pense ce dernier.

Encore faudra-t-il définir les frontières de ce futur Etat. Encore faudra-t-il savoir si Gaza doit relever de l'Etat Palestinien.

Il est temps de rappeler, une fois de plus, à l' O N U qu'elle a décidé, le 29 novembre 1947, la création de deux Etats : l'un pour les Juifs, l'autre pour les Arabes.

Le premier existe. C'est Israël.

L'autre est encore à créer. C'est l'Etat Palestinien.

Et la tâche est urgente.

19 novembre 2014

Uday, Gassan et Maxime.

Le 18 novembre 2014, Uday et Ghassan Abu Jamal, deux Palestiniens de Jérusalem-est, ont tué cinq Israéliens et en ont blessé plusieurs autres, dans une synagogue de Jérusalem-ouest. La photo de ces deux hommes a figuré dans nos journaux.

Le 16 novembre 2014, "L'Etat Islamique" diffusait sur internet une vidéo présentant le massacre de dix-huit pilotes de l'armée syrienne. Parmi les bourreaux qui pratiquaient les décapitations, l'un d'entre eux a été identifié. Il s'agit de Maxime Auchart, originaire d'un petit village de l'Eure, en France. Sa photo a figuré, elle aussi, dans nos journaux.

L'horreur que nous a inspirée le massacre des Israéliens dans la mosquée de Jérusalem, comme celle que nous a assénée la décapitation des pilotes syriens, ne nous dispense pas de la nécessité de rechercher ce qui pourrait expliquer que des hommes aient pu en être les auteurs.

Les deux palestiniens étaient des jeunes pères de famille, avec plusieurs enfants.

Le "djihadiste" français, de son coté, a vécu ses vingt premières années dans un milieu rural. Sa famille relève, apparemment, de la "classe moyenne". La conversion de Maxime à l'Islam, à l'âge de dix-huit ans, a été, semble-t-il, paisiblement vécue dans son petit village.

Cela dit, comment comprendre l'incroyable violence des crimes en question ?

Comprendre. Non pas pour leur trouver d'impossibles excuses.

Comprendre, pour tenter d'éviter que ces actes ne soient, un jour, commis par d'autres, comme on peut le craindre.

Nous voici en face de la nécessité de comprendre, même si cette nécessité comporte un poids supplémentaire pour notre conscience de citoyens.

Mais elle va de pair avec le devoir d'assurer la survie de notre société.

Comprendre : ce projet est ambitieux. Il attend de chacun de nous un travail profond.

Je serais heureux d'y participer.

Avec votre aide.

31 janvier 2015

Un drame qui s'annonce.

Le mardi 30 décembre 2014, La Jordanie a présenté au Conseil de sécurité un projet de résolution palestinien demandant l'admission de l'Etat Palestinien au Conseil de Sécurité de l'O N U. Le Conseil de sécurité a rejeté la résolution palestinienne dans les conditions suivantes : 8 voix pour, deux contre et cinq abstentions, alors que le texte devait réunir 9 voix pour être adopté.

La France, la Chine et la Russie, toutes trois membres permanents du Conseil, ont apporté leur soutien à la résolution. L'Australie et les Etats-Unis, les deux autres membres permanents, ont voté contre. Parmi les membres élus, trois votaient pour, et cinq s'abstenaient.

Aujourd'hui, 30 janvier 2015, deux évènements viennent témoigner de la grave menace que cette décision de refus fait peser sur la paix du monde.

Premier évènement : une fois de plus, le gouvernement d'Israël vient d'ouvrir la possibilité de construire 450 nouvelles implantations résidentielles ouvertes à des citoyens israéliens en Cisjordanie, territoire en principe palestinien. Ce que l'on peut malheureusement qualifier de "colonisation" repend donc son cours.

Deuxième évènement : des troubles graves viennent de se produire à Gaza entre des sympathisants du Hamas et les représentants de l'O N U chargés de gérer le financement des travaux de reconstruction des bâtiments détruits lors des bombardements de juillet er août 2014. Ces incidents violents sont de nature à compromettre le processus de reconstruction de Gaza grâce au large financement décidé par la communauté internationale.

J'observe que ces incidents ressemblent à ceux qui ont précédé ce que l'on a appelé, en juillet-août 2014, la "guerre de Gaza" : il s'agit de nouveau, aujourd'hui, d' actes de violence perpétrés par des éléments incontrôlés, dans un territoire lui-même incontrôlé.

Je reprends maintenant les propos de François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations Unies, prononcés dès le 30 décembre 2014 : "Nous connaissons le cœur du problème : l'absence d'horizon politique répondant aux exigences légitimes des deux peuples israélien et palestinien. Pour les Palestiniens, l'aspiration à un Etat souverain et indépendant ; pour les Israéliens, la garantie d'une sécurité durable. Ces deux revendications légitimes ne pourront être résolues qu'en avançant vers la solution connue de tous : celle du partage d'un territoire qui permette de voir émerger deux Etats pour deux peuples."

Le 12 février 2015

Je fais un rêve.

Je pense à deux pays qui voudraient vivre en paix, tranquillement, et, si possible, pour quelque temps.

Le premier existe : Israël.

Le second reste à créer : la Palestine.

Israël, depuis sa création en 1948, a vu son existence constamment menacée. Sa population souhaite profondément que l'existence de ce pays soit enfin acceptée par tous, afin qu'il puisse vivre en paix.

La Palestine, depuis que l'O N U a décidé sa création, en 1947, voit ses habitants en proie à toutes sortes de violences. Ils sont dans l'attente de la reconnaissance d'un Etat palestinien qui leur apporte ce que chacun attend d'une patrie dans laquelle il se reconnaisse.

Et voici mon rêve : voir Israël connaître enfin une paix durable et voir la Palestine en mesure d'exister et d'offrir à ses habitants la même paix durable.

Est-ce que mon rêve peut devenir réalité ? Oui, parce que cette paix est possible.

Est-ce que je peux faire quelque chose pour que ce rêve devienne réalité? Oui, parce que je peux tenter, à ma modeste place, un pas en avant vers cette paix dont j'ose rêver.

1. La paix est possible.

Israël a besoin d'avoir, de l'autre côté de sa frontière, un Etat digne de ce nom, c'est-à-dire un Etat capable de maitriser ce qui se passe sur son propre territoire.

Et il faut bien voir que ne n'est pas le cas aujourd'hui. Le territoire de Gaza n'est pas soumis à une autorité capable d'assurer le contrôle de ce qui s'y passe. En juillet et août 2014, de nombreux individus, appartenant sans doute au Hamas, ont pu lancer des "scuds" sur Israël sans en être empêchés par un quelconque service d'ordre. Face à cette agression incontrôlée Israël a bombardé gravement le territoire de Gaza, afin d'obtenir la cessation des tirs qui provenaient de ce territoire.

Ces derniers jours, c'est-à-dire en janvier 2015, des membres du Hamas ont pu agresser sans difficultés apparentes les locaux de l'ONU qui abritent les agents de cet organisme chargés de gérer les travaux de reconstruction financés par la communauté internationale. Il est clair que la "Haute Autorité Palestinienne" n'a aucun moyen, militaire ou policier, pour assurer l'ordre dans ce territoire et empêcher ces actes terroristes. On peut craindre, d'ailleurs, qu'elle n'a pas, non plus, les moyens d'assurer un ordre satisfaisant sur le territoire de la Cisjordanie. En d'autres termes, il est clair qu'il n'existe pas, aujourd'hui, en Cisjordanie un véritable Etat, capable d'assurer un ordre digne de ce nom.

Seule, la communauté internationale, c'est-à-dire l'O N U, est en mesure de créer ce véritable Etat, doté d'une structure démocratique et disposant des moyens policiers et militaires capables d' assurer sa propre sécurité et celle de ses voisins. Il est clair que cet Etat est à la fois nécessaire aux Palestiniens, qui ont besoin de voir reconnaître leur droit de vivre dans un Etat qui leur appartienne, la Palestine, et aux habitants d'Israël, qui ont le besoin, tout aussi légitime, de vivre en paix avec un Etat voisin capable d'assurer l'ordre sur son propre territoire.

Et ce besoin de paix, partagé par les Israéliens et les Palestiniens, suppose aussi que soit pris en compte le sort des Palestiniens qui ont perdu leurs terres pendant la guerre qui s'est déroulée, en 1948, entre Israël et les Etats arabes voisins. Leurs descendants sont aujourd'hui au nombre de cinq millions. Cette population vit, depuis 70 ans sous la tente, dans des camps situés au Liban, en Syrie, en Jordanie, et à Gaza. Ces hommes, ces femmes et ces enfants doivent être accueillis dans le futur Etat de Palestine, pour y trouver des conditions de vie acceptables. Certes, il s'agit là d'un énorme chantier, mais il est réalisable. Cela dit, il demande un soutien financier considérable. Ni le futur Etat de Palestine, ni Israël, ne sont en mesure d'assurer ce financement, qui doit être pris en charge par la communauté internationale, c'est-à-dire par l'O N U. La communauté internationale est seule capable de financer les investissements nécessaires à une installation durable des réfugiés palestiniens dans le futur Etat palestinien. Et elle doit consentir à cet effort, car la paix du monde en dépend.

Comment pourrait-on en effet envisager que le monde vive en paix en gardant en son sein cinq millions d'humains condamnés à vivre sous une tente ?

Ces cinq millions d'hommes, de femmes et d'enfants pourront effectivement être accueillis sur le territoire de la future Palestine. Car ce territoire peut faire l'objet d'un développement considérable. Une réalisation est en cours qui permet de le penser : la construction de la ville nouvelle de Rawabi, à 18 kilomètres de Ramallah. Il s'agit là d'un chantier qui a créé de nombreux emplois en Cisjordanie, et qui peut servir à l'accueil et au logement de plus de 20 000 habitants.

Ce chantier et sur le point de se terminer. Mais se pose encore, aujourd'hui, le problème d'obtenir de l'autorité compétente l'autorisation de construire la route d'accès à cette nouvelle ville. Or il se trouve que cette autorité compétente est l'Etat d'Israël, en vertu de ce qu'on appelle les "Accords d'Oslo".

Ces accords, signés en 1993 par Yitzhac Rabin, Premier Ministre Israélien, Yasser Arafat, Président du Comité Exécutif de l'O L P, et Bill Clinton, Président des Etats-Unis, instauraient une base de négociation en vue d' aboutir à une autonomie palestinienne temporaire de cinq ans, dans le but de progresser vers la paix. Pendant ces cinq ans, la Cisjordanie était divisée en trois zones : les zones A, B et C. Cinq ans plus tard, les négociations n'avaient pas abouti, mais les zones ont continué d'être prises en compte, à défaut d'un accord définitif.

Il se trouve que la ville nouvelle de Rawabi est située dans la zone B. Dans cette zone B, l'autorisation de créer une nouvelle route relève, en principe, de ce que les accords précités nomment : l' "Autorité Israélienne", c'est-à-dire l'Etat d'Israël. Et cette "Autorité Israélienne" se fait quelque peut prier pour accorder l'autorisation nécessaire… Mais la négociation se poursuit.

2. Tenter quelque chose.

Que faire, à la modeste place qui est la mienne (ancien maire de Vence, petite ville du sud de la France), pour que mon rêve devienne réalité ?

La première question qui se pose est celle de savoir qui partage ce rêve avec moi.

Un assez grand nombre de Palestiniens, bien sûr. Mais, au-delà de ces premiers concernés, qui souhaite, aujourd'hui, la création d'un Etat Palestinien? Autrement dit, est-ce que, de par le monde, il y a des gens qui voient, de près ou de loin, une réelle utilité dans la création, ou dans la non-création de cet État ?

Pour répondre à cette question, il faut d'abord savoir quels sont les gens qui, de par le monde, sont au courant de la question qui se pose. On peut, hélas, être tenté de penser qu'ils ne sont guère nombreux. En France, par exemple, on parle souvent, dans les journaux imprimés ou télévisés, des attentats ou des combats armés qui opposent les Israéliens et les Palestiniens. Mais bien rares, par contre, sont les informations qui portent avec précision sur le problème de la création éventuelle d'un Etat Palestinien. A titre d'exemple, peu d'informations ont filtré, en France, le 30 décembre 2014, sur le refus du Conseil de Sécurité de l'Organisation des Nations Unies d'accueillir en son sein, l'Etat Palestinien.

Cela dit, suis-je donc le seul à rêver de la création d'un Etat Palestinien ?

Bien sûr que non! Je connais, à Vence, comme hors de Vence, de nombreuses personnes qui pensent, comme moi, que la création d'un Etat Palestinien est la condition première de la sécurité d'Israël en même temps que la réponse à la légitime demande du peuple palestinien.

J'en déduis qu'il est du devoir de tous ceux qui partagent ce point de vue de tout faire pour qu'il prospère jusqu'à influencer utilement les responsables politiques des pays démocratiques, dont nous faisons, heureusement, partie.

Je pense en effet, quitte à me répéter, que la question de la création d'un Etat Palestinien touche de près le destin de notre monde. Ce destin est gravement concerné par les risques de conflit que connait, aujourd'hui comme hier, le Moyen Orient. Et il ne faut pas se cacher que ces risques vont jusqu'à l'éventualité d'une guerre nucléaire.

Il est donc de notre devoir de rappeler ce grave problème à tous ceux qui ont une responsabilité dans le fonctionnement de notre société, qu'il s‘agisse de Vence, de la Métropole Nice-Côte d'Azur, de la France, comme de l'O N U.

Que cela nous plaise ou pas, nous sommes tous, vous qui me lisez et moi qui vous écris, des citoyens du monde. Pour le meilleur comme pour le pire.

Pour ma part, je plaide pour le meilleur.

28 décembre

J'écrivais, le 12 février dernier : "Je fais un rêve." Et voilà qu'un homme de science vient nourrir mon rêve : Pierre Teilhard de Chardin.

Certes, on peut le trouver suspect, cet homme de science qui se doublait d'un homme d'église. Une église qui se méfiait de lui. Mais on lui pardonne, à cette église - mon église - puisqu'elle s'est, depuis lors, ravisée, en lui donnant sa place de grand homme de science.

En tout état de cause, Teilhard vient nourrir mon rêve de paix sur la terre de Jérusalem, en développant devant moi l'image d'un monde en mouvement - le monde où je vis. Un monde qui va vers la possibilité d'être meilleur que ce lui que j'ai sous les yeux aujourd'hui.

Cette image n'est pas une œuvre d'imagination. Elle est le fruit d'un travail de paléontologue qui a porté sur l'histoire de notre monde, depuis des millions d'années. Ce travail, qui a duré toute une vie, est présenté dans plusieurs ouvrages que chacun peut lire, dont, notamment : "La place de l'homme dans la nature" (Albin Michel).
Je viens de relire ce livre. Je dois dire que cette relecture a été particulière, puisque j'ai éprouvé le besoin d'écrire un résumé de ce texte au fur et à mesure que je le lisais, pour mieux m'en pénétrer.

Je recopie ci-après le texte que Teilhard de Chardin place au début de son ouvrage :

"Nous découvrons, avec émotion, que si l'Homme n'est plus (comme on pouvait le penser jadis) le centre immobile d'un Monde déjà tout fait - en revanche il tend désormais à représenter, pour notre expérience, la flèche même d'un Univers en voie, simultanément, de "complexification" matérielle et d'intériorisation psychique toujours accélérées."

Et je poursuis ma lecture :

"Vue de trop près, à l'échelle spatiale et temporelle de nos existences individuelles, l'Humanité nous apparait trop souvent comme une immense et incohérente agitation sur place. Au cours des cinq chapitres qui suivent, je vais essayer de montrer comment il est possible, en regardant les choses d'assez haut, de voir les désordres de détail, où nous nous pensons perdus, se fondre en une vaste opération organique et dirigée, où chacun de nous prend une place, atomique sans doute, mais unique et irremplaçable.

L'Homme donnant son sens à l'histoire."

L'homme, c'est-à-dire : vous et moi.

Ici, je crois utile de faire référence à l'accord intervenu, le 12 décembre 2015, lors de la dernière conférence internationale, dite "COP 21", à Paris.

Une question se pose: y-aura-t-il vraiment un "avant" et un "après" de l'accord de Paris ? L'ambassadrice française pour le climat, Laurence Tubiana, qui secondait Laurent Fabius dans sa tâche de Président de cette conférence, répond : "Je pourrais vous citer au moins 20 changements majeurs !

Avant l'accord de Paris, l'objectif affiché visait à limiter le réchauffement climatique à 2°C d'ici à la fin du siècle par rapport aux niveaux préindustriels. Après Paris, il s'agit désormais de le limiter «nettement en dessous de 2°C et de suivre l'action pour limiter l'élévation des températures à 1,5°C».

De son coté, le parti politique EELV (Europe Ecologie les Verts) se félicite de l'adoption de l'accord sur le climat, intervenue à la COP21. Il s'agit d'une étape historique :

Nous assistons pour la première fois dans l'histoire de l'humanité à un début de gouvernance mondiale sur un enjeu majeur, la naissance d'une diplomatie du climat et la prise en compte collective des enjeux immenses pour l'avenir de l'humanité que constitue la sortie indispensable des énergies fossiles. La voie est désormais ouverte pour aller vers des économies 100% renouvelables : il s'agit d'une priorité absolue.Avec la nécessité urgente de lancer des outils de régulation de la finance, il faudra à l'avenir être vigilant quand à la mise en œuvre de cet accord et poursuivre l'indispensable mobilisation citoyenne et universelle. La France doit notamment montrer la voie en appliquant cet accord à toutes les échelles, nationale et locale.

Emmanuelle Cosse, secrétaire nationale de EELV

Je reprends maintenant ma lecture de "La place de l'homme dans la Nature" :

"Sur la surface fermée de la planète, nous l'éprouvons tous, la population humaine, proche de son point de saturation, se resserre toujours plus, par jeu interne de reproduction et de multiplication, avec pour effet de constituer, au cœur même de la Noosphère, une source continuellement entretenue, ou même montante, d'énergie disponible".

Teilhard de Chardin, en s'attachant à la longue histoire de notre monde, y voit une perspective encourageante :

"Le centre extrême de chacun de nous, il ne se trouve pas au terme d'une trajectoire solitaire et divergente; mais il coïncide (sans se confondre)avec le point de confluence d'une Multitude humaine tendue, réfléchie, et humanisée librement sur elle-même.

Un peu partout, sur le domaine peuplé aux époques précédentes, les indices se multiplient, vers cette époque, d'un mode d'existence plus sédentaire et mieux groupé : signes avant-coureurs de la grande métamorphose néolithique à travers laquelle, sur des vastes étendues en même temps, semble-t-il, l'Humanité passe, pour la première fois, comme par un jeu de maturation généralisée, du social diffus au social organisé. Ceci principalement grâce à la découverte de l'agriculture et de l'élevage, formes d'activité dont l'effet direct est, non seulement de permettre, mais d'exiger une densité démographique et une organisation interne rapidement croissante chez les populations qui s'y trouvent engagées.

A un degré très général, on peut,(et même on doit) dire que la Recherche - celle-ci étant définie comme un effort tâtonnant pour découvrir sans cesse de meilleurs arrangements biologiques - représente une des propriétés fondamentales de la matière vivante. Prise maintenant plus strictement à son sens habituel de tâtonnement réfléchi, la Recherche, encore, est nécessairement aussi vieille que l'Eveil de la Pensée sur la Terre."

Cette lecture que je fais de l'histoire du monde, telle que la raconte Teilhard de Chardin, m'intéresse profondément dans la mesure où elle me donne confiance dans une analyse positive que je peux faire de ce qui se passe aujourd'hui, sous mes yeux, quelque soit l'apparent désordre dans lequel il se présente.

En d'autres termes, est-ce que ce qui vient de se passer lors de la COP 21 est susceptible de déboucher vers une prise en compte par tous les habitants de notre monde d'une gestion convenable de leur présent et de leur avenir? Et de donner raison à Teilhard sur la confiance mesurée qu'il exprime dans l'avenir des hommes ?

J'ose répondre : oui !

Pierre Marchou

Chapitre XV - Un livre qui continue de s'écrire

Le chapitre XIV de mon "roman-film" s'intitule "Post-scriptum". Il est la conséquence de cette constatation : la vie continue.

Et cette constatation m'amène à la question : puis-je donner à mon "roman-film" la possibilité de continuer lui aussi, de s'écrire ?

Sur le plan technique, la réponse est : oui !

En effet, à la différence de sa version "papier" qui n'est plus susceptible d'être modifiée avant une éventuelle réimpression, la version électronique du "roman-film" peut voir modifier son contenu , puisque ce contenu se compose de textes et de vidéos qui figurent sur un document électronique enregistré. Et il est tout à fait possible de compléter ces textes et ces vidéos par de nouveaux documents qui seront, à leur tour, enregistrés.

Cela dit, je pense que la version "papier" du roman-film demeure vraiment utile. elle s'adresse à tous ceux qui n'utilisent pas un ordinateur. Et, parmi ceux qui utilisent un ordinateur, nombreux sont ceux qui préfèrent lire un texte sur une feuille de papier, et sur un livre imprimé, plutôt que sur un écran d'ordinateur.

Ainsi, il est permis de penser que les deux versions de mon livre ont bien le droit d'exister. La version papier offre le confort de lecture qui lui est propre. La version électronique qui figure sur internet permet au "roman-film" de poursuivre son observation sur les évènements qui continuent de se produire concernant ce que Vence et Jérusalem ont à se dire.

Je me permets donc de reproduire ci-après quelques articles que j'ai fait récemment paraître sur mon blog "06demain.fr."

Écrit le 3 février 2016

Rawabi, la nouvelle ville palestinienne qui rivalise de confort avec les colonies.

Je crois utile de publier, dans son intégralité, l'article publié sous ce titre dans le quotidien "Le Monde" le 9 février 2016 sous la signature du journaliste Piotr Smolar :

Un miracle sort de terre. Lentement, péniblement, dans le vacarme et la poussière.

Les obstacles sont nombreux, les vents contraires puissants. Mais pierre par pierre, Rawabi cesse d'être seulement un plan d'architecte à la géométrie parfaite ou encore une maquette pour visiteurs. Rawabi existe. Et confirme, après de longues années, son destin révolutionnaire : devenir la première ville palestinienne  moderne, pensée  et bâtie au service de ses occupants.

Elle va ainsi bouleverser les clichés sur les territoires palestiniens, selon lesquels les seules zones d'habitation confortables seraient les colonies, irriguées par l'argent public israélien.

Encore faut-il que Rawabi se peuple. Les occupants s'installent au compte-gouttes, en pionniers enthousiastes, tandis que les grues et les ouvriers s'activent sur cet immense chantier, situé à neuf kilomètres au nord de Ramallah, la capitale de la Cisjordanie. Sur une colline proche, les habitants juifs de la colonie d'Ateret observent avec inquiétude les avancées. A trois reprises, des mains mystérieuses ont arraché le grand drapeau palestinien flottant au sommet de Rawabi. Pour l'heure, deux quartiers sur les vingt-trois que comptera la cité sont déjà opérationnels. Le centre, construit en forme de lettre Q – comme Qatar, principal bailleur de fonds, par l'intermédiaire de la société Qatari Diar – abritera des boutiques, des restaurants, des cinémas, des salles de conférence, et des locaux pour jeunes entrepreneurs.

On viendra à Rawabi en famille, le week-end, pour se divertir ou faire des courses. Par temps clair, il paraît qu'on distingue la mer, au loin, et les contours de Tel-Aviv. Un centre médical parfaitement équipé sortira de terre. Une mairie accueillera le premier édile. Trois écoles sont aussi prévues, mais leur édification a pris du retard, par manque de fonds. Elles devraient ouvrir à la rentrée 2016.

Coût total de Rawabi, à cette heure : 1,2 milliard de dollars (1,1 milliard d'euros), contre 850 millions prévus à l'origine.

Les deux quartiers achevés ressemblent pour l'instant à un décor de film, avant l'arrivée des acteurs. La propreté est impeccable, les allées piétonnes ne résonnent pas des cris des enfants. Il faudra encore patienter quelques mois avant que les premiers magasins – épicerie et pharmacie – permettent aux habitants de se ravitailler sur place. Rien de cela n'a rebuté la famille Al-Gabareen. Raga, 30 ans, et son mari, Mohammed, 34 ans, achèvent le déballage des cartons.

La famille vivait à Al-Bireh, près de Ramallah, dans une rue bruyante, sans jardin ni ascenseur. Les voilà qui s'émerveillent de leur nouveau cadre de vie, 190 mètres carrés sentant la peinture fraîche et le cuir neuf.  « Pour l'instant, on est les seuls à vivre dans l'immeuble, c'est bizarre mais très relaxant, s'amuse Raga. Des familles viennent nous demander des conseils avant d'emménager. » Manager dans une agence de publicité, elle explique leur démarche. « Rawabi est une ville intelligente, toutes les infrastructures sont prévues à l'avance, dit-elle. Je veux que mes enfants grandissent dans un environnement sécurisé et écologique. » Le couple a acheté l'appartement pour 126 000 dollars. Il a payé 15 % de la somme et contracté un crédit à 4,75 %, particulièrement bas, consenti par la banque pour ce projet à nul autre pareil. Plusieurs établissements bancaires ont un guichet dans le bâtiment spécialement construit pour accueillir les visiteurs. Ceux-ci sont invités à regarder un film futuriste en 3D sur Rawabi, puis à étudier les différentes options d'aménagement des cuisines et des chambres.

À ce jour, 650 appartements ont été vendus. Une fois achevé, Rawabi en comptera 6 000. Les candidats sont attirés à la fois par le confort et les installations modernes, par l'espace proposé, mais aussi par les prix.

« On est 25 % moins cher que Naplouse, au nord, ou Ramallah, explique Amir Dajani, manager adjoint du chantier. On veut capitaliser sur la population jeune et éduquée, grâce, notamment, à la proximité de l'université Beir Zeit. »

Parmi les acheteurs, il y a des chrétiens, des personnes vivant en Israël, voire des Palestiniens résidant à l'étranger, voulant investir dans un projet d'avenir. Mais le promoteur fait attention de ne pas transformer Rawabi en ville déserte.

Par la fenêtre de son modeste bureau, Bashar Masri ne se lasse pas d'observer les premiers camions de déménagement qui pénètrent dans Rawabi, sa folie. Agé de 54 ans, le patron de Massar International est l'un des plus riches entrepreneurs palestiniens.

Il a fait fortune dans des projets immobiliers au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Sur le mur, un plan de la ville, qui ressemble à un scarabée.

« C'est le plus grand projet de l'histoire palestinienne, dit-il. Ma vision n'est pas Rawabi, mais l'effet domino qu'il provoquera. Le manque de logements en Cisjordanie s'élève à 200 000 unités. Nous n'en construisons ici que 6 000. Je crois qu'un Etat palestinien est en gestation, mais cela réclame des dizaines d'années. La question n'est pas si l'occupation israélienne s'achèvera un jour. C'est sûr. La question est : quelle sera la nature de notre Etat ? Quelle bonne gouvernance, quelle économie saine, quel cadre de vie ? »

Bashar Masri est un visionnaire endurant. Rawabi l'obsède depuis 2007. Rencontré une première fois au printemps 2015, il retenait sa respiration.

Après un an de retard dans la construction, de lourds problèmes financiers et des intérêts à payer par dizaines de millions de dollars, la lumière apparaissait. En pleine campagne électorale israélienne, le gouvernement venait de donner le feu vert à l'ouverture de l'eau vers Rawabi.

C'était une affaire de vie ou de mort. Jusqu'alors, la construction de canalisations passant par une zone sous contrôle militaire israélien se heurtait à un refus. A présent, 300 mètres cubes d'eau parviennent chaque jour jusqu'à la ville. Il en faudra bien davantage lorsque les habitants afflueront. Mais le robinet est ouvert, voilà l'essentiel.

Le grand problème à régler reste celui de la route. Une seule voie d'accès, étroite, permet d'arriver à Rawabi. La ville se trouve en zone A, sous contrôle de l'Autorité palestinienne. Mais la construction d'une route large, à plusieurs voies, qui permettrait de rejoindre Ramallah en 10 minutes en passant par la zone C, réclame l'accord de l'administration israélienne.

« Ils finiront par accepter, soupire M. Masri. Mais le diable est dans les détails. Tout d'un coup, ils demandent une étude d'impact environnemental, et une autre sur la circulation prévue… »

Masri a tout fait pour dépolitiser Rawabi, afin de ne pas devenir otage du conflit. Puisque les officiels palestiniens eux-mêmes, incapables de percevoir la puissance symbolique du projet, ne s'y sont pas beaucoup intéressés, l'entrepreneur a continué son chemin, seul.

« L'Autorité[palestinienne] nous a donné un soutien moral et politique, mais sans investir un seul sou, regrette-t-il. Ils auraient dû, grâce à la perception des impôts, installer l'électricité, le poste de police, la caserne des pompiers, les routes d'accès ! »

Avant la nouvelle vague de violences, dès octobre, il avait observé un regain d'intérêt des Palestiniens pour sa ville nouvelle. Depuis, les restrictions renforcées par les Israéliens concernant les déplacements ont ralenti le chantier, et notamment la circulation des travailleurs en provenance d'Hébron, plus au sud du territoire. Certains sous-traitants ont même décidé de leur louer des appartements, à proximité de Rawabi.

Pendant plusieurs années, M. Masri a été critiqué, jalousé. On lui a reproché, dans un premier temps, d'exproprier les habitants des douze villages aux alentours, dont une partie des terres a été rachetée. Puis d'acquérir des matériaux de construction en Israël et de stimuler ainsi l'économie de l'occupant.

« Certains ont considéré que Rawabi entérinait l'occupation, puisque tout passait par des discussions avec les Israéliens, explique un membre du comité exécutif de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP). Mais, si on fait quelque chose pour protéger notre terre, c'est positif, au final. » Alors, « collabo » plutôt que résistant, Bashar Masri ? « Je hais les colonies, mais je ne vais pas abandonner le sommet des collines à ces gens, tranche l'homme d'affaires. Je préfère ignorer ce ressentiment émotionnel passager. »

On a aussi raillé Rawabi en le décrivant comme un projet artificiel, un décalque des colonies juives arrogantes qui dominent les villages palestiniens traditionnels, en contrebas.

Comme si les Palestiniens n'avaient pas le droit, eux aussi, à un plan d'urbanisation, à un environnement favorable. Comme si tout ne devait être que lutte, et pas jouissance. Voilà, au fond, le reproche majeur adressé au projet : il symbolisait, aux yeux des révolutionnaires professionnels, l'abandon de la lutte nationaliste au profit d'une quête banale, celle d'une vie confortable.

Je viens de lire cet article. Il m'inspire quelque chose que je me permets de qualifier d' "espoir inquiet."

Voici en effet que la terre de Jérusalem est peut-être en mesure de donner naissance, aujourd'hui,  à une "machine à faire la paix !"
"Quiconque investit en Palestine prend des risques, c'est évident" déclarait, il y a déjà quelques années Bashar Masri, le créateur de Rawabi. Et il ajoutait : "Mais il faut prendre des risques. Un Etat Palestinien est en train de se bâtir; il n'existera pas sans développement économique et j'aime à penser que notre projet participe à la création d'un Etat viable.

Censée accueillir 40 000 habitants (au lieu des 15 000 prévus à l'origine) Rawabi a été conçue à la manière d'une banlieue américaine, bien loin de l'image que véhiculent généralement les territoires palestiniens. Car, avec ses appartements de luxe, ses cafés, ses galeries commerçantes,  Rawabi reflète l'émergence d'une nouvelle classe moyenne palestinienne."

J'ai parlé de mon "espoir inquiet".

Comment ne pas ressentir, en effet, de l'espoir en voyant cette nouvelle ville de Rawabi offrir une magnifique promesse de vie heureuse. Et comment ne pas s'inquiéter des risques que comporte la naissance de cette ville nouvelle ?

Je serais heureux de partager mon inquiétude, et mon espoir, avec tous ceux qui  pourront se sentir concernés. La paix est à construire, sur la terre Jérusalem. Ce chantier nous concerne tous.

Écrit le 2 mars 2016

"Demain qui gouvernera le monde ?"

Je lis, dans le livre de Jacques Attali qui porte ce titre, à la page 326, le passage suivant : "Si l'humanité n'a pas conscience d'elle-même, ni de claire raison d'être à ses propres yeux, elle ne pourra nourrir aucun respect pour elle-même, elle ne pourra pas s'organiser, et, dans ce cas, elle risque de devenir son pire ennemi : c'est par elle-même, on l'a vu,  qu'elle pourrait le plus aisément être détruite dans une sorte de suicide inconscient."

Je ne peux m'empêcher de voir dans ces lignes le constat d'un vide, avec l'inquiétude que ce vide semble provoquer.

Et j'observe que ce constat se situe au terme d'une recherche passionnante, et passionnée, qui porte sur toutes les tentatives qui ont eu pour objet, depuis des millénaires, la mise sur pied d'une gouvernance unifiée de notre monde.

Et c'est là que Jacques Attali ajoute : "l'humanité doit prendre conscience de l'unité de son destin, et d'abord de son existence en tant que telle. Cette prise de conscience viendra de ceux qui s'intéressent à l'avenir du monde, et que j'ai appelés ailleurs "hypernomades" : militants associatifs, journalistes, philosophes, historiens, fonctionnaires internationaux, mécènes, acteurs de l'économie internationale, créateurs en tous genres, etc…  Ces acteurs mondiaux d'un genre nouveau créeront une dynamique transfrontalière qui se révèlera un jour plus puissante que celle du marché. Ils incarneront le bien public mondial."

Je me pose alors une question : cette action des "hypernomades" est tout à fait souhaitable, mais qu'est-ce qui sera de nature à les motiver? Qu'est-ce qui va amener les "hypernomades" à agir ?

Certes ces "créateurs en tous genres" sont d'ores et déjà largement actifs. Mais l'on peut s'interroger sur ce qui va mobiliser leur énergie dans l'immense travail qui les attend.

Pour ma part,  je risque une réponse : seul l'amour du monde, dans le cœur d'un homme, est capable de mettre en marche une action qui aura pour but de sauver ce monde.

Voilà ce que j'ai dans le cœur.

Et j'ose ajouter que j'ai l'ambition de rejoindre les "hypernomades" dans leur tâche.

Merci, Jacques Attali, pour ce livre qui nous interroge de plus en plus fort.

Pierre Marchou

 

Bonjour Jacques Attali.

Je vais publier ce texte sur mon blog : "www.06demain.fr". Merci de me dire ce que vous en pensez.

Cordialement.

Pierre Marchou

 

Jacques Attali a répondu : "Merci! C'est un très beau texte!"

 

C'est ainsi que l'O N U se retrouve  face à sa responsabilité : celle de réaliser enfin, dans sa plénitude, le plan de partage qu'elle a décidé en 1947.

Écrit le 29 mai 2017

LE MONDE À BESOIN DE LA PAIX

Comme chacun le sait, le 29 novembre 1947, l’O N U a décidé, la création, en Palestine, de deux États, l’un pour les Juifs, l’autre pour les Arabes.

Certes, il faut bien reconnaître qu’il y avait là, de la part d’une organisation mondiale, un acte d’ingérence dans le sort des pays du Moyen-Orient. Mais il est permis de penser que cette ingérence était justifiée par la nécessité de créer les conditions d’un équilibre acceptable pour la cohabitation des communautés juives et arabes de cette région.

Le 15 mai 1948 était créé l’État d’Israël par les Juifs.

Cette même année, l’ensemble des États voisins d’Israël tentaient une invasion armée de cet État dans la claire intention de le rayer de la carte.

Cette guerre s’est terminée en 1949 par la défaite des armées arabes. Et l’on doit se souvenir de ce que les combats ont chassé de leur terre plus de 1,3 millions de Palestiniens qui se trouvent encore aujourd’hui cantonnés dans des camps de réfugiés au Liban, en Jordanie, en Syrie, dans la bande de Gaza, et en Cisjordanie.

À la date d’aujourd’hui, l’ État prévu par l’ONU, en 1947, pour les Arabes, n’est toujours pas créé. Les tentatives en faveur de cette création n’ont pas, jusqu’ici, abouti.

Notons quelques unes de ces tentatives :

13 septembre 1993. Signature à Washington, entre le gouvernement d’Israël et l’OLP d’un accord, « Oslo 1 » , sur une autonomie palestinienne transitoire de 5 ans. Aucun résultat.

Le 4 novembre 1993, Ithzac Rabin qui était alors le Premier Ministre de l’État d’Israël prononçait un discours en faveur de la paix sur la place de Jérusalem qui, aujourd’hui, porte son nom. Il était assassiné à la fin de son discours.

Le 28 septembre 1995, le gouvernement d’Israël et l’OLP signent un nouvel accord, « Oslo 2″, qui n’aura pas plus de résultat.

Depuis 1949, la violence n’a cessé de se manifester sur le territoire qui doit accueillir l’État Palestinien, la Cisjordanie.

Force est de constater que la Cisjordanie n’est pas gérée par un État pourvu de l’autorité légitime et du pouvoir nécessaire à la gestion normale de ce territoire.

À titre d’ exemple, on peut noter la création illégale d »ensembles immobiliers, qualifiés de « colonies », par des citoyens israéliens, entrés en Cisjordanie. L’ « Autorité Palestinienne », qui est actuellement en place, ne dispose pas des moyens policiers et militaires susceptibles d’empêcher la création de ces « colonies », qui ont provoqué de violentes réactions de la part des Palestiniens qui habitent cette région.

La Cisjordanie est devenue aujourd’hui un lieu de violence quasiment incontrôlé.

Il est clair que seule une action de l’ONU est susceptible de mettre fin à cette situation particulièrement dangereuse, en imposant, avec l’appui d’une force armée internationale, la création d’un État palestinien au sens plein de ce terme, et capable de faire respecter son autorité sur le territoire de Cisjordanie.

La Cisjordanie est la seule terre susceptible d’accueillir aujourd’hui les réfugiés Palestiniens. Cela suppose un effort que l’on peut attendre de ce pays. À condition, bien sûr, que la collectivité des nations, c’est à dire l’ONU, le reconnaisse en qualité d’État Palestinien, et lui apporte le soutien politique et financier nécessaire à cet accueil.

Si la société internationale – l’ONU en l’occurrence – n’intervient pas rapidement pour créer en Cisjordanie un État capable de gérer pacifiquement le destin des Palestiniens, on pourrait craindre que le territoire incontrôlable qu’elle est déjà aujourd’hui devienne le lieu de naissance d’un conflit mondial, dans le cadre des tensions dangereuses qui affectent le Moyen-Orient.

Et je me permets de le répéter : évoquer le risque d’une guerre vaut mieux que courir le risque d’en subir le drame. Les Français de 1939 n’avaient pas tous, loin de là, conscience d’être au bord de la guerre. Et pourtant, ils l’étaient.

Aujourd’hui, une décision du Conseil de Sécurité de L’ONU en date du 23 décembre 2016 ouvre à nouveau la voie à la création d’un État Palestinien . Il s’agit de la résolution 2334, adoptée avec 14 voix pour, zéro contre, et une abstention, celle des Etats-Unis. Je crois pouvoir dire que cette résolution est susceptible de satisfaire à la fois la population Israélienne et la population Palestinienne. Elle permet en effet la mise en présence de deux Etats dignes de ce nom.

Le premier existe: Israël. Il s’agit là d’un pays capable, à l’évidence, de gérer démocratiquement sa vie interne et ses rapports avec le monde extérieur.

Le second Etat reste à créer : la Palestine. Cet Etat doit se voir doté des moyens économiques et sécuritaires capables d’en faire un voisin pacifique d’Israël. Il appartient à l’ONU de mettre en oeuvre cet objectif, avec le concours de la population Palestinienne qui est à la fois désireuse de cette démarche, et capable de la mener à bien.

Il est évident que ces deux peuples aspirent profondément à une paix dont ils ont le même besoin.

Un besoin que nous partageons avec eux.

Pierre Marchou

Générique

On vient de lire une première version de l'e-book intitulé "Est-ce que Vence et Jérusalem ont quelque chose à se dire ?"

Comme indiqué dans le Préambule qui figure en tête de ce "roman-film", celui-ci va continuer de s'écrire, en fonction des évènements nouveaux qui ne manqueront pas de jalonner le dialogue entre Vence et Jérusalem.

En conséquence, parallèlement à l'e-book qui, par définition, est fixé dans son contenu, on pourra lire, sur mon site internet 06demain.fr, la version du roman-film qui va rester en cours d'évolution. Et chaque lecteur qui le souhaitera pourra participer à la poursuite de l'écriture du roman-film, au moyen d'un texte ou d'une vidéo. Pour ce faire, il lui est proposé de prendre contact avec moi, en utilisant le site 06demain.fr.

À bientôt, j'espère.

Pierre Marchou

Réalisation technique de l'e-Book : John Bouchet @blondsummer © www.uLynx.com

Crédits photos de couverture :

Édition de l'e-Book : Sud Image Audiovisuel, 40 Avenue Henri Isnard, 06140 Vence - France

© 2015

Table des matières

Pour accéder à chaque sujet, il suffit de cliquer sur son titre tel qu'il apparait ci-dessous.

Préambule

Chapitre I. Le "roman-film".

Oui, je crois qu'arrivé à un certain moment de sa vie, on peut être tenté de la lire comme on lit un roman.

On peut aussi voir sa vie comme un film.

Vidéo : Un travelling.

Vidéo : Une interview.

En effet, on pourra lire le roman film comme on le fait de n'importe quel livre...

En octobre 2006, je reçois en Mairie de Vence - ... - un coup de fil d'une administrée qui me raconte...

Image : Illustration extraite de la BD "Momo Palestine". ...

Je dois préciser, à toutes fins utiles, que j'avais, deux ans plus tôt, ...

Au moment de nous quitter, elle me confie un livre dont je n'avais jamais entendu parler : "Le mariage de la paix".

Image : Evi Guggenheim Shbeta et Eyas Shbeta, "Le mariage de la paix". 2004 Michel Lafon éditeur.

Vidéo : Interview du Docteur Catherine Ambacher

Vidéo : Interview du Cheik Khaled Bentounès. Jerusalem devrait être la ville-exemple.

Vidéo : Interview de Martin Drusian, sculpteur. La "mixité sociale" à Vence.

On me pardonnera, je l'espère, de parler de ce que cette petite ville m'a donné.

Vidéo : Interview de Henri Cohen-Solal, Psychanaliste. Jerusalem, une ville qui nous amène à nous interroger sur nous-mêmes.

Chapitre II. Newe Shalom / Wahat as Salam.

Vidéo : Interview d'Evi Guggenheim Shbeta, co-autrice du "Mariage de la paix".

Vidéo : Interview du Père Paul, Supérieur du Monastère Trappiste de Latroun, Israël.

Vidéo : Interview d'Eyas, Shbeta Directeur administratif de Newe-Shalom, Israël.

Vidéo : Interview de Raiëk, Patron du "coffee-shop" de Newe-Shalom...

Vidéo : Interview de Yoram Honig Cinéaste israélien.

Vidéo : Interview de Brigitte Parziel, assistante psychologue.

Vidéo : Interview de Doar Na Shimshon, Maire de Newe-Shalom/Wahat As Salam.

Puis nous avons séjourné à Jérusalem, ...

Vidéo : Via Dolorosa, Jerusalem.

Vidéo : Interview d'Anne Lemeynien. La vie commune dans Newe Shalom.

Vidéo : Interview d'Amir Dadjani, Vice-Président de "Massar International" à Ramallah.

Vidéo : Interview de David Reeves, artiste-peintre israélien. La construction du mur de séparation.

Vidéo : Interview de Yaïr Auron, professeur d'histoire à l'Université de Jerusalem.

Oui, là-bas, c'est chez nous :

Vidéo : Interview de Henri Cohen-Solal, psychanaliste. De Sarcelles à Jerusalem.

Vidéo : Interview de Jacqueline Bellino, écrivain.

Chapitre III. Le voyage en Sonacotra.

Je vais maintenant évoquer les 18 mois que j'ai passés à la Sonacotra au printemps 1976.

Il se trouve que cette visite au "village" s'est finalement conclue par mon embauche en tant que responsable de l'animation de l'ensemble des foyers des Alpes-Maritimes.

Au contact, nouveau pour moi, de ces hommes, je me laissais pénétrer, sans en être pleinement conscient, par la présence de quelque chose de nouveau pour moi, quelque chose qui relève d'une autre approche du monde.

Vidéo : Interview d'Anne Lemeynien. "La voix d'un silence léger".

Vidéo : Interview du Cheik Bentounès. Les Musulmans doivent sortir du "communautarisme".

Chapitre IV. Va vers ton risque.

Voici maintenant une autre "tranche de vie", qui se situe 25 ans plus tard, après mes 17 années d'avocat au barreau de Grasse, et dans les derniers mois de mon mandat de Maire de Vence.

Depuis quelque temps, les fils de ma vie me semblaient partir dans tous les sens : films plus ou moins aboutis, métiers divers, mon travail de maire de Vence, les circonstances inattendues, et fortes, qui me mettent en présence du conflit israélo-palestinien...

J'écris, maintenant, une lettre à mon ami, le Père Simon Trotabas qui, après avoir été Curé d'Antibes

Là-dessus, pas de doute possible. De par la structure même de l'Univers, nous sommes forcés, condamnés (pour devenir pleinement vivants) à nous unifier.

Vidéo : Interview de Henri Cohen-Solal. Le nom de Jerusalem signifie : "la ville de la paix".

Vidéo : Chanson et interview de Nicole Brauner

Chapitre V. Le 28/03/2008 : une liberté nouvelle.

Nouvelle lettre au Père Simon :

Depuis quelques jours, j'avais l'intention de me rendre, à dix heures, à une manifestation en souvenir des juifs arrêtés à Vence au printemps 1944, et qui ont ensuite été déportés à Auschwitz, où ils ont tous laissé leur vie.

Vidéo : Monument des Juifs arrêtés à Vence pendant la guerre de 39/45

Troisième lettre au Père Simon :

Vidéo : Interview de Téo Saavedra, créateur des "Nuits du Sud" à Vence. Lutter contre "la peur de l'autre".

Chapitre VI. Je retrouve "l'École de Nice"

J'écris un projet de courriel à mon ami Sacha Sosno, pour lui parler de ce film que je souhaite réaliser, et qui aura pour titre : "À la recherche de l'École de Nice".

Vidéo : Interview de Sacha Sosno, artiste plasticien. Le spectateur de l'oeuvre d'art devient son créateur.

Chapitre VII. Le monde et l'infarctus

Quand on est sur l'eau, redécouvrir qu'il y a une unité du monde n'a rien d'original. Mais c'est, chaque fois, pourtant, une expérience forte.

"La lampe vient-elle pour être mise sous le boisseau ou sous le lit ? N'est-ce pas pour être mise sur le lampadaire ? Car rien de caché qui ne doive être manifesté, rien n'arrive de secret que pour venir se manifester. Si quelqu'un a oreilles pour entendre, qu'il entende."

Je dois préciser que je suis en train de t'écrire, non pas de mon bateau, ni de ma maison, mais d'une clinique où je viens de subir une opération à la suite d'un infarctus du myocarde.

Chapitre VIII. Octobre 2008. Défense de la "Promenade des Anglais" et appel de "Newe Shalom".

Vidéo : Traveling sur la "Prom".

C'est dans ces circonstances que je me suis permis d'adresser à Christian Estrosi une lettre ...

Voici maintenant ce qui, au même moment, concerne le côté de Jérusalem : peu de temps avant l'envoi de ma lettre à Christian Estrosi, je recevais un courriel adressé, depuis Newe Shalom, par Evi Guggenheim/Shbeta à ses correspondants en Europe, dont je fais partie...

Voici ma réponse au courriel d'Evi Guggenheim/Shbeta...

J'ai en tout cas, plus que jamais, l'intuition de ce que ma petite ville de Vence peut devenir un lieu d'accueil pour un travail en faveur de la paix en Israël-Palestine.

Ce soir, je vais participer, à la Cité Paroissiale de Vence. à la réunion d'un groupe qui s'est donné pour nom: « Chrétiens-Musulmans ».

Voici le texte en hébreu, qui correspond au texte que je viens de citer. Je le transcris en phonétique française : "Vaiebarek Elohim et iom haschwii vahiekadosch oto ki bo schabat mikol-melachto ascher bara Elohim la-assot".

Vidéo : Interview de Maître Joël Blumenkrantz, secrétaire de l'Association des Amitiés Judéo-musulmanes, Section de Nice.

La ville devient-elle, sous nos yeux, "quelque chose qui s'arrange" ?

Vidéo : Promenade sur le toit du Musé d'Art Contemporain à Nice.

Vidéo : Intérieur de la Chapelle du Rosaire à Vence avec, en voix off, un texte écrit par Henri Matisse, créateur du lieu.

Comme Henri Matisse, comme tous les artistes que j'ai rencontrés, comme tous les hommes et femmes de bonne volonté que j'ai côtoyés, comme vous, comme moi, je découvre (il était temps !) que chaque être, sur cette terre, a été fait pour créer.

Chapitre IX. Sur mon blog "06 demain". Rêver, voir, faire.

J'ai créé ce blog alors que je n'étais plus maire

En ce qui concerne Jérusalem, un rêve se présente qui exprime, à vrai dire, une nécessité : voir la communauté internationale apporter un effort financier très important pour assurer une digne réinstallation des réfugiés Palestiniens qui campent, depuis 70 ans, au Liban, en Jordanie, et ailleurs.

Il n'y a pas forcément contradiction entre l'argent et le rêve.

Vidéo : Travelling, le soir sur la Promenade des Anglais, avec, en voix off, le texte du "Dialogue avec moi-même" de Yves Klein. "Tenter d'aller toujours plus loin!" : voilà l'invitation qu'il nous adresse, en nous associant à sa contemplation du monde.

Vidéo : La vie qui coule dans Vence.

Discours de Barak Obama du 4 juin 209 au Caire (extrait).

Faire que nos différences cessent d'alimenter des conflits, pour devenir des occasions de créer du nouveau : voilà quelque chose qui nous concerne tous.

Lettre de Simon à Pierre Marchou : Le témoignage des moines de Tibérine est, à mes yeux, très fort."

Lettre de Pierre à Simon. "Tu m'apprends que les moines avaient fait don de la presque totalité de leurs terres aux habitants du village voisin. Et je note ta dernière remarque: "L'échec n'est qu'apparent, comme celui du Christ. L'amour de Dieu et des autres est le ressort de cet enfantement douloureux vers la Vie, tout au long de la longue histoire du monde."

Et voilà que je suis, aujourd'hui, émerveillé par ces êtres extraordinaires que sont les petits enfants.

Si l'on y met les moyens, la terre de Cisjordanie a tous les atouts pour devenir la Suisse du moyen orient.

Vidéo : Interview de Henri Cohen-Solal : les Israéliens, dans leur majorité, jugent nécessaire la création d'un Etat Palestinien.

Peut-on imaginer, pour les négociations de paix, d'autres interlocuteurs que Netanyahou d'un coté, et Mahmoud Abbas de l'autre ?

Aujourd'hui, il y a comme une invitation à agir adressée à chaque homme. Tout le monde sait à peu près tout ce qui se passe partout, même si la relation des faits est approximative. Les hommes d'état sont, plus qu'auparavant, sous le regard de leurs administrés. Ce regard semble les inhiber. Il y a peut-être quelque chose à inventer pour rendre plus efficace ce regard, par les administrés que nous sommes, sur les hommes d'état, que nous ne sommes pas.

4 décembre 2011. À une réunion de l'Association "Pax Medicalis", à Menton, réunion consacrée à la recherche de la paix au Moyen Orient, j'ai posé la question suivante : "Ne serait-il pas utile de se souvenir de ce que l'ONU, le 27 novembre 1947, a voté une résolution portant sur le partage de la Palestine et la création de deux états, l'un pour les Juifs, l'autre pour les Palestiniens ?"

Chapitre X. Jérusalem, avant et après 1947.

Image : Haim Weizman et l'Emir Fayçal

Le Livre Blanc de 1930 arrive au moment où le "mécanisme migratoire"...

Développement de la Palestine

1936 - la révolte arabe.

Pendant la deuxième guerre mondiale, des Juifs de Palestine s'enrôlent dans des unités anglaises pour lutter contre l'Allemagne.

Recrudescence des actes de violence : les extrémistes juifs de l'Irgoun, après avoir prévenu les Anglais font sauter une aile de l'hôtel King David à Jérusalem, où se trouvent les bureaux du Gouvernement de la Palestine.

Le 29 novembre 1947, l'ONU  décidait le partage de la Palestine en y créant un état juif et un état palestinien.

C'est le feu vert donné par l'institution internationale suprême à la création d'un état juif...

Image : 1948 Palestiniens sur la route de l'exil.

Le 4 novembre 1995, quelques minutes avant d'être assassiné, Itzhak Rabin prononçait un discours lors d'une manifestation pour la paix, sur la place des Rois d'Israël qui, depuis, porte son nom.

Et voici qu'à nouveau la parole du Cheik Bentounès me semble utile :

Chapitre XI. L' "atout majeur"

Hier, à deux reprises, j'ai éprouvé le besoin d'exprimer, d'abord à mon ami Frédéric M., puis à un autre ami, Eric V., un remords que j'éprouve vis-à-vis de ma ville.

Cinq minutes après, le serveur arrive pour encaisser les consommations des deux clients qui se trouvent devant moi.

Cent mètres plus loin, sur le chemin de mon retour à la maison, je croise un conducteur de Vespa qui vient de s'arrêter.

Notre petite ville dispose d'un atout majeur :

Qu'est-ce que j'aurais-je pu faire, et que je n'ai pas fait...

Voici ce que notre petite ville peut oser dire à Jérusalem, et à l'ONU :

Voici en effet que ce conflit entre Israéliens et Palestiniens qu'on a tant de mal à résoudre, voici que ce conflit est peut-être en mesure de donner naissance à une "Machine à faire la paix" !

« Quiconque investit en Palestine prend des risques, c'est évident... », déclarait le créateur de "Rawabi", Bashar Masri, ...

Enfin, il va bien falloir admettre que l'humanité est condamnée, si elle veut continuer d'exister, à "réinventer sa raison d'être", comme le suggère Jacques Attali dans son livre : Demain qui gouvernera le monde ?".

Image : Jacques Attali, "Demain qui gouvernera le monde ?". Fayard éditeur

Chapitre XII. "Le gardien" de Martin Drusian

Vidéo : Interview de Martin Drusian. La dépression : "une porte qui s'ouvre".

7 août 2011 - Par France-Inter, j'apprends ce matin, que les manifestations s'intensifient en Israël.

Vidéo : Interview de Patrice Miran Sociologue.

J'adresse à Téo Saavedra le courriel suivant :

Vidéo : Concert de Hugh Masekela aux "Nuits du Sud", à Vence.

Cette "Marseillaise", que Hugh Masekela vient de réinventer devant nous, semble évoquer, à sa façon, la question que nous nous sommes déjà, plusieurs fois posée : comment envisager la possibilité de construire le gouvernement de notre planète ?

Chapitre XIII. Un monde à réinventer

Jeudi 11 août 2011 - Pardon pour ce nouveau "va-et-vient" dans le calendrier.

Et cela me renvoie à notre "gardien", Martin Drusian.

Terrible article dans "Le Monde" du 10 août : "A Mogadiscio, le désespoir des réfugiés de la faim".

Mahmoud Abbas a eu raison de demander, vendredi dernier, à l'ONU, l'admission de la Palestine en qualité de membre à part entière.

Cela dit, face à ce pessimisme certes respectable, je ne peux m'empêcher de penser à ces images d'une boîte de nuit de Ramallah, récemment diffusées sur "France 2". On se serait cru à Saint-Tropez !

L'assassinat de quatre militaires à Montauban et la tuerie perpétrée à l'école juive de Toulouse connait, ...

Mohammed Mehra est en effet, si on veut bien le voir, le produit de notre société. Ses actes nous font horreur.

Je viens de lire, dans "Le Monde", un article sur "Le guet-apens meurtrier de quatre adolescents ":

Il y a quelques jours, en me levant, et en marchant dans ma petite ville de Vence, je me disais, une fois de plus, que le monde est beau.

"Maintenant, à demain", comme nous le propose Martin Drusian.

Et il ajoute : "à deux mains".

Chapitre XIV. Post-scriptum

Est-ce que je peux faire quelque chose pour que ce dossier avance quelque peu ?

Je lis sur internet...

29 novembre 2012 - La Palestine devient Etat observateur non-membre auprès de l'ONU.

2 février 2013. je lis dans "Haaretz" daté de ce jour...

3 mars 2013 - Nous avons assisté, Anne, mon épouse, et moi, à une réunion organisée à Nice par un collectif "Ensemble, respectons nous !".

Vidéo : Cheik Bentounès. L' "état originel".

26 mai 2013 - Je réécoute l'interview que m'a accordée, en mai 2010, Door Na Shimshon, Maire de Newe Shalom.

Un exemple : on s'interroge, depuis quelque temps, sur un projet qui semble avoir du mal à voir le jour : la ligne à grande vitesse entre Marseille et Nice.

Et voici maintenant un projet qui s'impose à moi, même s'il est quelque peu ambitieux : parler de mon rapport au monde.

11 novembre 2013 - Charles Mingalon, le grand-père maternel d'Anne, mon épouse, et René Marchou, le frère de mon père, sont "morts au front" pendant ce que l'on appelle "la grande guerre". Le premier en 1914. Le second en 1916.

samedi 21 décembre 2013 - Cher lecteur, merci de m'avoir accompagné dans la lecture du "roman-film"...

20 mai 2014 - Je lis, sur internet, ce communiqué du service de presse de l'O N U

12 octobre 2014 - Réunis au Caire, pour la conférence internationale sur la reconstruction de Gaza...

19 novembre 2014 - Uday, Gassan et Maxime

31 janvier 2015 - Un drame qui s'annonce

12 février 2015 - Je fais un rêve.

28 décembre 2015 - Pierre Teilhard de Chardin

Chapitre XV - Un livre qui continue de s'écrire

Et cette constatation m'amène à la question : puis-je donner à mon "roman-film" la possibilité de continuer lui aussi, de s'écrire ?

Ainsi, il est permis de penser que les deux versions de mon livre ont bien le droit d'exister.

Rawabi, la nouvelle ville palestinienne qui rivalise de confort avec les colonies.

Parmi les acheteurs, il y a des chrétiens, des personnes vivant en Israël, voire des Palestiniens résidant à l'étranger, voulant investir dans un projet d'avenir

Voici en effet que la terre de Jérusalem est peut-être en mesure de donner naissance, aujourd'hui,  à une "machine à faire la paix !

Demain qui gouvernera le monde ?

Jacques Attali a répondu : "Merci! C'est un très beau texte!"

Ouvrons les yeux !

Aujourd'hui, ce que l'on appelle "L'Autorité Palestinienne" n'a pas les moyens - civils et militaires - de contrôler utilement le comportement des Palestiniens

Des Israéliens appellent l'O N U à l'aide.

C'est ainsi que l'O N U se retrouve  face à sa responsabilité : celle de réaliser enfin, dans sa plénitude, le plan de partage qu'elle a décidé en 1947.

Vidéo : Générique.